Médecins et pharmaciens : le burn-out n’est pas loin

Quand nous nous rendons chez notre médecin, la première question qui nous est généralement posée, c’est : "Comment allez-vous ?". Mais, avouons-le, nous posons très rarement cette même question à notre médecin. Comme s’il allait de soi qu’un docteur se portait forcément bien. Et pourtant…

Le Journal du Médecin et Le Pharmacien ont réalisé une vaste enquête auprès de ces deux professions. Elle porte sur la consommation de substances et le burn-out. 4361 médecins et pharmaciens y ont répondu. Sans vouloir être alarmiste, certains résultats sont malgré tout inquiétants.

Et selon le proverbe qui dit que les cordonniers sont les plus mal chaussés, médecins et pharmaciens ne prennent pas toujours suffisamment soin d’eux. Or ils en ont bien besoin. Pour l’instant, ils assurent. Mais combien de temps encore pourront-ils tenir ?


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4 médecins sur 10 proches d’un épuisement professionnel

Pour 4 médecins sur 10, le burn-out n’est pas loin. Ils en présentent, en tout cas, toutes les caractéristiques qui pourraient les faire "basculer". Ce chiffre est plus important encore chez les médecins spécialistes en formation puisque là, on atteint presque les 6 médecins sur 10.

Voici quelques-uns des symptômes qui montrent que l’épuisement les guette :

  • 59,1% des médecins se disent fatigués avant même de commencer leur journée. Ce chiffre est beaucoup plus élevé chez les médecins de moins de 40 ans puisque, dans cette tranche d’âge, le chiffre grimpe à 75% ;
  • 52% des médecins interrogés disent avoir besoin de plus de temps qu’avant pour se détendre ;
  • 51,4% se sentent fatigués après leurs heures de travail ;
  • 38,4% estiment être lassés de leur travail ;
  • 34,4% parlent d’épuisement émotionnel ;
  • 31,1% considèrent être détachés de leur profession.

Leur consommation de médicaments et d’alcool

Ils en prescrivent à longueur de journée. Mais quelle est leur consommation de médicaments ? L’enquête a voulu savoir si pour faire face à cette situation, les médecins prenaient des médicaments. La réponse est claire : plus d’un médecin sur deux (52,9%) prend des médicaments pour faire face au stress, aux douleurs liées au stress et aux problèmes de sommeil. Regardons cela un peu plus dans le détail :

  • 18,6% de médecins consomment des somnifères ;
  • Près de 12% prennent des anxiolytiques.

Ces chiffres augmentent avec l’âge puisque chez les plus de 70 ans, on est à 20,8% de somnifères et 13,4% d’anxiolytiques.

L’enquête révèle aussi que 3% des médecins déclarent consommer des drogues illicites. Ce pourcentage est plus élevé chez les plus jeunes où l’on atteint les 5,4%.

Sans tabou, l’enquête a également posé cette question : quelle est votre consommation d’alcool ? Un constat : l’alcool fait partie de la vie quotidienne. Mais visiblement avec une certaine modération. En effet, près de la moitié des médecins boit un verre d’alcool par semaine. Mais, une nouvelle fois, le phénomène s’accentue avec l’âge : les médecins âgés de 60 à 70 ans boivent deux fois par semaine.

Les cas vraiment problématiques sont relativement rares : 2% ont besoin d’alcool le matin après avoir beaucoup bu.


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Quelles leçons en tirer ?

Geert Dom, professeur de psychiatrie à l’université d’Anvers, s’est penché sur cette étude. Et sa conclusion est claire : "Nus (les médecins), nous négligeons encore l’attention que nous nous portons […]. L’attention portée à nous-mêmes, notamment en ce qui concerne les éventuels problèmes de santé mentale, reste trop peu abordée."

Notons qu’il existe en Belgique une plate-forme "Médecins en difficulté" avec laquelle des médecins ou une personne de leur entourage peuvent entrer en contact. L’initiative est née en octobre 2016 et vise à briser un tabou dont les médecins eux-mêmes parlent peu. Un premier bilan, en 2019, signalait que quelque 300 médecins s’étaient tournée vers elle.

Mais voyons aussi certaines choses positives, comme le fait que 9 médecins sur 10 déclarent être capables de bien gérer le volume de travail actuel. Et avec la crise du Covid, on sait que ce volume est particulièrement important.


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Et les pharmaciens ?

Dans cette profession aussi, le burn-out guette. Même si les chiffres sont un peu moins alarmants que du côté des médecins : ici, 56% sont au-dessus du score limite en ce qui concerne les problèmes de motivation et d’implication. Et 54% présentent des signes d’épuisement : "Environ la moitié des répondants se trouvent dans la zone à risque pour l’un de ces aspects ou même pour les deux", selon le Professeur Geert Dom.

Et quand on regarde les chiffres de plus près, on constate que c’est chez les plus jeunes pharmaciens que la situation est la plus préoccupante. Prenons quelques exemples :

  • Concernant la fatigue, 38% des plus de 60 ans disent se sentir fatigués avant d’arriver au travail. Chez les moins de 60 ans, ils sont 71% à éprouver ce sentiment ;
  • A la question "quand je travaille, je me sens généralement plein d’énergie", les plus de 60 ans répondent oui à 87%. Les moins de 60 ans ne sont plus que 72% à répondre par l’affirmative.

Quant à leur état psychologique, plus de la moitié affirme que leur état d’esprit affecte leur fonctionnement au moins une fois par mois. Et, une nouvelle fois, on constate de grosses différences selon les tranches d’âge : 58% des moins de 60 ans sont confrontés à ce problème, contre 34% chez les plus de 60 ans.


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Selon la Pr Eline Tommelein, qui tient un baromètre du climat psychologique dans les pharmacies depuis le début de la pandémie, "le cas des jeunes pharmaciens demande une attention particulière […] En soi, ce n’est pas la motivation qui manque, mais la charge administrative et tout ce qui l’accompagne en termes d’entreprenariat qui pèsent trop lourd."

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