Michael Privot: "La salafisation agit comme la pensée d'extrême droite"

Michael Privot était l'invité de Matin Première ce mercredi 15 mars.
Michael Privot était l'invité de Matin Première ce mercredi 15 mars. - © Tous droits réservés

Ce mercredi 15 mars, c'est Michael Privot qui était l'invité de Matin Première et répondait aux questions de Bertrand Henne. Le docteur en langues et lettres était notamment présent dans le cadre de la sortie de son livre "Quand j'étais un Frère Musulman, parcours vers un Islam des Lumières", qui sortira le 23 mars prochain et en a profité.

Son expérience personnelle, c'est celle d'un Verviétois au parcours singulier. En "besoin de spiritualité" dans les années 1990, l'homme se tourne vers l'Islam. Il y rencontrera au fil de ses expériences certains membres des Frères Musulmans, confrérie qu'il finira par rejoindre. "J’ai travaillé presque 10 ans après ma conversion dans une mosquée à Verviers. J’avais envie de m’impliquer dans le social dans ma communauté et j’ai été amené à rencontrer des frère musulman belge. Ils trouvaient ça intéressant de m’avoir avec eux, et c’est comme ça que ça a commencé. J’en suis sorti depuis", raconte-t-il. Ce pan de sa vie, il l'a depuis mis à profit et a développé une approche intellectuelle de la religion, lui permettant de revenir sur certains points au micro de Bertrand Henne. 

Parmi ceux-ci, Michael Privot est tout d'abord revenu sur l'arrêté de la Cour de justice européenne interdisant le port de signes ostentatoires, estimant qu'il ne s'agit pas d'une discrimination directe. "On rentre dans une autre phase d’insécurité, mais juridique", explique-t-il, avant de rétorquer à un Bertrand Henne lui demandant s'il s'agissait du triomphe de la laïcité: "Je pense que c’est plutôt le triomphe de l’entrepreneur sur les droits des individus. Ce n’est pas la première fois que la cour statue dans ce sens. On est dans un moment de crispation sur la question des identités et cette décision de la cour va dans ce sens. En espérant que d’autres libertés fondamentales ne seront pas touchées."

Le mystère des Frères Musulmans

Interrogé sur l'analyse de l'essayiste Mickaël Prasan qui pense que les Frères Musulmans représentent une idéologie totalitaire ayant pour but d'instaurer un califat mondial, Michael Privot est largement revenu sur son expérience au sein de la confrérie, relatant respectivement son vécu personnel d'une part et l'évolution des l'organisation qui reste mystérieuse pour de nombreux observateurs d'autre part. 

"Un califat mondial je ne sais pas, mais un califat oui. Il y avait en 1928 à sa création une idéologie anticolonialiste, l’idée était d’utiliser l’Islam comme grammaire politique pour contrer l’Occident. C’était un parcours d’émancipation par l’Islam", souligne le verviétois. Il estime que la confrérie a "beaucoup évolué au fil du temps. Elle s’est considérablement salafisée. Les frères musulmans sont devenus les chantres d’un Islam hyper conservateur. L'identité est devenue plus fermée. A partir du moment ou tout devient un problème, dans un monde que l’on voit comme décadent, où tout est question de pureté, ça nous oblige à nous mettre en retrait, à nous couper."

"La salafisation agit comme la pensée d'extrême droite"

Prônant "un Islam compatible avec les droits de l'Homme", Michael Privot a également détaillé un épisode douloureux de sa vie qui a façonné sa façon de voir les choses, le fait que sa famille se soit également convertie: "En ayant fait le tour des mosquées à Verviers, ils ont été pris en mains par la mosquée salafiste de Verviers, dont on a beaucoup entendu parler, et ils ont perdu leur esprit critique. On avait beaucoup de discussion très critiques, très intéressantes. Pendant plusieurs années, ils ont complètement perdu leur esprit critique, plus de discussion possible. Ils me disaient "nous on ne sait pas, eux ils comprennent l’arabe et ils nous ont dit que… " Heureusement ils en sont revenus." 

Cette période lui a surtout permis de voir de l’intérieur la manière dont la salafisation s’opère dans les familles et le Docteur en langues et lettres met donc en garde. "Il faut prendre conscience de l’impact de la salafisation sur les esprits. Elle agit comme une pensée d’extrême droite, polarisante, hiérarchisante mais sur des catégories théologiques, souligne-t-il avant de conclure: "On est dans une période de déconstruction à l’heure actuelle, ça avance, mais il nous reste encore beaucoup de travail."

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