Mehdi Nemmouche: le parcours de l'enfant "placé" devenu djihadiste

Après son arrestation Medhi Nemmouche a refusé d’être entendu sur son parcours de vie. Les seuls éléments disponibles sont ceux recueillis auprès de ses proches mais aussi les rapports d’enquête de personnalité réalisés en France dans le cadre de poursuites judiciaires en 2005 et 2007.

Un parcours familial chaotique

Mehdi Nemmouche est franco-algérien. Il est né le 17 avril 1985 à Tourcoing " de père inconnu ". Durant son enfance et son adolescence, il a dû composer avec deux familles. Celle de sa mère d’origine musulmane et celle de sa famille d’accueil française de " tradition catholique ". Sa mère n’étant pas physiquement en état de s’en occuper Mehdi Nemmouche est pris en charge par l’assistance publique (la DDASS) qui lui trouve un foyer d’accueil à une quinzaine de kilomètres de Roubaix.

A l’âge de 8 ans, ses grands-parents maternels obtiennent un droit d’hébergement à raison d’un week-end par mois. Une situation qui va entraîner un choc culturel pour l’enfant lorsqu’il découvre un tout autre cadre de référence. Entre les deux " familles ", une lutte d’influence va désormais compliquer la vie de l’enfant. Au point que l’administration chargée de superviser le suivi interdira à l’enfant d’appeler désormais ses parents adoptifs " papa " et " maman " et les parents d’accueil ne seront plus autorisés à interroger l’enfant à propos de ses séjours dans sa famille d’origine.

Un enfant écartelé entre deux cultures

Selon sa mère adoptive, Simone R., Mehdi Nemmouche aimait ses grands-parents maternels mais ne voulait pas se rendre chez eux car il n’aimait pas leurs " us et coutumes ". Lorsqu’il revenait chez eux après un week-end : " il était en colère au point de se faire mal en se cognant. Un jour alors qu’il était âgé de 11 ans, il est revenu particulièrement choqué car il avait été circoncis durant le week-end ".

La situation devient tendue. Le pré-adolescent commence à faire " des bêtises " et à affirmer son adhésion à la religion musulmane. Devenu difficile et perturbateur, la " DASS " décide de le placer dès 12 ans dans un orphelinat tout en l’autorisant à rentrer tous les week-ends dans sa famille d’accueil.

Trois ans plus tard, nouveau changement, Mehdi Nemmouche est placé dans un foyer de la DDASS en région parisienne, changement qui lui permettra de suivre une formation professionnelle en électromécanique. L’adolescent ne fera toutefois jamais valider sa formation ce qui le prive du diplôme.

L'escalade dans la délinquance et la quête d'autorité

Parallèlement, Mehdi Nemmouche va inaugurer un parcours délinquant par une suite de petits délits. En octobre 2001 c'est l'escalade, âgé de 16 ans, il va " braquer " deux personnes âgées avec un pistolet factice, ce qui lui vaudra un premier passage par la case prison, une quinzaine de jours en détention préventive malgré son âge. Paradoxalement Simone R. , sa " mère " d’accueil souligne que selon l’assistante sociale de la prison: " il se sentait bien à cet endroit. Il travaillait et avait trouvé une certaine autorité qui semblait lui convenir ". 

Pour une raison qui reste à éclaircir, lors de sa sortie, cette même assistante sociale se serait opposée à ce que Mehdi Nemmouche retourne au sein de sa famille d’accueil. Il est alors parti vivre chez ses grands-parents à Tourcoing.
Ce choix ne va pas contribuer à l’apaisement. Entre 17 et 22 ans, Nemmouche fera à nouveau deux séjours en prison pour des vols commis en bande avec violence. Et à sa sortie de prison, il quitte définitivement sa famille d’origine pour le Sud de la France.

La radicalisation en prison

Sans travail ni revenu, Mehdi Nemmouche va s’enfoncer un peu plus dans la délinquance. En décembre 2007, il est à nouveau incarcéré à la prison de Salon-de-Provence. C’est là qu'il va s’adonner à la pratique religieuse de manière plus intensive. Il se laisse pousser la barbe, s’habille en djellaba et fait régulièrement sa prière.

