Menace islamiste : "Supprimer les sites radicaux serait une erreur"

Brigitte Marechal (UCL) : "Supprimer les sites radicaux serait une erreur".
Brigitte Marechal (UCL) : "Supprimer les sites radicaux serait une erreur". - © RTBF

Invitée de Matin Première ce mardi matin, l'islamologue Brigitte Maréchal (UCL) estime que s'il n'y pas de véritable clash entre les musulmans et non-musulmans, on ne peut nier un certain malaise.

Entre la tuerie de Toulouse et le meurtre commis dans une mosquée bruxelloise, l’Islam a récemment fait la Une des médias. Malgré les discours rassurants et positifs, de nombreux Belges avouent craindre une montée de l’islamisme radical en Belgique. Mais confondent souvent salafisme et djihadisme.

"Vous avez des courants salafistes qui sont tout à fait piétistes, ritualistes, qui mettent l’accent sur le fait de respecter les préceptes religieux (…) Et vous avez des formes de salafisme qui peuvent éventuellement prôner le djihadisme. (…) Quand on parle de djihadisme, on parle davantage de terrorisme, de passage à l’action violente. Il s’agit donc là d’une partie infime de la population musulmane", rappelle Brigitte Maréchal, spécialiste de l’Islam et professeur à l’UCL.

Le radicalisme sur le net? Pas une nouveauté

Principal vecteur de la radicalisation de certains jeunes musulmans, Internet est aujourd’hui pointé du doigt. Appels au djihad, argumentaires théologiques, discours de prédicateurs, avis sur les questions afghanes ou palestiniennes se retrouvent ainsi aux quatre coins du Web. "Mais il est un peu abusif de dire que ces sites sont une nouveauté", affirme l’invitée de Françoise Baré.

Brigitte Maréchal pointe d’autres données qui expliquent la présence de radicalistes en Europe, comme les discours de certains prédicateurs dans et autour des mosquées, l’impact de la crise socio-économique, la présence de réseaux…

La cible: les jeunes qui se construisent

Chez nous pourtant, Sharia4Belgium est parvenue à faire passer de nombreux messages sur le Net. "Le type de public attiré par ce genre de mouvements, ce sont plutôt des jeunes en pleine construction identitaire. Souvent, cette construction identitaire adolescente se pose en opposition", note le professeur. Le succès de Sharia4Belgium repose notamment sur les provocations.

"Mais supprimer ce genre de sites serait une erreur car ces sites se régénèreraient sous d’autres formes, ailleurs, sous d’autres adresses et cela fermerait encore davantage le débat. (…) Si ces idées ne circulent pas là, elles ne permettent même pas de pouvoir se positionner", estime Brigitte Maréchal.

D’aucuns estiment que les prisons constituent également un foyer de radicalisation. Mais cela ne repose sur aucun chiffre, aucune étude, réagit Brigitte Maréchal.

Pas de clash mais un certain malaise

Si elle insiste sur le fait qu’il n’y a pas, pour l’heure, de "clash entre musulmans et non-musulmans", l’invitée de Matin Première ne nie pas un certain malaise. "En dépit de la reconnaissance du culte islamique, il y a une certaine difficulté dans la société belge d’accepter cet aspect pluriel de notre société, notamment dans sa dimension islamique. Par rapport à cela, il y a une certaine frustration ou tension qui est ressentie", indique Brigitte Maréchal.

Ce malaise se ressentirait également dans nos écoles, dans lesquelles "les professeurs savent qu’ils devraient l’aborder mais ils n’osent pas car ils ne savent pas très bien par quel biais le prendre".

"En tant qu’islamologue, moi, je n’ai jamais eu peur en me promenant dans les communautés musulmanes. Ce qui est intéressant de remarquer aujourd’hui, c’est le dynamisme incroyable qui existe dans ces communautés", conclut l’experte de l’UCL.

PIAB

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