Maroc, Iran, Mexique et Belgique: le droit des femmes sur tous les fronts

Faisons le tour ce matin des pays où ont lieu en ce moment même de fortes mobilisations pour le droit des femmes. Cette liste est non exhaustive et ne représente pas la totalité des luttes en cours, mais il fallait faire des choix.

Hajar Raissouni, symbole marocain

Hajar Raissouni a été arrêtée le 31 août dernier pour avortement et relations sexuelles hors mariage, deux actes considérés comme des crimes au Maroc.

Hajar risque aujourd’hui deux ans de prison.

Depuis l’annonce de son arrestation elle est devenue le symbole de la liberté individuelle au Maroc mais aussi de la liberté d’expression. Puisque Hajar Raissouni a 28 ans elle est journaliste, spécialisée dans les droits de l’homme et considérée comme une plume plutôt critique à propos du régime marocain. Elle a donc été arrêtée à la sortie du cabinet de gynécologie ou elle avait été se faire avorter. Son histoire a suscité une vague d’indignation au Maroc. Cette semaine avait lieu une audience devant le tribunal de Rabat et la salle était comble. Des manifestations de soutien et des demandes de libération se multiplient ces derniers jours. La médiatisation d’Hajar par ses collègues du Maroc et d’ailleurs fait, encore un peu plus, monter la pression sur les juges marocains.

►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe.

 

Sahar Khodayari : la #BlueGirl d’Iran

Cette jeune femme n’est plus là mais elle devient un symbole après s’être immolée par le feu devant le tribunal de Téhéran, où elle devait être jugée. Son crime ? Avoir assisté à un match de foot déguisée en homme.

Et oui, en 2019 les femmes sont toujours interdites de stade en Iran. Son histoire a touché le pays en entier mais pas seulement, plusieurs équipes de foot lui ont rendu hommage cette semaine et des hashtags ont fleuri sur les réseaux sociaux pour demander à l’Iran de revoir sa politique en la matière.

Mexico : "Ils ne nous protègent pas, ils nous violent !"

Cet été, des milliers de femmes ont manifesté à Mexico suite aux viols de jeunes filles par des policiers. Des manifestations qui ont mené les autorités mexicaines à une réflexion globale sur les violences faites aux femmes. Un juge vient de lancer "Alerte violence sexiste" : un programme d’urgence contre les féminicides et les violences à caractère sexuel. La justice mexicaine a estimé que les politiques mises en place dans ce domaine par le pouvoir n’étaient pas suffisantes. Elle a donc donné raison aux ONG qui militaient depuis plusieurs semaines.

Belgique : des nouvelles ministres et députées, des nouvelles lignes

Je termine ce tour du monde par un retour chez nous. Vous le savez, plusieurs gouvernements ont été formés, et dans ces gouvernements, des femmes. Et ces femmes ont l’intention de faire bouger les lignes.

A Bruxelles on s’intéresse à la place de la femme dans l’espace public, en fédération Wallonie Bruxelles on veut enseigner l’histoire coloniale dans les classes. Et puis enfin au gouvernement fédéral, en affaire courante mais qui travaille tout de même, plusieurs députées ont demandé au parlement cette semaine l’inscription du féminicide dans le Code pénal ainsi qu’un réel engagement de la Belgique dans la lutte contre les violences faites aux femmes…

Alors ? Peut-être ?

Tous ces combats, ces luttes (et il y en a tellement partout, dans plein d’endroits du monde) montrent au moins une chose : la force de la pression populaire, la force de la rue, de celles et ceux qui alpaguent le pouvoir, les décideurs les autorités.

Mais derrière, est-ce que les gouvernements vont bouger ?

Peut-être… Difficile de dire aujourd’hui si le régime marocain va faire marche arrière. "C’est compliqué", "une loi est une loi" pourraient dire les officiels. Hajar serait alors non plus un symbole, mais une martyre. Elle purgera peut-être sa peine, parce que le pouvoir ne veut pas paraître faible, et ils annonceront peut-être dans la foulée un changement dans les lois, les rendant moins obsolètes, plus en adéquation avec les espoirs et les rêves de la jeunesse marocaine qui aspire à plus de libertés individuelles.

Peut-être aussi que l’Iran ouvrira ses stades aux femmes… Ca serait un pas, un premier pas, un petit pas dans le droit des femmes dans ce pays. Mais ca ne fera pas revenir Sahar. Ca ne sortira pas non plus de prison l’avocate Nasrin Sotoudeh, détenue à Téhéran. Cette militante pour le droit des femmes à ne pas porter le voile a été condamnée en mars dernier à 33 ans de prison.

Peut-être que demain l’état d’urgence décrété par ce juge à Mexico portera ses fruits et que les Mexicaines oseront aller trouver des policiers pour être protégées, sans plus aucune crainte…

Et peut-être que demain en Belgique les femmes se sentiront à l’aise dans l’espace public, que le mot féminicide entrera dans le Code pénal et peut-être que nos enfants apprendront pourquoi il n’est pas correct de se grimer de noir et de chanter des chants appelant à "couper des mains".

Et peut-être que demain, cette phrase de Christiane Taubira ne sera plus un peut-être mais une réalité : "Nous, les femmes, nous sommes la moitié du ciel et même un peu plus. Nous entendons être la moitié de tout, pas vos moitiés. La moitié de tout. Et surtout, surtout, être au moins la moitié partout où se prennent les décisions. Le monde qui vient devra s’habituer partout à la présence partout, la présence forte de nos filles, de vos filles."

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK