Meurtre d'Alfred Gadenne: Nathan Duponcheel est jugé coupable

Nathan Duponcheel, 20 ans, a été jugé coupable d'avoir tué avec préméditation le bourgmestre de Mouscron, Alfred Gadenne, dans le cimetière de Luingne, le 11 septembre 2017.

Plus tôt dans la journée, l'avocat général devant la Cour d'Assises du Hainaut, Ingrid Godart, avait requis la culpabilité du jeune Mouscronnois. "En se servant d'un cutter, en ciblant le visage, le cou, la gorge de la victime, il est évident qu'il avait l'intention de tuer", a déclaré la magistrate du parquet général. Quant à la circonstance aggravante de préméditation, qui n'est plus contestée par l'accusée, elle ne fait aucun doute.

De plus, six mois après avoir commis "un meurtre froid et préparé dans le moindre détail", Nathan Duponcheel a été placé en détention préventive sous surveillance électronique. Après six jours, il a brisé ce bracelet et a pris la fuite, emportant un couteau. Pour l'avocat général, "son intention était à minimum de menacer ses amis, voire davantage".

Mobile du crime

Me Jean-Philippe Mayence, avocat des parties civiles, a entamé les plaidoiries lors de ce quatrième jour du procès.

"Je crains qu'il n'ait pas pris la mesure de ce geste, l'extrême douleur qu'il vous a infligée, qu'il a infligée aux siens, alors que lui ne se plaint que de sa propre douleur", a-t-il déclaré au sujet de l'accusé.

Il s'est ensuite adressé à la veuve d'Alfred Gadenne. "Je ne connaissais votre mari que par le nom. A travers cette procédure, j'ai découvert un homme exceptionnel. Comment ne pas être humble devant un parcours fait comme celui là, fait d'humilité, d'humanité. Comment s'imaginer que toute cette vie s'arrête si injustement", s'est-il exprimé.

Me Mayence, l'avocat de la partie civile dans le procès de Nathan Duponcheel, estime que le mobile du crime n'est pas le suicide du père de l'accusé. "Ce qui le pousse à passer à l'acte, c'est qu'il ne résiste pas à la moindre frustration !", s'est-il exclamé jeudi devant la cour d'assises du Hainaut. 

Pour l'avocat, c'est aussi la frustration qui a poussé Nathan à arracher son bracelet électronique, le 7 mars 2018. "Cette frustration est l'engrais de sa dangerosité", insiste l'avocat. Après avoir été interpellé par la police, Nathan a déclaré qu'il n'avait pas parlé du couteau car il avait honte de ce qu'il allait faire à K., celle qui l'aimait, et à T., le petit ami de cette dernière. Pour l'accusation, cela démontre que son intention était au minimum de menacer ses amis, voire davantage. "C'est d'ailleurs ce qu'ont pensé ses proches", ont indiqué ces derniers.  

Après le suicide de son père, Nathan a refusé toute aide. "Lui-même, dans ses déclarations, ne dit pas que le suicide de son père est lié à sa situation à la Ville de Mouscron."

L'accusé aurait cherché à organiser son insolvabilité

Nathan Duponcheel a bien cherché, avec l'aide de sa mère, à organiser son insolvabilité, a estimé lors de sa plaidoirie Me Jean-Philippe Mayence. Il ne s'agit pas "d'un manque de jugeote" comme l'avait qualifié le président de la cour, mais bien de quelque chose mûrement réfléchi, selon l'avocat de la famille de l'ancien bourgmestre de Mouscron Alfred Gadenne. Une enquête a été ouverte par le parquet pour organisation frauduleuse et insolvabilité.

L'avocat de la famille de la victime a lu le courriel envoyé, au début du mois d'août, par la mère de l'accusé à la banque où son fils avait ses comptes. Elle y écrit : "je sais qu'il a tout intérêt à être le plus insolvable possible... Il voudrait éviter, au maximum, que son argent se retrouve chez la partie civile".    

Nathan Duponcheel s'était lui justifié en disant qu'il voulait aider sa mère à payer son essence car elle venait le voir, deux à trois fois par semaine, à la prison de Mons. "Son explication était stupide. Il avait environ 15.000 euros sur son compte et sa mère des centaines de milliers d'euros. Elle n'avait donc pas de problème pour payer son essence", a réagi l'avocat.

"Le massacre d'Alfred Gadenne n'est pas contesté"

"Oui, il avait l'intention de tuer et il avait prémédité son crime (...) Le massacre d'Alfred Gadenne n'est pas contesté", a déclaré jeudi Me Rivière, avocat de Nathan Duponcheel, dans sa courte plaidoirie.

