Méningocoque de type B : faut-il vacciner ou non ?

En Belgique, une cinquantaine de cas de méningite sont recensés tous les ans
En Belgique, une cinquantaine de cas de méningite sont recensés tous les ans - © ANTOINE PARAT - AFP

« L’enfant est brûlant. Son visage est couvert de boutons, et il est victime parfois de convulsions. L’enfant ne joue plus et ne s’alimente plus. C’est tout l’état général de l’enfant qui est affecté. Et les séquelles peuvent être graves : perte de l’audition, des amputations, etc. » Olga Chatzis est pédiatre aux Cliniques universitaires de Saint-Luc, à Bruxelles. Elle a déjà rencontré plusieurs cas de méningite, et une fois le diagnostic posé, c’est toujours la même réaction. « Il faut administrer des antibiotiques à l’enfant, le plus vite possible. C’est une véritable course contre la montre pour le soigner. » Chaque année, une cinquantaine de cas de méningocoque de type B, la bactérie responsable de la méningite, sont recensés, en Belgique. Parmi les tranches d’âge les plus concernées, les enfants de 0 à 5 ans et les adolescents entre 15 et 19 ans, car « ces derniers sortent davantage, fréquentent les cafés, ont plus d’échanges », témoigne Olga. Or, le méningocoque se transmet par contact direct avec la salive.

Depuis avril 2017, un vaccin existe contre le méningocoque de type B, le Bexsero. Cependant, il n’est pas administré systématiquement aux enfants par le pédiatre. Ainsi, 20% en moyenne des enfants en bas âge recevrait ce vaccin, en Belgique. Un faible taux qui s’explique par le fait qu’il n’est pas indispensable de faire vacciner son enfant contre le méningocoque B pour l’inscrire dans une crèche ONE. En conséquence, le choix d’administrer ou non le vaccin à son enfant relève de la responsabilité des parents. Et si certains n’optent pas pour la vaccination, c’est parce qu’il existe quelques freins.

Un vaccin cher et non remboursé

Aujourd’hui, le coût de ce vaccin est de 86,5 euros la dose. Or, on parle actuellement de trois doses plus un rappel, ce qui reviendrait à plus de 250 euros pour un enfant. Un coût qui n’est pas à la portée de n’importe quelle bourse, d’autant que le coût de ce vaccin est entièrement pris en charge par les parents. Le nombre de cas de méningocoque de type B en Belgique est trop faible pour que le vaccin soit remboursé. « Premièrement, comme c’est le cas pour certains médicaments, un vaccin peut être remboursé partiellement par l’INAMI. Il faut pour ce faire que la firme produisant le vaccin dépose un dossier de remboursement auprès de l’INAMI. Deuxièmement, la vaccination peut être prise en charge par les entités fédérées, c’est-à-dire la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Communauté flamande. Cette vaccination fait alors l’objet d’un appel d’offres qui permet de faire baisser les prix de manière importante, car la vaccination concerne de 50.000 à 100.000 enfants chaque année. Or, lorsque les entités fédérées belges investissent dans ce type de vaccination, elles attendent un retour sur investissement, explique Yves Van Laethem, Président de la Section Vaccin du Conseil supérieur de la santé et infectiologue au CHU Saint-Pierre. Autrement dit, l’argent investi par rapport au coût de la maladie doit valoir l’investissement consenti par le pouvoir politique. »

Yves Van Laethem le formule autrement : « Y a-t-il suffisamment de cas de méningocoque de type B pour qu’on y investisse des millions d’euros afin de faire passer le nombre de cas de 60 à une douzaine ? Investir dans le remboursement de ce vaccin est-il plus rentable qu’investir ailleurs ? », ajoute-t-il.

C’est donc un long cheminement qui devra s’opérer afin de décider ou non de baisser le prix de ce vaccin. Un cheminement auquel le Conseil supérieur de la santé semble vouloir donner un petit coup d’accélérateur. « Dans les mois qui viennent, le Conseil supérieur de la santé va rendre un avis scientifique purement informatif sur le vaccin pour ce type de méningites aux autorités politiques. Les communautés devront ensuite décider de suivre, ou non cet avis. La Fédération Wallonie-Bruxelles et la Communauté flamande devront estimer si elles ont assez d’argent pour le faire ou si elles ont de meilleurs investissements à faire dans le domaine de la santé » affirme toujours Yves Van Laethem.

De multiples effets secondaires

Le second frein à la vaccination est le risque d’effets secondaires liés à son administration. « L’effet secondaire principal est qu’il donne de la fièvre. L’enfant est donc grincheux, et peut être victime de convulsions fébriles liées à des pics de températures. Pour diminuer le risque de fièvre, ce vaccin doit donc être administré en même temps qu’un antipyrétique, tel que du paracétamol. En Angleterre, cette solution a donné des résultats efficaces, ne diminuant pas l’efficacité de ce vaccin » certifie, le spécialiste.

Sachant le coût élevé de ce vaccin et ses effets secondaires, ce médecin recommanderait ce vaccin, sans hésiter. « C’est un vaccin pour lequel on ne connaît aucune toxicité particulière mais cela représente un coût important pour une maladie qui reste rare. Ce choix doit donc être éclairé par le médecin. Celui-ci veillera à informer les parents sur cette maladie, le nombre de cas en Belgique, la tranche d’âge touchée, etc. »

Lorsque les parents lui font part de leurs interrogations sur ce vaccin, Olga veille également à les informer le mieux possible. « Je recommande surtout ce vaccin aux parents dont les enfants ont moins de 5 ans et entre 15 et 19 ans. Je leur explique aussi que ce vaccin est efficace, qu’il a des effets secondaires, etc. Il faut les informer, mais sans les faire culpabiliser s’ils refusent le vaccin »

Reste que face à cette médecine à deux vitesses, certains parents ne pourront pas se permettre de payer ce vaccin à leurs enfants.

 

 

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