Michaël De Cock, directeur artistique du KVS: ​​​​​​​"Avec les coupes budgétaires, on cherche à tuer le secteur culturel"

La note d’explication budgétaire présentée ce week-end par le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) a suscité une vague de protestations dans le secteur culturel. Dès l’année prochaine, les subsides dédiés au secteur passeront de 8.4 millions à 3.4 millions d’euros, soit une diminution drastique de 60%.

Quelques institutions sont exemptées dont l’Opéra Flamand, le Vooruit à Gand ou l’Ancienne Belgique mais pas le KVS, le théâtre royal flamand à Bruxelles, dont le directeur artistique Michael De Cock, était ce matin l’invité de Thomas Gadisseux.

Atteindre l'excellence mais avec quel budget?

La saison 2019-2020 est lancée, les places pour les spectacles sont vendues et les accords avec les artistes et les compagnies ont déjà été conclus. Ce qui pose définitivement problème pour des enseignes qui doivent forcément s’adapter à court terme.

"Les coupes budgétaires annoncées sont très graves, surtout parce qu’elles commencent déjà dans 1 mois, pour l’année 2020", déplore Michael De Cock. "Il y a aura des pertes d’emploi énormes. On savait qu’il y aurait des coupes mais à pas à ce niveau-là. Il n’y a pas a eu de communication au préalable".

En plus d’une coupe de 6% pour les théâtres qui reçoivent des subventions structurelles, c’est aussi 60% de l’aide au projet disparaît. Dans son accord de gouvernement, la Flandre a pourtant mis en exergue la nécessité d’atteindre un niveau d’excellence à l’international.

Pour Michael De Cock, la jeune génération doit pourtant apprendre son métier d’une manière ou d’une autre en vue d’atteindre ce niveau. "Il faut avoir le temps, les scènes, l’espace pour créer. Si on ne donne pas la possibilité de créer, on est en train de tuer un secteur", rajoute-t-il.

Par cette sélection d’établissements qui ont le potentiel de viser l’excellence, le gouvernement flamand entend ainsi faire savoir au secteur comment mieux fonctionner. "Cela fait peur", témoigne le directeur artistique du KVS. "L’excellence internationale, on l’a en ce moment. Et c’est parce qu’il y a tant de théâtres, tant de compagnies qui essayent et qui font des spectacles. Les salles sont presque pleines donc ce n’est pas le public qui pose problème".

Si l’accord de gouvernement flamand indique que le secteur culturel flamand doit avoir une identité forte, Michael de Cock considère que l’écart entre ce qui est dit et fait est gigantesque. "C'est incompréhensible. Ces coupes, c’est de l’économie, c’est pour gagner de l’argent au plus vite sans discuter avec les acteurs du secteur. Il n’y a aucune vision, aucune perspective dans cette décision".

Mainmise du politique sur le culturel?

Interrogé dans l’émission radio " De Ochtend " (VRT), le ministre flamand des Finances et du Budget, Matthias Diependaele (N-VA) a pourtant défendu la politique de son gouvernement qui vise l’équilibre budgétaire d’ici 2021 : "Je suis convaincu que les Flamands comprennent que les autorités ne peuvent pas dépenser plus que ce qu’elles ne reçoivent. Nous voulons quand même investir, c’est pour ça que nous avons cherché de l’argent dans tous les domaines. […] Entendre de la part du secteur culturel que nous ne pourrions pas le faire seulement pour eux, je trouve ça choquant."

Des propos qui font beaucoup réagir et qui provoquent l’indignation des acteurs culturels. "Ce n’est pas la première fois que le secteur culturel flamand est touché. Il y a déjà eu des coupes il y a 5 ans […] Si on veut exploiter un bâtiment comme le KVS à un niveau international, il faut les moyens. Si on compare avec la France ou l’Allemagne, on doit faire mieux. Ce que dit Matthias Diependaele est idiot dans le sens ou ce n’est pas la première fois que cela a été fait. Cela fait 15 ans qu’on coupe dans la culture", affirme Michael De Cock.

Une indignation qui le surprend, lui qui considère que la culture fait rarement la une des journaux. "En général, on ne parle pas de la culture dans les nouvelles. Cela illustre bien la faute de Matthias Diependaele. Tout le monde en parle dorénavant […] Il n’y a pas eu de discussions sérieuses sur ce sujet-là et j’espère que Jan Jambon aura le courage de rentrer dans le débat".

Cette question soulève enfin le débat sur la mainmise du politique sur le secteur culturel. "Il y a une certaine méfiance sur ce que l’on fait ou ce que font certains artistes", estime Michael De Cock. "Ce n’est pas une bonne chose. Les arts doivent être libres. Toutes les personnes qui ont le courage et les qualités de monter sur scène ont le droit de s’exprimer en toute liberté et c’est cela qu’il faut défendre à tout prix", conclut-il.

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