Médecins généralistes : plus de la moitié des communes wallonnes en pénurie

Fin 2017, 144 communes en Wallonie étaient en pénurie de médecins généralistes. 144 communes sur 262, cela représente plus de la moitié des communes wallonnes. Mais pallier cette pénurie ne passe pas forcément par l’attribution plus importante de numéro Inami. Ce fameux numéro indispensable à un médecin pour qu’il puisse exercer. Car globalement, cette pénurie découle de deux éléments : d’une part le fait qu’il n’y a plus assez de nouveaux médecins pour remplacer ceux qui cessent d’exercer, et d’autre part car les médecins généralistes ne s’établissent pas en zones rurales. Explications.

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Commençons par faire un état des lieux de la situation, avec des chiffres notamment. Des chiffres interpellants.

  • En Wallonie, la moyenne d’âge des médecins généralistes est de 55 ans pour les hommes et de 46 ans pour les femmes. Et de nombreux médecins, bien qu’âgés, ne raccrochent pas forcément le stéthoscope de peur d’abandonner leurs patients à leurs sorts, sans confrère pour les remplacer. "La population des médecins vieillit et ne trouve pas de remplaçants dans les zones où ils sont peu nombreux" explique Brigitte Bouton, inspectrice du département des Aînés et de la Famille à la Région Wallonne, au micro de Soir première.
  • Autre élément : le nombre de médecins généralistes en chiffre absolu diminue. Lentement certes, mais tout de même. Il y a donc progressivement moins de médecins généralistes alors que la population augmente. En 2016, ils étaient 3467. En 2017, 3460.
  • Et concernant le nombre de communes wallonnes en pénurie, il est aussi important de noter que désormais sur les 144 communes en pénurie, 52 sont en pénurie grave. Cela veut dire que 52 communes possèdent moins de 50 médecins pour 100 000 habitants. C’est particulièrement le cas dans les zones les plus rurales comme dans la province du Luxembourg et dans le sud-namurois. En comparaison, en 2016, seules 8 communes étaient considérées comme en pénurie sévère.  "La situation s’est détériorée de manière conséquente, en un an seulement ! On ne parvient pas à compenser le départ des médecins par de nouvelles arrivées" analyse Brigitte Bouton.

Des zones peu attractives

Qui dit pénurie de médecin dans les zones rurales, dit forcément patientèle potentielle. Pourtant, cela ne suffit pas à séduire les jeunes diplômés, ou les médecins aguerris qui chercheraient à se relocaliser. "Les distances entrent en considération, notamment dans les déplacements pour rejoindre cette clientèle. Et puis s’installer en zone rurale cela veut aussi dire être loin des centres pour la famille, pour les enfants, pour le conjoint qui veut lui aussi avoir une carrière professionnelle. Il y a véritablement des difficultés qui se posent pour ces jeunes médecins dans les zones rurales et semi-rurales" pointe l’inspectrice du département des Aînés et de la Famille à la Région Wallonne. Et puis les pratiques de la médecine ont aussi changé, le mode de vie lié à cet activité aussi. "Il y a de plus en plus de médecins qui veulent travailler ensemble, en groupe, qui veulent du soutien et qui n’acceptent plus d’avoir une vie où à 22h, 23H, on va encore visiter des patients"

Vous voulez un numéro Inami ? Déménagez 

Alors comment faire pour pallier cette pénurie ? Selon Elie Cogan, membre de la commission de planification de l'offre médicale et ancien doyen de la faculté de médecine de l'ULB, cela ne passe pas par l’augmentation de numéros Inami. Par une réglementation plus stricte par rapport à l’installation des médecins ? Peut-être bien. "Si c’est pour fabriquer plus de généralistes qui vont aller s’installer dans les communes surpeuplées à Bruxelles, certains continueront de dire qu’il y a une pléthore médicale, ce qui sera vrai dans ces zones-là, mais qui ne résoudra pas la pénurie !" explique Elie Cogan. Pour lui il faut non seulement encourager les étudiants en médecine à poursuivre dans la médecine générale, mais aussi leur donner envie, voire leur forcer un peu la main pour qu’ils s’installent dans les zones rurales. Pour ce qui est de donner envie, certaines initiatives existent déjà comme des aides financières à l’installation par exemple. Mais pour aller un pas plus loin encore, il pourrait être envisagé que les numéros Inami soient "géolocalisés", ou répartis selon le territoire. Un numéro Inami serait donc attribué à une certaine zone du pays, et pour l’obtenir les médecins devraient donc se plier à sa localisation. "Ce type de contraintes pourraient être humaines ! Par exemple on pourrait imposer à un médecin de s‘installer pendant cinq ans dans une région en particulier et puis au bout de ces cinq ans il pourrait soit rester, soit aurait la priorité pour aller s’installer ailleurs" explique le membre de la commission de planification de l'offre médicale.

Les médecins, seuls concernés ? Certainement pas. Selon Elie Cogan il est indispensable de considérer ce problème de la pénurie dans son ensemble, et pas uniquement sur le volet du médecin. "Qu’est-ce qui ferait en sorte que les paramédicaux, les infirmières qui sont aussi en pénurie, souhaitent également s’installer dans les zones rurales ?" La question est posée.

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