C’est aussi dans cette prison qu’il fait la connaissance de son actuel co-inculpé Nacer Bendrer. Selon le personnel de la prison, Nemmouche va multiplier les comportements provocateurs. Ce qui lui vaudra d’être muté dans une autre prison, Nemmouche étant considéré à Salon-de-Provence comme un détenu radicalisé exerçant une mauvaise influence sur les autres prisonniers.

Le séjour en Syrie

Lorsqu’il est libéré de prison le 4 décembre 2012, Mehdi Nemmouche retourne vivre quelques jours chez ses grands-parents à Tourcoing. Mais dès la fin du mois, il décide de quitter le pays à destination de la Syrie. Selon trois journalistes français prisonniers par les djihadistes en Syrie Mehdi Nemmouche aurait été l’un de leurs gardiens, l’un des plus durs d’après les témoignages recueillis. En février 2014, Mehdi Nemmouche quitte la Syrie, il visite alors quelques pays asiatiques avant de rejoindre l’Europe. Le 18 mars 2014, il débarque à Francfort...

Dans les semaines qui suivront, Mehdi Nemmouche visitera brièvement sa famille à Tourcoing pour ensuite s’installer à Bruxelles. Sous son nom, il loue une chambre à Molenbeek, achète un ordinateur, l'appareil qui sera retrouvé par les policiers au moment de son arrestation à Marseille. C’était six jours après la tuerie du musée juif. Dans cet ordinateur, les enquêteurs mettront au jour une série d’indices permettant d' impliquer Mehdi Nemmouche dans l’attaque du musée juif.

Une personnalité complexe

L’intérêt d’un procès d’assises, c’est qu’il permet de mieux cerner la personnalité des accusés. Les proches viendront témoigner à la barre. Un moment toujours important au cours duquel l’accusé est confronté aux éléments de son passé.

Si Mehdi Nemmouche a livré peu d’éléments aux enquêteurs au cours des auditions  à l’exception de réflexions générales sur la situation géopolitique, il a malgré tout évoqué " le père inconnu " et "ses deux sœurs placées comme lui à la DDASS" (direction départementale des affaires sanitaires et sociales), il dira notamment lors d’une de ses auditions par les enquêteurs: " ma vie je ne la changerais pour rien au monde. Le fait d’avoir été un enfant de la DDASS ça ne me pose pas de problème. C’était une aventure. Je me suis bien amusé ". Mais ce sera pour ajouter peu après que si il avait eu le choix : " il aurait préféré ne pas connaître cette expérience " tout en ajoutant " Après, on peut être né dans une famille structurée et ça dégénère quand même ".

Tuer? :  "légitime" dans certaines conditions

Quand les enquêteurs lui demandent si tuer un être humain peut parfois être légitime à ses yeux, Nemmouche répond : " bien entendu " et de citer comme exemple " la lutte contre le franquisme ou le résistant français contre le 3eme Reich, ou le tirailleur sénégalais ". Des propos très différents que ceux qu’il aurait tenu face aux journalistes français détenus en Syrie où il faisait l’apologie de Mohamed Merah, le tueur de l’école juive de Toulouse en 2012 : " le plus grand mec que la France ait produit ". Mohamed Merah, le petit délinquant de banlieue qui a filmé ses crimes avec une caméra " go-pro " et qui semble avoir énormément impressionné Nemmouche.

Mohamed Merah, un modèle auquel s'identifier

Nemmouche s'est-il identifié au sens psychanalytique à Mohamed Merah ? Au point de vouloir reproduire ses actes? C’est une hypothèse à envisager lorsqu’on connait le " modus " avec lequel a été préparé l’attaque du musée juif. Comme Merah, l'utilisation d’une caméra embarquée pour filmer les crimes (mais elle n'a pas fonctionné), la fuite immédiatement après les crimes en évitant la confrontation avec la police jusqu'à la mise en scène dans sa chambre avec une caméra pour revendiquer les crimes...

Ajoutons que dans l’ordinateur de Nemmouche les enquêteurs ont trouvé quatre fichiers consultés une dizaine de jours avant l’attaque du musée, deux concernaient l'affaire Merah : " Merah, l’itinéraire d’un tueur " et " l’affaire Merah, la complicité de Nicolas Sarkozy et des services de renseignements français ".

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