Concernant la détention du couteau, le 7 mars 2018 lors de son évasion, l'avocat de la défense a déclaré qu'il ne sait pas ce que son client comptait faire, alors que les autres parties soupçonnent l'accusé d'avoir voulu menacer et blesser K. et T., qui s'étaient remis en couple sans le dire à Nathan.

Personne n'a souhaité répliquer et l'accusé n'a rien voulu ajouter.

Peu avant 13h, le jury a été envoyé en délibération pour débattre sur la culpabilité. Un arrêt est attendu dans la journée.

Ce que l'on peut retenir de ces derniers jours de procès

Mardi et mercredi, la cour s'est surtout intéressée aux conditions qui ont poussé la Ville de Mouscron à se séparer d'Olivier Duponcheel, le père de l'accusé. Mis à disposition par le SPF Intérieur, l'ancien employé de Belgacom ne pouvait plus travailler à la Ville de Mouscron. En décembre 2014, il était devenu persona non grata au sein de l'administration communale.

Le 14 février 2015, Olivier Duponcheel mettait fin à ses jours. "Il mangeait avec son épouse et ses trois fils. Il s'est levé. Sa famille l'a entendu tousser, fortement. Nathan s'est levé et il a vu son papa", a raconté la soeur d'Olivier Duponcheel à la cour. L'homme était pendu au bout d'une corde.

Dans l'entourage de l'accusé, on disait que c'était la faute de la Ville, donc du bourgmestre, considéré un peu comme "dieu le père" à Mouscron. Nathan Duponcheel n'appréciait pas le bourgmestre, il l'avait déclaré à ses copains de classe.

Alors que ses frères étaient suivis par un psychologue, Nathan Duponcheel a refusé d'être suivi. Le taiseux s'est renfermé, s'est mis à ruminer. Il rêvait d'entrer à l'armée mais il a été recalé à cause d'un problème d'audition. Il aimait aussi secrètement une jeune fille, qui lui préférait son meilleur ami.

Le 11 septembre, l'accusé dit avoir fait le point sur sa vie. Il s'est mis à penser à son père. En soirée, il s'est rendu au cimetière de Luingne, il savait que le bourgmestre y fermait les grilles chaque soir. Il l'a attendu dans une plaine de jeux, en écoutant une chanson de La Fouine, intitulée "Papa".

Quand le bourgmestre est arrivé, il s'est présenté à lui. Alfred Gadenne ne l'a pas reconnu. Nathan Duponcheel a prétexté un problème sur la tombe de son père et le bourgmestre s'est penché pour vérifier. L'accusé lui a alors tranché la gorge, à quatre reprises, en l'attaquant par derrière. Il ne se souvient que de deux coups et n'explique pas les treize autres lésions relevées sur le corps du bourgmestre par le médecin légiste.

Alors que le corps d'Alfred Gadenne gisait dans une allée du cimetière, Nathan Duponcheel a tenté d'appeler sa mère, des amis, et puis il a appelé les secours. Lors de l'enquête, il a déclaré que le ricanement d'Alfred Gadenne, quand il s'est présenté à lui, lui a fait "péter un plomb".

Lundi, lors du premier jour du procès, il a spontanément déclaré qu'il avait prémédité son crime. C'était difficile à contester car l'enquête a révélé qu'il avait axé des recherches sur le net sur trois points: la vie carcérale en Belgique, les peines encourues en cas d'homicide volontaire et Alfred Gadenne.

Il a aussi déclaré qu'il voulait venger son père et lui rendre justice, estimant qu'il avait été injustement écarté de la Ville de Mouscron, représentée par son bourgmestre. Il ressort des témoignages qu'Alfred Gadenne ne s'est pas mêlé du dossier d'Olivier Duponcheel, lequel n'avait fait l'objet d'aucune mesure disciplinaire. Le bourgmestre aurait même tenté de trouver une solution mais elle a été refusée par l'échevin en charge du personnel. Il ressort aussi des témoignages qu'Olivier Duponcheel n'en voulait pas au bourgmestre mais à son supérieur hiérarchique direct.

Placé sous mandat d'arrêt le soir du crime, Nathan Duponcheel a bénéficié d'une détention sous bracelet électronique en février 2018. Le 7 mars, il brisait son bracelet avec un couteau et il a quitté le domicile de sa mère, situé à 600 mètres de la maison d'Alfred Gadenne.

Il a été rattrapé près du parc communal par son frère cadet et sa mère, et s'est débarrassé du couteau qu'il avait emporté. Il prétend qu'il voulait se rendre chez la fille qu'il aimait pour avoir une explication car elle sortait avec son meilleur ami.

S'il est reconnu coupable d'assassinat, Nathan Duponcheel risque la peine de réclusion criminelle à perpétuité.
 

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