Meuse: un projet étudie les médicaments qui polluent nos fleuves et rivières

La Meuse à Liège
La Meuse à Liège - © NICOLAS LAMBERT - BELGA

Les médicaments que nous prenons se retrouvent dans les eaux de nos fleuves et rivières, car les médicaments ne sont pas complètement absorbés par l’organisme. Une partie est rejetée par les urines dans les eaux usées et se retrouve dans les stations d’épuration, et finalement donc dans les cours d’eau.

On estime aujourd’hui que 3000 substances chimiques qui se déversent dans nos cours d’eau sont d’origine pharmaceutique. C’est ce qu’on appelle des substances émergentes, c’est-à-dire que ce n’est pas qu’elles soient nouvelles, mais on ne connaît pas encore les impacts.

On connaît, c’est vrai, dans l’eau la nocivité du cuivre, du mercure, mais pas encore donc celle de ces substances d’origine médicamenteuse qui se retrouvent dans nos eaux des fleuves et rivières. Mais ont-elles justement un effet sur les organismes aquatiques ? Dans quelle proportion ? C’est là tout l’objet de DIADEM. C’est un projet financé, notamment par le Fonds européen INTERREG, qui réunit plusieurs partenaires belges et français. Ce projet a démarré en janvier dernier.

A la recherche de paracétamol

Les chercheurs ont décidé de se focaliser d’abord sur le lieu, le bassin hydrographique de la Meuse - donc la Meuse, mais aussi ses affluents, comme la Sambre et la Semois - et de se focaliser aussi sur l’étude de 5 molécules particulières.

Patrick Kestemont, professeur à l’Université de Namur, partenaire belge du projet, explique : "Ce n’est pas uniquement des molécules qui sont spécialement les plus abondantes, on s’est plutôt focalisé sur des molécules pour lesquelles on sait qu’elles sont présentes de manière régulière à des concentrations disons supérieures à toute une série d’autres molécules médicamenteuses. Donc il s’agit par exemple du paracétamol, bien connu évidemment comme analgésique, antidouleur".

Et à côté du paracétamol, il y a deux anti-inflammatoires que vous prenez peut-être, le Diclofénac, le Naproxene, l’Irbésartan pour régler la tension, ou encore la carbamazépine qui est un neuroleptique.

Ces substances, quand elles arrivent dans l’eau, sont quand même d’abord diluées puis dégradées par toute une série de bactéries qui s’y retrouvent. "Ils jouent sur le système nerveux chez l’homme, entre autres les neuroleptiques, certains vont jouer comme anti-inflammatoires et donc peuvent en fait avoir un impact également sur tout le système immunitaire des organismes qui se retrouvent dans l’environnement. In fine chez l’homme évidemment aussi".

Voilà, alors ces substances médicamenteuses ont-elles un effet, un impact sur les organismes marins ? Pour l’instant, rien ne démontre qu’il y a un problème. Mais le projet cherche à le savoir.

Quels organismes marins?

Un végétal, la mousse, deux invertébrés, la grammare, qui est un petit crustacé, et la moule zébrée, et deux vertébrés, l’épinoche et la truite arc-en-ciel vont être analysés.

"Dans mon laboratoire, actuellement on teste l’effet de différentes doses de ce cocktail, de ce mélange des 5 médicaments sur la truite dans des conditions bien standardisées de manière à voir quelles sont les réponses potentielles de ces organismes. Et donc on mesure des réponses au niveau du système immunitaire, du système nerveux, du système reproducteur, etc".

L'étude va durer trois ans. Elle va être aussi peut-être amenée au fonctionnement des stations d’épuration, car aujourd’hui, ces stations en fait sont conçues principalement pour retenir le carbone, l’azote, le phosphore, mais elles ne filtrent pas encore justement efficacement toutes les substances médicamenteuses.

"Elles sont relativement peu retenues par les stations d’épuration. Leur structure chimique fait même que parfois les bactéries ne sont pas capables de les dégrader. En fait, quand vous regardez une station d’épuration, elles sont largement constituées de ce qu’on va appeler les boues activées. Les boues activées, ce sont des boues dans lesquelles il y a énormément de bactéries en mouvement et ces bactéries se nourrissent du carbone, de l’azote et du phosphore. Mais ces bactéries ne se nourrissent pas évidemment de substances médicamenteuses".

Le projet DIADEM devrait montrer que ces rejets donc de médicaments influencent peut-être le milieu marin. Si c’est oui, il faudrait revoir alors notre mode d’épuration.

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