Menace terroriste: comment protéger nos villes sans les barricader?

Ces dernières années les attentats se sont multipliés en Europe : Paris en 2015, Bruxelles en 2016, mais aussi Nice, Berlin, et Barcelone, toutes trois attaquées par des véhicules béliers. Les villes n’ont pas été épargnées. Et elles n’ont pas tardé à réagir.

Paris a placé la Tour Eiffel dans un écrin de verre, un mur transparent anti-balle haut de trois mètres qui encercle désormais les pieds de la grande dame.

Nice a aussi barricadé sa promenade des Anglais, via des bornes anti-intrusion, des câbles d’acier, et une barrière végétale. Depuis cette vague d’attentats, les villes européennes s’organisent. En 2017, une soixantaine de maires de différentes nationalités ont signé la Déclaration de Nice. Ils s’y engageaient à lutter contre le terrorisme et en appelaient au soutien financier de l’Europe. Des réseaux se sont constitués pour échanger de bonnes pratiques. Liège, qui a aussi subi des attaques terroristes, fait par exemple partie du réseau PacteSur avec Nice, et Turin.

Contre les véhicules béliers ou les voitures chargées d’explosifs

Comme on a pu le constater ces dernières années, ce ne sont pas les institutions importantes, les lieux symboles de pouvoir, qui sont les plus menacés. Les terroristes s’attaquent plutôt à des " softs targets ", des lieux publics, sans beaucoup de protection mais remplis de monde.

Les villes peuvent agir en aménageant les espaces publics, via des dispositifs physiques de sécurité. Ceux-ci sont surtout efficaces face à des véhicules béliers ou des voitures chargées d’explosifs. Pour un tireur isolé, par exemple, c’est plus compliqué. La vidéosurveillance sera plus efficace, et évidemment, le renseignement, les patrouilles de police, etc. Tout est toujours complémentaire.

Protéger les trottoirs, parsemer les piétonniers d’obstacles

Il existe différents types de dispositifs physiques à mettre en place, il faut faire le choix le plus pertinent en fonction du lieu. Dans les rues, on peut supprimer les bandes de stationnement, protéger les trottoirs en installant des poteaux, des barrières ou des bancs bien ancrés dans le sol. Il y a aussi moyen de jouer avec les reliefs, de rehausser les trottoirs, de créer un gradin sur une place, des dénivelés, des plans d’eau.

On peut aussi piétonniser certaines rues, et les parsemer de bacs de végétation et de bancs qui serviront à la fois de lieux de détente et d’obstacles à des voitures malveillantes. Les véhicules de secours et de livraison, eux, pourront passer, mais en zigzaguant.

Pour les explosions, il existe des éléments techniques qui permettent d’absorber les effets de souffle, et, dans l’absolu, il est aussi possible de renforcer certains bâtiments.

Des villes bunkers ou des villes à vivre ?

Dans quelle mesure faut-il mettre tout cela en place ? Il serait irréaliste, et impayable (un simple plot fixe, c’est déjà plus de 12.000 euros), de vouloir placer de tels dispositifs partout dans la ville. Il faut commencer par évaluer les risques, déterminer où la menace est présente. Ensuite, il faut faire la balance entre sécurité et convivialité, et se demander comment on veut vivre…

C’est un choix éminemment politique : quel degré de risque les élus sont-ils prêts à assumer ? A Londres, par exemple, les autorités ont fait le choix de l’hyper sécuritaire. A Barcelone, par contre, on considère que la question du risque terroriste est beaucoup moins prioritaire que celle des accidents de la route, ou de la pollution et donc on travaille plus à donner un sentiment de sécurité.

La région bruxelloise a plutôt tendance à ne pas vouloir se barricader, à ne pas faire de Bruxelles une grande ambassade américaine "bunkérisée".

Du mobilier urbain ludique, pour faire sourire au lieu de faire peur

Il y a aussi la manière. Les éléments de sécurité, on peut les camoufler ou, au contraire, les rendre visibles mais en en faisant des objets ludiques, en masquant leur rôle défensif. En France, il y a déjà eu des appels à projets en ce sens. Une agence a proposé des blocs antibéliers en béton en forme de lettres qui peuvent créer une infinité de mots, une autre fond ses blocs de béton dans le décor en les faisant ressembler aux vieilles pierres du bâtiment ainsi protégé, une troisième les dissimule sous la végétation et les transforme en bancs, et en supports pour vélos.

La future place Schuman en partie piétonne

A Bruxelles, au lendemain des attentats, la Région a reçu, de manière disparate, de multiples demandes de protection de la part d’institutions. Elle a du coup établi une sorte de guide des bonnes pratiques, un "guide à l’intégration des dispositifs de sécurité dans l’espace public".

Le nouveau projet d’aménagement du rond-point Schuman (la demande de permis est en cours) intègre ces recommandations. Les flux automobiles seront séparés des flux piétons, donc une partie de la place seulement sera encore accessible aux voitures. Là où les deux flux sont susceptibles de se rencontrer, on disposera des murets plantés pour protéger les piétons.

La prochaine menace : les drones

Le domaine de la sécurisation des espaces urbains est en constante évolution. Exemple : les bancs protecteurs sont censés être solidement amarrés au sol, pour éviter qu’ils ne se transforment en projectiles, mais la ville de New York a installé en plein Time Square une nouvelle sorte de banc non ancré, qui forme une chaîne et se déforme sans se casser.

La menace évolue, elle aussi : après les voitures béliers, les tireurs isolés ou les commandos, ce sont surtout les drones que l’on va redouter. Mettra-t-on alors la Tour Eiffel sous une cloche de verre ? Il faudra probablement bien accepter de ne pas pouvoir se protéger de tous les dangers.

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