Masques jetables et gants en plastique : "On est face à une potentielle catastrophe environnementale"

Une économie en berne, une mobilité à l’arrêt, des avions cloués au sol : la crise de la Covid-19 a permis de mieux respirer par endroits, la nature a pris le dessus. Mais la crise a aussi eu des revers, notamment pour les forêts tropicales. Le WWF a analysé des données satellites de 18 pays et les résultats sont là : 645 000 hectares de forêts ont été détruits rien qu’au mois de mars, c’est 40 fois la superficie de Bruxelles. Il y a eu des destructions importantes notamment au Brésil, au Congo et en Indonésie. Interrogée par la RTBF, Jessica Nibelle, porte-parole du WWF, explique qu'un "lien pourrait être fait avec le lockdown, puisque plusieurs pays ont été contraints de réduire la surveillance des forêts et des zones protégées. Il y a donc eu moins de policiers et d’écogardes sur le terrain. Résultat : les criminels ont profité de la situation, le braconnage et l’accaparement des terres et autres ressources naturelles augmentent sensiblement dans certaines régions. Mais la recherche du profit n’explique pas à elle seule l’augmentation de cette destruction de forêt. Sur le terrain, des collègues du WWF en Amérique latine, en Afrique ou encore en Asie du Sud-Est rapportent plusieurs témoignages : il y a également des populations qui souffrent énormément de la Covid-19 et qui se retrouvent dans une situation de précarité extrême. Elles ont été privées des revenus du tourisme ou de la vente d’artisanat et elles retournent dans les villages et vont dès lors récolter du bois ou d’autres produits dans les forêts pour survivre, ce qui accentue encore un peu plus la pression sur les forêts tropicales".


►►► À lire aussi : Toutes les infos sur le coronavirus


Un lien peut être fait entre la destruction des forêts et de la biodiversité en général et l’augmentation des maladies infectieuses, poursuit Jessica Nibelle : "C’est tout à fait clair qu’aujourd’hui 75% des maladies infectieuses sont ce qu’on appelle des zoonoses. Ce sont des maladies transmises de l’animal à l’homme. On joue clairement avec le feu en détruisant les forêts tropicales, qui sont notre rempart contre les maladies. Il est urgent de protéger et de restaurer l’environnement parce que c’est lui qui nous maintient en vie. On l’oublie trop souvent, mais les forêts nous procurent de la nourriture, de l’eau potable, de l’air, des médicaments, mais nous protègent aussi des virus. La Covid-19 est venue nous rappeler que plus nous détruisons l’habitat des espèces, plus on se rapproche de la vie sauvage et plus le risque est grand que les agents pathogènes se propagent des animaux aux humains. Donc, sans action urgente, la Covid-19 pourrait être un mauvais avant-goût d’autres crises sanitaires. Une phrase très simple que je reprends, mais qui prendra tout son sens ici, c’est qu’il n’y a pas d’êtres humains en bonne santé sur une planète malade".

Masques jetables et aux gants en plastique

Ces derniers temps, "on observe une nouvelle forme de pollution, cette pollution due aux masques jetables et aux gants en plastique. Les masques font désormais partie de notre quotidien et c’est vrai que leur usage est essentiel pour protéger notre santé, mais on est face à un problème environnemental avec ces masques et gants à usage unique abandonnés dans la nature. On en retrouve déjà dans les océans. Des équipes en Méditerranée du WWF ont pu filmer des poissons qui ingèrent des gants en plastique parce qu’ils les prennent pour des méduses. Donc, on est là face à une potentielle catastrophe environnementale. Pour éviter qu’elle ne vienne s’ajouter encore à la pollution plastique, on doit absolument réduire les gants en plastique à usage unique et nous laver plus régulièrement les mains, et aussi préférer l’usage des masques réutilisables aux masques chirurgicaux, qui mettent plusieurs centaines d’années à disparaître dans la nature et qui sont difficilement recyclables. Donc, l’usage des masques, oui, parce qu’il faut évidemment protéger notre santé, mais préférer ceux qu’on peut réutiliser et laver" conclut-elle.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK