Matthieu Peltier sur la vasectomie: "Des amis m'ont regardé comme si j'allais tout à coup perdre ma voix d'homme."

Une petite précision à nos internautes masculins, tout va bien se passer à la lecture de cet article...Car oui, le sujet de la vasectomie provoque des réactions pour le moins... vives chez les hommes. Le poil se hérisse, la gorge se noue, un sentiment d’inquiétude s’éveille quant à sa propre virilité... L’humoriste française Constance a d'ailleurs ironisé sur ces réactions dans sa chronique du 12 novembre pour célébrer la journée internationale de la vasectomie.

Pourtant, en Belgique, de plus en plus d’hommes - qui ont pour la plupart la quarantaine et ont déjà eu un ou plusieurs enfants - décident de passer à l’acte. Selon les chiffres de l'INAMI (Institut National d'Assurance Maladie Invalidité), ces hommes étaient plus de 10.000 en 2017, soit 25 % de plus qu'en 2007.

C’est le cas de Matthieu Peltier, professeur de philosophie et chroniqueur pour la RTBF : après avoir eu trois enfants, il a décidé d’avoir recours à une vasectomie. Et ce, sans tabou : il n’hésite ainsi pas aujourd’hui à livrer son expérience - avec l’humour qui le caractérise - comme en mars 2019 dans l’émission de Walid , “C’est presque sérieux.”

Qu’est-ce que la vasectomie ?

Cette opération – très simple – consiste à ligaturer le canal déférent pour empêcher les spermatozoïdes de sortir des testicules et à faire en sorte que l’homme ne puisse plus avoir d’enfants. Une stérilisation au masculin donc.

L’intervention dure une vingtaine de minutes et se pratique généralement sous anesthésie locale. Aucune hospitalisation n’est nécessaire et l’intervention est prise en charge par la mutuelle. En fonction des cas, le patient peut ressentir de petites douleurs pendant 2 ou 3 jours après l’opération. “Mais rien d’insurmontable. Le médecin prescrit surtout du repos.” Quant à la stérilisation complète, plusieurs semaines sont nécessaires avant de pouvoir avoir des rapports sans risque de grossesse.

Comme insiste Matthieu Peltier, cette opération n’a aucune conséquence sur la vie sexuelle, le désir, l’érection ou l’éjaculation : “Après l’opération, on n’est pas du tout impuissant. Au niveau de l’éjaculation, rien ne change…

Vers une contraception plus égalitaire ?

Toucher aux organes génitaux d’un homme, à sa capacité à procréer, c’est toucher – semble-t-il – à sa virilité, d’où les nombreux tabous à l’égard de cette pratique. “Le malaise que cela génère se fonde sur des croyances… Associer la virilité à des canaux déférents, ça ne repose absolument sur rien ! Après mon opération, des amis ont commencé à me regarder bizarrement comme si j’allais tout à coup rater mes créneaux ou perdre ma voix d’homme.”

Si Matthieu Peltier a décidé de passer à l’acte, c’est en réalité pour que la contraception ne repose plus uniquement sur les épaules de sa compagne, d’autant plus que la contraception féminine est hormonale et donc parfois très lourde. “La femme est très fortement sollicitée médicalement par la grossesse, par l’accouchement, par la contraception. Ma compagne supportait mal les effets de la pilule. La vasectomie m’a donc permis de la soulager et de partager les responsabilités entre nous deux.”

Cette hausse des vasectomies est donc le témoignage d’un changement des mentalités et d’une modification des rapports entre les hommes et les femmes au cœur de notre société. “D’autant plus qu’on retrouve de base une disproportion entre l’homme et la femme qui est celle du couple qui porte l’enfant pendant la grossesse.

Une opération réversible ?

En théorie, la vasectomie est réversible : une nouvelle opération peut en effet permettre de relier les canaux sectionnés. Le patient produit alors à nouveau des spermatozoïdes, mais les chances de concevoir un nouveau bébé sont plus faibles : moins de 50 %.

Matthieu Peltier insiste toutefois sur le fait qu’un tel choix est souvent pesé et qu’il ne reviendrait en arrière pour rien au monde. “Personnellement, je n’ai pas été aidé dans ma prise de décision par cette possibilité de la réversibilité. La vie est remplie de choses irréversibles. C’est une illusion de croire qu’on peut laisser tous les possibles ouverts. Car alors on reste au seuil de plein de choses...”.

Vers d’autres formes de contraception masculine ?

Nous vous l’annoncions cette semaine : des chercheurs indiens viennent de mettre au point la première injection masculine contraceptive. Cette injection de gel serait donc un troisième moyen de conception pour les hommes – outre le préservatif et la vasectomie. Quant à la pilule contraceptive masculine ? Eh bien, ça ne sera pas avant… dix ans parait-il. Patience donc !

Une dernière précision : la vasectomie ne protège pas contre les infections sexuellement transmissibles (IST). La pratique est donc a priori conseillée à ceux qui ne changent pas de partenaires sexuels.

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