Mbo Mpenza, foot et racisme : "Mon deuxième match en tant que sportif de haut niveau, j’ai eu des cris de singes"

C’est ce vendredi que débute l’Euro 2020 de football. Un Euro reporté à cause de la pandémie de coronavirus, un Euro dispersé aux quatre coins de l’Europe, dans onze villes différentes, mais également un Euro avec la question du racisme en toile de fond.

Alors que les joueurs de l’équipe d’Angleterre continuent de mettre un genou à terre avant chaque rencontre, Thomas Gadisseux accueille ce matin sur la 1ère l’ancien footballeur Mbo Mpenza, impliqué dans la lutte contre le racisme à travers l’ONG FARE. À 43 ans, il est aussi le porte-drapeau d’un nouveau plan d’action anti-discriminations lancé par la Commission Européenne et la FIFA.

Car avant les frères Hazard et Lukaku, il y a eu les frères Mpenza, premiers Afro-Descendants à intégrer l’équipe nationale. Avec son frère Emile, Mbo a été l’un des marqueurs d’une génération et un symbole du football belge. Et il y a 20 ans, c’est lui qui participait à l’Euro 2000 avec des Diables très vite écartés de la compétition.

"Une demi-finale serait déjà top […] on ne remplace pas Fellaïni et Kompany comme ça"

Mbo a-t-il l’impression d’être né trop tôt ? Regrette-t-il de ne pas avoir pu jouer avec la génération dorée actuelle ? Pas vraiment. Pour lui "Jouer avec Philippe Albert et Enzo Scifo, ces personnes qui l’ont fait rêver, a été un privilège", et il se réjouit que la génération actuelle fasse rêver ses enfants même s’il est conscient qu’elle est sans doute moins forte que lors de la dernière Coupe du monde. Au jeu des pronostics, "une demi-finale serait déjà top", selon lui. "Le problème c’est que cette équipe-là il y a pas mal de joueurs qui se sont blessés dernièrement tandis que d’autres ne sont plus là. On ne remplace pas Fellaïni et Kompany comme ça."

Lorsque cela se passe en Belgique, il y a moins de remous.

Si les équipes changent au fil des ans, le racisme, lui, demeure. Mbo Mpenza en a d’ailleurs fait son combat. Et si les choses ont évolué dans le temps, cela demeure une question très présente actuellement dans le foot et le sport en général. "Mon deuxième match en tant que sportif de haut niveau, j’ai eu des cris de singes. C’est quelque chose de super compliqué à gérer. Maintenant la différence, c’est que le match peut s’arrêter."

J’utilise le sport pour faire passer des messages et éduquer

Pour l’ancien attaquant vedette, ces interruptions devraient cependant être plus systématiques, et pas uniquement lorsqu’une star est visée. "Lorsque cela se passe en Belgique, il y a moins de remous." Une situation dénoncée également par Romelu Lukaku. Dans une interview à CNN cette semaine, Lukaku regrettait que les nombreuses campagnes autour du racisme ne soient pas suivies par des actions concrètes.

Alors, qu’est-ce qui bloque ? "Les gens ne prennent pas conscience. De mon côté, j’utilise le sport pour faire passer des messages et éduquer. Le mot éducation est très important. Beaucoup ne se rendent pas compte qu’une phrase peut être discriminante", explique Mbo Mpenza, premier Afro-Descendant, avec son frère, à intégrer l’équipe nationale. Un groupe au sein duquel il a été intégré sans souci, un groupe au-dessus des problèmes communautaires et de racisme, à l’instar des équipes d’Allemagne, d’Angleterre, etc.

"Si le football professionnel fonctionne, c’est grâce au football amateur"

Concernant le futur des Diables, alors même qu’Eden Hazard laisse planer le doute sur la suite de sa carrière, celui qui a connu la longue descente aux enfers de l’équipe nationale rappelle qu’une équipe est en perpétuelle construction. " On est obligé de construire la génération suivante, ça se termine. Est-ce que l’on va rester à la tête du classement FIFA ? Une chose est certaine on est occupé d’essayer de faire perdurer cette équipe nationale. La première chose, il faut être fier de jouer pour porter l’équipe nationale et de porter ce maillot."

Un avenir qui ne s’annonce pas des plus simples. En cause "l’état de catastrophique du football amateur", pourtant véritable vivier pour les générations futures. " Il ne faut pas oublier que si le football professionnel fonctionne, c’est grâce au football amateur. Et puis, ils ont aussi un rôle au niveau sociétal. C’est pourquoi il faut faire attention que le football amateur puisse vivre".

Vers une nouvelle descente aux enfers pour les Diables ?

Faut-il craindre une nouvelle descente aux enfers dans les années à venir. Pour Michel Lecomte, de nombreux signes permettent d’espérer. Le centre de Tubize, le succès du football féminin, l’engouement pour l’Euro. Beaucoup d’éléments qui laissent entrevoir un retour en force du foot dans la société après le ralentissement imposé par la crise du coronavirus.

Même son de cloche du côté de Frédéric Waseige, à condition de mieux intégrer le foot amateur dans les instances actuelles où l’élite a monopolisé le pouvoir.

Un renouveau, qui passe également par une conscientisation, notamment des publics plus fragilisés. Une démarche qu’applique Mbo Mpenza dans le cadre du tournoi qu’il a mis sur pied il y a plusieurs années désormais. "Le challenge que j’ai organisé, avec sa mixité, mélange des enfants inscrits dans un club de foot avec d’autres qui n’ont pas la possibilité. Des filles, des enfants issus du handisport et aussi du milieu de l’intégration. Tout le monde joue ensemble et je leur dis que s’ils veulent gagner, ils doivent comprendre l’autre et l’intégrer."

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