Mémoires de J. Chirac: Giscard mouché, un plan com' à l'eau

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Nos voisins français ne parlent plus que de ça : l'ancien président de la République, Jacques Chirac, sort ses Mémoires. Alors, ça balance ? Pas exactement. Et manque de pot, Canal+ a bousillé un plan com' bien huilé.

Si le Belge francophone n'a le choix qu'entre "Le Vif/L'Express" et ... "Le Vif/L'Express" en matière de "newsmagazine", le Français est plus chanceux. "Le Nouvel Observateur", "Le Point", "L'Express", "Marianne", "Valeurs actuelles", tous "se tirent la bourre" pour obtenir en exclusivité les "bonnes feuilles" des livres très attendus. Et au petit jeu de "qui-allait-faire-la-Une-avec-les-mémoires-de-Jacques-Chirac", c'est "Le Point", un hebdo de droite, qui a décroché la palme. On relèvera ce drôle de hoquet de l'Histoire : en mars 2006, le patron du "Point", Franz-Olivier Gisbert avait été très critiqué pour avoir publié "La Tragédie du président", un livre où il révélait de larges pans de la vie privée de Jacques Chirac, qu'il avait fréquenté pendant vingt ans.

" Un énorme coup de chance"

Le plan communication de Nil Editions était limpide : "Le Point" publie les "bonnes feuilles", Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 accueille l'ancien locataire de l'Elysée dans son interview quotidienne, le tout jeudi le 5 novembre, jour de sortie du livre. En bonus, Michel Drucker consacre ses émissions du dimanche sur France 2 à Jacques Chirac. Emballé, c'est pesé, plan com' millimétré. Sauf que...

Sauf que "Chaque pas doit être un but" est tiré à 230 000 exemplaires. Nil Editions s'attend donc à un véritable carton, le Tout-Paris bruisse de rumeurs, la sortie du bouquin a été repoussée plusieurs fois. Et c'est par un merveilleux hasard que Bruce Toussaint, l'animateur de "L'Edition spéciale" sur Canal+ s'est procuré le livre : "C'est un énorme coup de chance. J'étais en train d'acheter les journaux dans une libraire en Loire-Atlantique. Et mon regard tombe sur ce livre. Je le reconnais tout de suite. Je suis resté stupéfait. Il n'y en avait qu'un et c'était le livre que le Tout-Paris attendait." explique-t-il au "Parisien". Hier lundi, ce n'est pas moins de vingt minutes de son émission qui sont consacrées au premier tome des mémoires de Chirac. Dans le jargon, on dit que l'exclusivité est "grillée". Et les autres médias de s'y engouffrer.

Et ce mardi matin, c'est donc "Le Parisien/Aujourd'hui en France" qui publie les bonnes feuilles.

Quid du contenu du livre ?

Nous laisserons à notre estimé collègue Thierry Bellefroid, dans sa chronique littéraire, le loisir de juger la plume de l'ancien président français, que certains lecteurs de l'ouvrage ont jugée alerte. Au chapitre des "petites phrases" ou autres "taillage de costard", c'est Valéry Giscard d'Estaing qui l'emporte haut la main. Le candidat malheureux face à François Mitterrand en 1981 est présenté comme un être à la psyché difficile à comprendre.

Pour les lecteurs nés après les années 70, il faut rappeler que Giscard d'Estaing n'a pu prolonger son bail à la présidence française en très grande partie à cause de Jacques Chirac, présent au premier tour de la présidentielle 1981 et qui n'a pas demandé à ses votants de reporter leur voix vers Giscard, entraînant ainsi la victoire - une première - de la gauche sous la Ve République. Jacques Chirac se lâche et écrit : "Un jour, Giscard assurera avoir jeté la rancune à la rivière. Mais ce jour-là, la rivière devait être à sec, tant cette rancune est demeurée tenace et comme inépuisable. En démocratie, la défaite d'un homme est rarement une perte irréparable."

A propos d'Edouard Balladur, son "ami de 30 ans" qui se présentera contre lui à la présidentielle 1995, il ne cherche guère les raisons de sa trahison. "Jacques (...) Ne vous y trompez pas. Je ne serai jamais votre Premier ministre. Il avait attendu l'ultime moment pour m'adresser cette au point inopiné. Je n'aurais jamais d'explication d'homme à homme. Je ne l'ai d'ailleurs jamais cherchée."

François Mitterrand s'attire de nombreuses louanges : "L'homme que je découvre au fil de nos entretiens m'apparait d'une finesse de jugement et d'une intelligence tactique que j'ai rarement rencontrées dans le monde politique. Son amour de la France est indiscutable. Nos valeurs communes sont celles de deux provinciaux attachés aux traditions terriennes, comme aux idéaux de la République. Et si, pour le reste, nos convictions semblent à l'opposé, probablement l'un est-il moins à gauche qu'il ne le fait croire et l'autre moins à droite qu'il ne le laisse paraître. Salut l'artiste, m'est-il arrivé de penser en assistant à quelques-unes de ses prestations."

Sur Nicolas Sarkozy, pas (encore) grand-chose à se mettre sous la dent. Dépeint comme « nerveux, empressé, avide d'agir », il quitte lui aussi le clan des "Chiraquiens" peu avant 1995. "Cette première défection ne me laisse pas indifférent. Nicolas Sarkozy est à mes yeux bien plus qu'un simple collaborateur. [Il prend part] efficacement à toutes mes campagnes, avec cette volonté, qui ne l'a pas quitté, de se rendre indispensable, d'être toujours là, nerveux, empressé, avide d'agir et se distinguant par un sens indéniable de la communication." On en saura pas plus avant la sortie du tome II...

(HM)

 

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