Maxime Mori, président de la FEF: "Il y a une vraie prise d'otages pour les étudiants en médecine"

Maxime Mori: "Aujourd’hui, il n’est pas normal que des étudiants doivent passer des concours, des examens d’entrée, et ainsi de suite".
Maxime Mori: "Aujourd’hui, il n’est pas normal que des étudiants doivent passer des concours, des examens d’entrée, et ainsi de suite". - © RTBF

Des étudiants en médecine mécontents ont prévu un rassemblement devant les locaux du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles en début d’après-midi. Le problème qu'ils pointent, c’est le concours qui est organisé en fin de première année de médecine, celui qui crée ce qu’on appelle des reçus-collés, ceux qui réussissent mais qui ne sont pas suffisamment classés pour passer en deuxième.

Plusieurs associations étudiantes ont introduit un recours au Conseil d’État contre ce concours. Le Conseil d’État les a déboutés fin du mois de juillet, début du mois d’août. Il ne leur reste plus qu’une solution à ces étudiants: passer l’examen d’entrée de première année avec les nouveaux candidats, issus du secondaire. Cet examen aura lieu en septembre.

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Le concours qui était réservé aux étudiants en première année de médecine à la fin de l’année, avant de passer en deuxième, qui les autorise à passer en deuxième, va être remplacé dès la rentrée de septembre par un concours a priori avant les études, qui vous autorisera ou non à commencer vos études.

En attendant, le sort des étudiants qui ont terminé maintenant leur première année, qui l’ont réussi mais qui n’ont pas été repêchés, ce qu’on appelle les reçus-collés, est un peu hybride. On les invite, s’ils le souhaitent, à passer ce concours en première année de médecine, qui aura lieu en septembre, ce qui pourra leur permettre alors de suivre des cours de deuxième. Analyse de la situation avec Maxime Mori, le président de la FEF, la Fédération des Étudiants Francophones.

C’est bien ça? C’est comme ça que ça fonctionne, on est clair?

"Oui, c’est tout à fait ça. Aujourd’hui, il y a vraiment une situation qui est tout à fait inédite pour les étudiants en médecine. Il y a donc ceux, comme vous l’avez expliqué, qui finissent leur première année de bachelier, avec les dentistes bien évidemment, et qui aujourd’hui doivent aller passer d’abord leur seconde session, à nouveau pour voir s’il y a encore une chance qu’ils soient classés ou non. Et par la suite, ils doivent passer l’examen d’entrée, qui porte non pas sur la matière de première année de médecine, mais qui porte sur la matière de la rhétorique.

Voilà, tout ceci pour en fait expliquer qu’au final, la situation pour les étudiants en médecine est quand même la même depuis plusieurs années. Le Prisme reste le même, il faut limiter le nombre d’étudiants en médecine pour respecter les considérations budgétaires de nos soins de santé. Et ça, c’est une clé que le pouvoir politique s’évertue à vouloir chercher et à vouloir respecter à tout prix, mais on voit les situations dans lesquelles cela mène tous les étudiants et elles sont assez absurdes".

Qu’est-ce que vous allez demander tout à l’heure aux ministres, si vous en croisez, ceux du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles puisque c’est devant leurs locaux que vous allez vous plaindre tout à l’heure? Vous allez leur demander quoi, vous voulez quoi?

"La même chose en fait que ce que les étudiants demandent maintenant déjà depuis de nombreuses années, c’est que l’on puisse à un moment donné arrêter un jeu de renvoi de balle qu’il y a entre les différents pouvoirs ici en Belgique. D’une manière ou d’une autre, c’est d’arriver à une situation qui est saine et stable pour l’ensemble de ces étudiants en médecine.

Aujourd’hui, il n’est pas normal que des étudiants doivent passer des concours, des examens d’entrée, et ainsi de suite. Cela pour justement respecter ces différentes clés de répartition. La décision de justice qui est tombée il y a de cela plusieurs semaines, on la déplore du côté de la Fédération des Étudiants Francophones. On déplore le fait que l’on ait été débouté sur la forme, mais que les questions de fond sont restées en suspens. Ce concours de fin de première année n’aurait jamais dû avoir lieu en fait, tout simplement, parce que les quotas, la justice les avait d’avance déjà recalés et donc c’était une simple décision politique qu’il aurait fallu pour justement ne pas arriver dans la situation telle que l’on est aujourd’hui".

