Michel Visart: "Je ne suis toujours pas en colère"

Michel Visart: "Les Belges ont une capacité de résilience"
Michel Visart: "Les Belges ont une capacité de résilience" - © Tous droits réservés

Le 22 mars 2016, Michel Visart, journaliste spécialiste d'économie à la RTBF, perdait sa fille Lauriane, 28 ans, dans l'attentat de la station de métro Maelbeek à Bruxelles. Quelques jours après le drame, il a alors livré un témoignage très digne, en direct, qui a eu un immense retentissement. Malgré la douleur, il a alors soutenu que "c'est avec l'amour que l'on pourra faire un autre monde. Je crois que nous devons bien ça à toutes les Lauriane du monde. Je pense que ce monde là, elle y aurait participé."

Aujourd'hui, alors que l'année 2016 touche à sa fin, Michel Visart a choisi de revenir sur ce douloureux sujet en tant qu'invité de Matin Première. Il parle de résilience et dit "ne toujours pas être en colère."

Chacun réagit avec ce qu'il est lui-même

"La colère n'a pas fait partie de ma réaction personnelle et ça ne l'est toujours pas aujourd'hui", confie Michel Visart. "J'ai rencontré des gens qui étaient plutôt dans la colère," avoue-t-il, "chacun réagit avec ce qu'il est lui-même. Un cas n'est pas l'autre et une souffrance n'est pas l'autre. Même si la souffrance est forte partout".

Lui, "reste quelqu'un de positif et tourné vers l'avenir. Cela reste une très grosse blessure et le manque est là, mais il y a toujours choses à construire". Ces propos sereins, affirme Michel Visart, illustrent la manière dont la Belgique a vécu l'après-attentats: "avec une capacité de résilience relativement importante."

En parler, ça nous fait du bien

Quant à son témoignage, Michel Visart pense qu'il a  "peut-être ouvert la voie à un certain type de réflexion". Et "si ça a servi à quelque chose, tant mieux."

Par ailleurs, les réactions à ses propos, dit-il, "m'ont également permis de me reconstruire." Car, affirme-t-il, "oui, on peut se reconstruire après un moment comme ça". Michel Visart explique: "Il y a 30-40 ans, on estimait qu'après la période de deuil, celui-ci était fini. Aujourd'hui, quand on vit ce genre de drame, il y a toujours la possibilité d'en parler et ça nous a fait du bien."

Il souligne également la bienveillance des réactions, venant parfois d'anonymes disant simplement "on pense à vous et votre famille." Il évoque la marche de solidarité et de soutien qui s'est déroulée quelques semaines après le drame, et dans laquelle "il y avait des échanges de gens d'horizons très différents." "Les gens ont envie de se parler, je crois", dit-il, "cette dominante est plus marqué de ceux qui sont dans l'affrontement."

L'importance des initiatives individuelles

Eternel optimiste et spécialiste d'économie, il a également tenu à parler des suites du succès de "Demain", film-documentaire dans lequel sont présentées les solutions alternatives des citoyens pour l'avenir de nos sociétés. Selon Michel Visart, il existe une force et un potentiel dans les "initiatives individuelles" qui sont"nombreuses".

Les solutions aux problèmes sociétaux et mondiaux doivent, selon lui, venir du haut et de la base. "Le citoyen bouge", affirme-t-il, "c'est peut-être un peu à la marge mais je crois assez fort à un mouvement d'entrainement. La marge prend de l'ampleur".  

Par ailleurs, dit-il, les récentes discussions autour du CETA - traité de libre échange avec le Canada - illustrent bien cette importance de la base: "Même avec les meilleurs intentions du monde, à partir du moment où on négocie ce traité entre experts, entre responsables politiques, on est complètement détachés de la base. On doit écouter la base. Cette base, c'est vous, moi, c'est tout le monde."

Le monde est économiquement en train de changer, analyse-t-il, parce que "l'ancienne économie est en train de mourir et à côté, de nombreux emplois se créent dans des PME et les secteurs de pointe. C'est d'ailleurs très angoissant. D'autant qu'il n'y a pas nécessairement d'adéquation entre les emplois perdus et ceux qui se créent". 

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