Médicaments: vives tensions entre Laurette Onkelinx et les médecins

L'obligation de proposer les médicaments les moins chers divise.
L'obligation de proposer les médicaments les moins chers divise. - © RTBF

L'obligation de proposer aux patients les médicaments antibiotiques ou antimycosiques les moins chers ne plaît pas aux médecins belges. Qui dénoncent une mesure farfelue et inutile. La ministre de la Santé, Laurette Onkelinx, s'indigne: "Cette mesure avait fait l'objet d'un accord."

Comme les pharmaciens, les médecins belges ne sont clairement pas d'accord avec les mesures d'économie qu'impose l'INAMI. Pour rappel, à partir du 1er mai, les pharmaciens seront obligés de délivrer les antibiotiques ou les antimycosiques les moins chers du marché. Ils ne seront pas tenus de suivre le choix d'une marque de médicament qu'un médecin aurait prescrit.

Pour les médecins, il est farfelu et dangereux de faire passer les économies avant la santé publique. Selon les professionnels de la santé, délivrer un médicament générique plutôt qu'une marque précise, souvent plus chère, peut présenter un certain risque.  "Il y aura toujours la possibilité qu'un patient réagisse de manière allergique", prévient Marc Moens, président de l'ABSYM, l'association belge des syndicats de médecins. "Il y a aussi la possibilité, surtout dans les traitements antimycosiques (qui ne sont plus des traitements très aigus mais plutôt chroniques), que des patients confondent des pilules. (...) Cela crée un danger pour les patients."

Médecins: "Pourquoi cette méfiance?"

Qu'ils soient de marque ou génériques, ces médicaments contiennent pourtant la même molécule. "Mais dans les pilules ou les sirops, il y a aussi d'autres ingrédients, d'autres produits qui sont mélangés pour que cette pilule puisse être avalée", précise ce mercredi matin Marc Moens au micro de La Première.

Le président de l'ABSYM estime également que ce genre de décision traduit un manque de confiance. "Les médecins généralistes prescrivent déjà actuellement énormément de produits génériques, les meilleurs sur le marché. Pourquoi cette méfiance?"

Ce plan d'économie, défendu par la ministre de la Santé Laurette Onkelinx, devrait permettre d'économiser 8 millions d'euros par an. Mais, rappelle Marc Moens, la commission médico-mutualiste avait introduit, au 31 janvier dernier, des contre-propositions, des alternatives pour un montant total de 21,7 millions d'euros. "Mais madame la ministre n'en a pas voulu", glisse le président. "Elle disait que cette économie ne serait pas réalisée comme on l'avait décrite. Mais actuellement, avec ce système farfelu, cette économie ne sera pas obtenue non plus (...) car les médecins généralistes prescrivent déjà d'une manière extrêmement économique."

Laurette Onklelinx veut "rassurer les patients"

Des propos qui font évidemment bondir la ministre de la Santé. "En réalité, cette mesure avait fait l'objet d'un accord entre les partenaires", affirme Laurette Onkelinx (PS) au micro de Mehdi Khelfat ce mercredi matin. "Ce que je veux faire, c'est rassurer les patients. Pour le moment, nous faisons des efforts pour diminuer les prix des médicaments. En règle générale, ce qui est bon pour la sécurité sociale est bon pour les patients. Dans la mesure proposée, ce qui est clair, c'est qu'il n'y a aucun danger pour les patients puisqu'il s'agit pour le pharmacien de donner au patient un médicament avec la même molécule."

Et la ministre de rappeler qu'en cas de problème, le praticien peut toujours faire une "objection thérapeutique" et demander au pharmacien de ne pas changer de médicament.

"Dans toute une série d'autres pays, la substitution est automatique et on ne prend pas toutes les pincettes que l'on prend en Belgique", affirme Laurette Onkelinx. "Qu'on n'aime pas la mesure, c'est une chose. Mais qu'on en vienne à faire des critiques qui peuvent être comprises par le grand public comme des critiques veillant à sauvegarder leur santé, ça ne va pas."

Les entreprises pharmaceutiques proposent d'autres mesures d'économies

Les 140 entreprises représentées par pharma.be émettent quelques craintes quant aux mesures d'économies annoncées par le gouvernement. Pharma.be propose de réaliser des économies d'une autre manière et espère pouvoir se concerter avec le gouvernement.

La nouvelle mesure qui entrera en vigueur le 1er mai n'a pas été négociée avec pharma.be, ce qu'elle déplore. Le gouvernement a en outre annoncé une baisse du prix des médicaments pendant la période de brevet. Ici aussi, aucune concertation n'a précédé cette décision et pharma.be s'oppose à cette adaptation des prix. "En Belgique, les médicaments brevetés sont déjà parmi les moins chers d'Europe en comparaison avec les autres pays ayant une importante industrie pharmaceutique", indique-t-elle.

Pharma.be ajoute qu'après des années de croissance, le secteur pharmaceutique ne crée plus d'emplois.

PIAB, avec G. Lauwerijs et M. Khelfat

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