#MeToo dans le monde de la mode : plusieurs mannequins et une ancienne journaliste de la BBC témoignent

Depuis septembre 2020, une enquête pour viols sur mineurs vise Gérald Marie, ancien directeur Europe de l’agence de mannequin Elite. Aujourd’hui, le témoignage d’une ancienne mannequin et d’une ex-journaliste de la BBC ajoute une pièce à l’enquête. Plusieurs anciens mannequins ont témoigné ces jours-ci auprès des enquêteurs à Paris dans l’espoir de contourner la probable prescription des faits.

Dans les studios de l’AFP à Paris, l’ancienne journaliste Lisa Brinkworth et l’ex mannequin Ebba Karlsson et ont raconté leur expérience.

"Pendant 20 ans, cela m’a hantée", explique Lisa Brinkworth, émue, raconte son long et douloureux silence. En 1998, l’ancienne journaliste d’investigation s’était infiltrée comme mannequin dans l’industrie de la mode afin de mener l’enquête sur "des comportements sexuels inappropriés de certains agents". Parmi les agents visés, Gérald Marie, patron de la section Europe de l’agence Elite, réputée à l’échelle internationale dans le secteur.


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Aujourd’hui, Lisa Brinkworth accuse Gérald Marie, qu’elle a suivi dans un club milanais dans la nuit du 5 au 6 octobre 1998, de l’avoir "chevauchée alors qu’elle était assise" et d’avoir "commencé à lui enfoncer son sexe dans le bas-ventre". Pendant son interview à l’AFP, elle raconte également que Gérald Marie lui avait ouvertement dit qu’il souhaitait avoir des relations sexuelles avec elle, en lui offrant même de l’argent en échange.

Si elle décide de prendre la parole vingt-deux ans après les faits, c’est "qu’en parlant pour un reportage à des victimes de Jean-Luc Brunel (un agent de mannequins français mis en examen et incarcéré en décembre pour viols), le nom de Gérald Marie est apparu quelques fois". Dans l’ambiance post#MeToo, elle décide de porter plainte. C’est à ce moment-là que le parquet de Paris, l’an dernier, ouvre une enquête pour "viols" et "agressions sexuelles", notamment sur mineurs. Depuis la plainte, une quinzaine de femmes ont pris la parole publiquement ou se sont signalées aux enquêteurs français de la Brigade des mineurs.

Une ancienne mannequin témoigne aussi

L’une d’entre elles est la Suédoise Ebba Karlsson, qui a travaillé pour l’agence Elite. Elle raconte sa rencontre avec Gérald Marie.

"Ensuite il a pris les portfolios et m’a montré ces femmes magnifiques qui avaient travaillé pour lui. Il m’a demandé si je les connaissais, ce qui était le cas. Il m’a alors demandé si je savais ce qu’elles avaient fait pour devenir aussi célèbres. Je lui ai répondu qu’elles avaient dû travailler beaucoup. C’est à ce moment-là qu’il s’est rapproché de moi et m’a dit que pour être célèbre, il fallait être prête à donner de soi. En disant cela, il a mis sa main sous ma jupe et m’a pénétré le vagin avec ses doigts", accuse Ebba Karlsson.


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Emue devant la caméra, elle se souvient s’être sentie "pétrifiée", comme "décapitée".

Jeudi et vendredi, Lisa et Ebba ont témoigné à Paris à la Brigade des mineurs. La semaine prochaine, au moins cinq autres ex-mannequins doivent faire de même, tandis que d’autres doivent témoigner en visioconférence.

Plusieurs sources ont indiqué à l’AFP qu’à ce stade, au moins 15 femmes accusent Gérald Marie de "viol", "agression sexuelle" ou "harcèlement". L’une des plus connues, Carre Otis, a porté plainte cet été aux Etats-Unis. Une quinzaine d’autres, selon l’une de ces sources, formulent les mêmes accusations mais ont encore "peur" de prendre la parole.

Selon ces mêmes sources, toutes ces accusations reposent pour l’instant sur des faits qui seraient prescrits aux yeux de la justice française, rendant peu probable un éventuel procès.


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La crainte de la prescription

Alors qu’elles ont reçu fin 2020 le soutien de Linda Evangelista, superstar d’Elite dans les années 1990 et ex-épouse de Gérald Marie, Ebba Karlsson guette une éventuelle victime non prescrite.

Anne-Claire Lejeune, avocate de Lisa Brinkworth, pense que la justice française pourrait remettre en cause la probable prescription de ces faits à cause du silence que s’est imposé l’ancienne journaliste de la BBC, à la suite d’un accord conclu en 2001 entre la BBC et Elite pour mettre un terme à une procédure en diffamation contre ce documentaire lancée par l’agence de mannequins.

Sollicitée par l’AFP, Céline Bekerman, l’avocate de Gérald Marie qui n’a pas encore été interrogé sur ces faits, a indiqué : "Mon client dément avec consternation ces allégations mensongères et diffamatoires. Il réserve ses éventuelles déclarations aux autorités compétentes".

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