#MeToo a un an: "La prise de conscience était là, mais il y avait un vrai danger à parler"

Il y a près d'un an, en octobre 2017, le mouvement MeToo se déclenchait à la suite des révélations de harcèlement et d'agressions sexuelles dans le milieu hollywoodien. Le point de départ pour changer les choses, selon la comédienne Valérie Bauchau, membre du collectif F.(s) : "La prise de conscience était là, mais elle était étouffée parce qu’il y avait un vrai danger à parler, à dire ce qui se passe, expliquait-elle ce vendredi au micro de Matin Première. A partir du moment où les femmes se sont réunies et qu’il y a eu un exemple, je pense que les choses évoluent."

Pour la comédienne, c'est tout le système qu'il faut changer, le "vieux système patriarcal dominant, qui existe depuis des siècles", et qui est particulièrement présent dans le milieu de la culture. "C'est déjà un endroit précaire, qui fonctionne sur le désir, explique-t-elle. Si on ajoute à ça la donnée du pouvoir, on a un trio gagnant pour toutes les dérives possibles."

Pour ne pas être comédienne dans sa salle de bains, on est prête à faire plus que ce qu’il ne faudrait

La comédienne précise qu'en Belgique, 80% du budget de la culture est alloué à des hommes, et que les rares femmes sont dans des petites structures sans argent, tandis que les grosses institutions sont aux mains des hommes. "Un système de copinage, forcément politisé, un entregent qui fait que les choses ne se renouvellent pas et où la femme ne parvient pas à mettre le pied dans la porte", regrette Valérie Bauchau.

Si elle admet que "tout le monde n'est pas Weinstein", la comédienne rappelle que le monde du spectacle est très sensibilisé aux rapports entre hommes et femmes. Bien souvent, le jeu de séduction sort du travail de plateau, explique-t-elle : "Pour ne pas être comédienne dans sa salle de bains, on est prête à faire un peu plus que ce qu’il ne faudrait pour trouver un travail..." La faute à une concurrence rude, un manque de rôles féminins et un goulot d'étranglement à la sortie des écoles.

Est-ce qu’on attend qu’un directeur de théâtre soit un bon père de famille?

Pour parvenir à une solution, Valérie Bauchau estime qu'il faut "protéger les femmes" en imposant "d'autres interlocuteurs que des hommes comme employeurs". C'est la raison pour laquelle le collectif F.(s) a dénoncé une erreur politique, lorsqu'un homme, Alexandre Caputo, a été nommé à la tête du théâtre Les Tanneurs, à Bruxelles, pour remplacer David Strosberg, accusé de harcèlement moral. "On avait réussi à libérer un théâtre, il y a eu un appel d’offre pour une fois, et dans la shortlist, il y avait trois femmes et un homme. Pourtant, c'est l'homme qui a été choisi", soupire Valérie Bauchau. La comédienne dénonce des préjugés envers les femmes, qu'on va toujours suspecter de ne pas avoir le temps de bien faire les choses. "On a dit qu’Alexandre Caputo allait gérer le théâtre en bon père de famille, note Valérie Bauchau. Est-ce que c’est quelque chose qu’on attend d’un directeur de théâtre ? Non." Le collectif F.(s) demande donc plus de femmes dans les comités d'avis et de décision, afin qu'une vraie parité soit respectée. 

Pour l'instant, le mouvement F.(s) est fermé aux hommes, mais Valérie Bauchau insiste : "Ce n’est pas contre les hommes. Mais on se rend compte qu’on a tellement sur les épaules des siècles de domination, de façon de se comporter face à un homme qu’on se dit qu’il faut d’abord nous-mêmes, en tant que femmes, se réapproprier la parole", explique-t-elle. Je pense qu’il faut d’abord se retrouver nous, entre soi, en tant que femmes pensantes, réfléchissantes, en dehors de tout système de séduction. On sait bien que sur une table, s’il y a quatre hommes, les femmes vont parler différemment."

Un mouvement passionnant mais qui va devoir trouver une parole unique

Valérie Bauchau admet la divergence d'opinions au sein même des femmes au sujet du harcèlement, notamment après la publication de la tribune sur la "liberté d'être importunée". "Il y en a des plus radicales que d’autres, toutes les minorités s’expriment, toutes les aigreurs aussi", note la comédienne, qui rappelle qu'il n'y a pas "de cheffe à la base". "C'est un mouvement passionnant mais qui va devoir se structurer pour trouver une parole unique", conclut-elle.

Interrogée sur la sortie de l'avortement du code pénal en Belgique, Valérie Bauchau a déploré la lenteur du processus, et le fait que l'IVG n'ait pas été dépénalisée pour autant. "De nouveau, une assemblée, dominée par des hommes, continue à décider sur la chose la plus intime d’une femme, regrette la comédienne. On continue à décider pour nous."

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