Les étudiants qui seront les futurs médecins de demain sont quand même la caution d’une négociation politique, cela au détriment de la santé publique

Il faut expliquer que ce problème est effectivement politique puisque le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles est un peu mal pris parce qu’il laisse passer des reçus-collés qui risquent par la suite de poser problème avec les numéros Inami qui sont gérés cette fois par la ministre fédérale de la Santé, qui est Maggie De Block. Il y a ce jeu politique qui est compliqué. Vous vous sentez pris en tenaille par ça?

"Tout à fait. Et ça, c’est ce que nous, nous dénonçons à titre principal. C’est qu’il y a effectivement une vraie prise d’otages aujourd’hui pour les étudiants en médecine et en dentisterie dans ce jeu de renvoi de balle, mais par delà tout, il y a quand même aussi une vraie prise d’otages petit à petit des citoyens vis-à-vis de notre politique de santé, où l’on voit que les étudiants qui seront les futurs médecins de demain et qui organiseront donc, d’une manière ou d’une autre, nos soins de santé de demain sont quand même la caution d’une négociation politique, cela au détriment de la santé publique".

Ce concours en fin de première année est donc terminé. Il vit ces derniers jours, entre guillemets. Il est remplacé par le concours à l’entrée cette fois, pour ceux qui sortent de rhéto et qui souhaitent se lancer dans les études de médecine. C’était la bonne solution ça, selon vous?

"Pour la Fédération des Étudiants Francophones, nous restons persuadés que ce n’est pas la bonne solution, que ce soit un concours de fin de première année ou un examen/concours de début de première année, ce n’est en aucun cas une solution tant que le pouvoir politique ne fait pas le choix d’une vraie politique de soins de santé qui est durable et stable.

Et ça, à l’heure d’aujourd’hui, nous voyons déjà depuis maintenant une vingtaine d’années que ce sont de constants renvois de balles et que ce sont de constantes prises d’otages pour les étudiants en médecine, ce que l’on a appelé les crises de l’Inami au fur et à mesure des chroniques et des sagas tant médiatiques que juridiques doivent cesser. Et pour cela, il n’y a qu’une seule solution, c’est une vraie politique de soins de santé. Tant que l’on pensera que la solution demain pour nos soins de santé et les numéros Inami est de limiter le nombre d’étudiants, je pense que l’on fait fausse route".

Aujourd’hui, on fonctionne très fort selon l’offre médicale. Nous, on demande également que l’on fonctionne selon la demande des patients ici en Belgique

Mais pourquoi? Selon vous, on ne doit pas limiter justement le nombre de médecins qui se trouvent sur le marché du "travail"? Les numéros Inami, ce n’est pas une solution selon vous? C’est une réalité avec laquelle le gouvernement doit composer aujourd’hui.

"Pour la Fédération des Étudiants Francophones, il est clair qu’aujourd’hui nous avons un grand besoin en tout cas à revoir notre cartographie et notre photographie de nos soins de santé. Aujourd’hui, on fonctionne très fort selon l’offre médicale. Nous, on demande également que l’on fonctionne selon la demande des patients ici en Belgique. Donc voilà, ce sont différents débats qui sont assez techniques que l’on a pu mener dans différentes commissions et auprès de la Commission de planification également.

C’est à voir, mais il est certain qu’aujourd’hui les clés de répartition qui sont utilisées pour déterminer le nombre d’étudiants qui peuvent réussir en première année, soit en début, soit en fin, sont purement politiques. Elles n’ont rien de technique pour l’instant et donc l’absurdité est d’autant plus grande à l’heure actuelle et je pense que de nombreux acteurs pourront s’accorder sur ce point".

On l’a dit, vous allez vous plaindre tout à l’heure devant les locaux de la Fédération Wallonie-Bruxelles, est-ce qu’il y a d’autres recours au niveau juridique qui sont prévus ou vous êtes arrivés au bout de ce que vous pouviez faire?

"Pour les organisations étudiantes, nous sommes arrivés au bout de ce que l’on peut faire. Je pense que tant financièrement que logistiquement, nous avons été au bout avec les étudiants. Maintenant, il y a d’autres recours qui sont intentés par des étudiants".

À titre privé alors?

"À titre privé, tout à fait. Cela semble quelque chose de tout à fait normal ici que des particuliers se pourvoient en justice".

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