Mère de djihadiste inculpée: "Mon fils était blessé, que pouvais-je faire?"

Géraldine Henneghien, ici avec le ministre de l'Intérieur Jan Jambon
Géraldine Henneghien, ici avec le ministre de l'Intérieur Jan Jambon - © RTBF

Le parquet fédéral a inculpé ce vendredi la mère d’un djihadiste belge présumé. Les chefs d’inculpation sont les suivants: financement du terrorisme, recrutement terroriste et tentative de recrutement terroriste. Pourtant, le terrorisme, cette mère de famille a plutôt fait tout ce qui était en son pouvoir pour le combattre, semble-t-il.

Suite au départ de son fils en Syrie fin 2013, Géraldine Henneghien s’est en effet beaucoup investie dans l’association Les Parents concernés, qui rassemble des familles dont un proche est parti en Irak ou en Syrie. A ce titre, elle mène des actions de sensibilisation et de prévention auprès des écoles. Activités qu’elle poursuit aujourd’hui malgré ce sms de février 2015 qui lui annonce laconiquement le décès de son fils lors d’un bombardement à Deir Ezzor.

Je ne veux plus qu'il y en ait d'autres qui partent

L’association dénonce également les mécanismes des filières djihadistes et tente, en lien avec les autorités compétentes, d’aider à revenir ceux qui souhaitent quitter la Syrie ou l’Irak mais y restent pris au piège.

"Après ce que j'ai vécu, je me dis, d'abord, je ne veux plus qu'il y en ait d'autres qui partent. Ça c'est sûr. Et s'il y en a qui sont là-bas mais qui veulent revenir, il faut que je les aide", déclarait ainsi Géraldine dans le reportage "Le djihad des mères", diffusé par la RTBF en janvier dernier.

Un profil qui est donc à première vue plutôt celui d'une alliée contre la radicalisation et le terrorisme que d'une recruteuse. Mais alors que reprochent les autorités judiciaires à Madame Henneghien?

 Mon fils était blessé et en zone de guerre, il m’a appelée à l’aide...

"En 2014, mon fils était blessé et m’en a avertie", nous a confié l’intéressée par téléphone. "C’est également au cours de cette période qu’une jeune fille qui venait de France a pris contact avec moi. Elle m’a expliqué qu’elle était en contact avec mon fils et souhaitait partir en Syrie pour l’épouser. J’ai essayé de la dissuader évidemment mais elle me répondait inlassablement que tout ce qu’elle voulait c’était aller épouser Anis, que sa vie était là-bas", poursuit-elle.

Son fils, blessé, demande alors de l’aide à sa mère: il a besoin d’argent pour son loyer, sa nourriture et ses soins, dit-il. "J’ai alors confié une petite somme, 1000€, à la jeune fille en question, pour qu’elle la donne à Anis. Mon fils était sans argent, blessé et en zone de guerre, il m’a appelée à l’aide, que pouvais-je faire d’autre? Il allait mourir de faim ou sous les bombes."

Et si la mère d’Anis ne peut rien contre les bombes, elle peut par contre lui offrir de quoi se nourrir et se soigner.  

La jeune promise est partie comme elle l’avait prévu. Mais elle est revenue, elle. Dans le dénuement le plus total, elle fait à nouveau appel à sa 'belle-mère'. "Je le lui donnais encore de l’argent après son retour, car elle n’avait plus rien", explique Géraldine. "J'ai continué à le faire jusqu’à l’inculpation de vendredi. Depuis, la juge m’a demandé de ne plus l’aider", se désole l’inculpée.

Je continuerai mon combat dans les écoles. Plus encore qu’auparavant

Au-delà du dossier, lorsqu’on lui demande simplement comment elle va, il s’ensuit un long silence. Puis un soupir. Et enfin des sanglots issus d'une incompréhension totale face au sort qui lui est réservé.

"Les recruteurs sont là qui continuent à envoyer des jeunes en Syrie au nez et à la barbe des services de sécurité. Et contre eux, on ne fait rien! Nous avions alerté les autorités, nous les avions prévenus pour mon fils. Nous les avions avertis avant son départ pour qu’ils ne le laissent pas embarquer, ils n’ont rien fait. Comme si ce n’était pas assez que mon fils soit mort!"

Mais ni le chagrin, ni le sentiment de profonde injustice qui la frappent ne semblent être venus à bout de sa détermination à lutter contre la radicalisation et le djihadisme. A l'autre bout du téléphone, on la sent qui se reprend vite.

Et c’est avec une voix décidée qu’elle nous lâche: "Je continuerai mon combat dans les écoles [pour la sensibilisation et la déradicalisation]. Plus encore qu’auparavant. Puisque les autorités ne le font pas, moi je continuerai. Avec l’association, ça fait plus de deux ans que je me bats tous les jours et je ne compte pas m'arrêter".

Le parquet fédéral, que nous avons joint, a confirmé l’inculpation mais s’est catégoriquement refusé à tout autre commentaire.

La prochaine étape de ce dossier sera maintenant le passage en chambre du conseil où, après le réquisitoire du parquet, il sera décidé de poursuivre l'inculpée ou au contraire de prononcer un non-lieu.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK