Mesurer le taux d’anticorps, la fausse bonne idée du certificat européen covid  ?

Le "certificat numérique européen Covid" devrait permettre d’aider les voyageurs à franchir plus aisément les frontières européennes en période de coronavirus, en vue de la saison estivale.

Ce passeport sanitaire sera réservé aux personnes vaccinées contre le covid-19 ainsi qu’à celles qui disposeront d'un test PCR négatif ou d'un test antigénique négatif réalisé moins de 24 heures avant le départ. Les 27 ont également annoncé que ce passeport pourrait être délivré " aux personnes qui disposent d'anticorps parce qu'elles ont été contaminées jusqu'à six mois auparavant ".   

Une mesure qui pose question tant elle paraît prématurée.

Sa mise en œuvre devrait même être reportée car, dans la pratique, mesurer ce taux d’immunité pourrait s’avérer être un vrai casse-tête. En effet,  celle-ci peut varier très fortement d’une personne à l’autre: après avoir été contaminé par le Covid, certains d’entre nous conserveront une immunité quelques jours, là ou d’autres garderont un taux élevé d’anticorps pendant plusieurs mois.  

Seuil difficile à déterminer

Cette présence d’anticorps est mesurée par ce qu’on appelle des tests sérologiques.

Selon Sophie Lucas, immunologue à l’UCLouvain, le taux d’anticorps peut être élevé ou faible en fonction du moment où l’on a fait l’infection mais aussi en fonction de son intensité. " Attention car cette réponse va être très variable d’un individu à l’autre. Chez pas mal de personnes, elle reste à des niveaux significatifs pendant un certain temps, chez d’autre, elle va diminuer plus rapidement. C’est donc très compliqué de savoir à quel taux d’anticorps est associé une protection contre une réinfection. "

Elle ajoute qu’à ce stade-ci, il est très difficile de fixer un seuil qui permet de dire qu’avec un taux d’anticorps, on est protégé ou on ne l’est pas.

À ce stade-ci, il est très difficile de fixer un seuil qui permet de dire qu’avec tel taux d’anticorps, on est protégé ou on ne l’est pas.

On a de bons arguments pour estimer qu’on reste protégé au moins 6 à 8 mois quand on a fait une infection par le covid et qu’on a montré une bonne réponse anticorps. Avec le vaccin, c’est un peu plus long mais combien de temps cette immunité perdure, on est encore en train de l’étudier. "

" Positivité " ne signifie pas " protection "

Sophie Lucas invite à rester prudents dans la mesure où les laboratoires qui réalisent actuellement les analyses fixent eux-mêmes ce qu’on appelle un " seuil de positivité ", c’est-à-dire un seuil au-delà duquel les anticorps sont détectables. " Mais attention, ce seuil de positivité ne correspond pas à un seuil de protection selon le taux mesuré, ce sont deux choses différentes. "

Dans la plupart des cas, les personnes qui ont fait des réponses symptomatiques plus sévères au Covid disposent d’un taux d’anticorps plus élevé mais il ne s’agit que d’une observation, ce n’est pas une vérité absolue. Sophie Lucas insiste : " On a par exemple des personnes qui font des covid très sévères et qui ont peu d’anticorps ou, à l’inverse, des personnes qui développent une forme légère mais qui ont une réponse immunitaire importante. Le problème, c’est l’hétérogénéité des réponses qui rend l’établissement d’un seuil d’immunité et d’une durée très difficile. "

Mesure reportée dans 4 mois… au minimum

D’ailleurs, le porte-parole interfédéral, Yves Van Laethem, ne disait pas autre chose lors de la conférence de presse de Sciensano ce matin.

" Il n’y a pas encore de technique standardisée pour mesurer le taux d’anticorps et pas encore de limitation précise pour savoir si on est protégé ou non. Pour le certificat numérique covid européen, les États-Membres ont décidé qu’on se baserait maintenant sur un test négatif récent, sur un test positif ancien en ayant guéri ou sur le fait d’être vacciné. Par contre, l’idée de mesurer la présence d’anticorps sera peut-être possible dans le futur mais pas à l’heure actuelle. La Commission européenne doit revoir ce point dans les 4 mois pour éventuellement introduire cette idée de mesurer le taux anticorps avec une délimitation précise. "


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Lymphocytes " T "

Mesurer le taux d’anticorps n’est d’ailleurs pas la seule façon de mesurer la réponse immunitaire.

Pour Sophie Lucas, ne plus détecter d’anticorps chez un individu, ne veut pas forcément dire que celui-ci n’est plus protégé. " La réponse ‘anticorps’, la production de cellules par notre système immunitaire quand il voit le virus SARS-COV2 ou le vaccin, n’est qu’une partie de la réponse immunitaire. Cette réponse immunitaire s’accompagne aussi d’une réponse ‘cellules’ qu’on appelle les lymphocytes ‘mémoire’, et notamment les lymphocytes T qui ont la capacité de détruire les cellules reconnues comme infectées. "

Mais là encore, beaucoup de questions se posent. " Car pour mesurer cette partie de la réponse cellulaire, ce sont des tests beaucoup plus complexes à réaliser ", indique Sophie Lucas. " Ces tests sont beaucoup plus longs et doivent se faire sur des échantillons beaucoup plus importants, raison pour laquelle ils ne peuvent pas être effectués de manière routinière. Leur intérêt est de montrer que même si on peut avoir une baisse des taux d’anticorps à long-terme, on peut néanmoins garder des réponses cellulaires de type lymphocytes " T " qui, elles, persistent plus longtemps. Mais on ne parle pas ici de tests qui peuvent être réalisés pour tout le monde ", explique encore l’immunologue de l’UCLouvain.

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