Marius Gilbert: "On n'avait visiblement pas de plan pandémie en Belgique"

Toute cette semaine encore, l'émission CQFD en mode grand entretien, vous propose chaque soir 25 minutes avec un spécialiste pour faire le point sur l'épidémie de coronavirus, mais aussi pour vous permettre de poser vos questions (via l'adresse mail cqfdrtbf@rtbf.be). Notre invité, ce lundi: Marius Gilbert, responsable du Laboratoire d’épidémiologie spatiale de l'ULB. 

L'épidémie est-elle en train de freiner en Belgique? 

Ces dernières 24 heures, 342 nouveaux cas de coronavirus ont été recensés en Belgique, et 290 patients ont été hospitalisés. C'est à la fois une baisse du nombre de contaminations et d'hospitalisations, "une évolution dans le bon sens", observe le SPF Santé Publique, qui indique que les prochains jours seront cruciaux. Alors l'épidémie est-elle en train de freiner en Belgique? "On ne peut pas tirer de conclusions sur la tendance sur base d'observations d'un ou deux jours, il en faut au moins trois ou quatre", répond Marius Gilbert, "néanmoins, ce sont des nouvelles encourageantes, dans le contexte de croissance exponentielle de cas que nous connaissons".

Pour enrayer l'épidémie, les appels au dépistage systématique se font de plus en plus nombreux. Deux chirurgiens de l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles ont écrit hier à la Première ministre, Sophie Wilmès pour le réclamer. Ils exigent une meilleure protection du personnel soignant et des patients, dans cette lettre intitulée "la double peine du personnel hospitalier". 

Vers un dépistage systématique?

L'un d'eux cite l'exemple de la Corée du Sud, qui est parvenue à contenir la pandémie sur son territoire en recourant au dépistage massif, sans confinement de la population. En Allemagne aussi, les chiffres interpellent: avec environ 25 000 cas répertoriés et une centaine de décès "seulement", pour ce 5è pays le plus touché après la Chine, l’Italie, les Etats-Unis et l’Espagne. On l'explique par le grand nombre de tests réalisés sur la population, alors que l'épidémie n'y était pas encore fort avancée.

Chez nous, 30 000 tests ont été réalisés depuis le début de la crise. Ils concernent principalement les personnes hospitalisées. Mais la ministre de la santé, Maggie De Block a annoncé hier une taskforce pour augmenter la capacité de la Belgique à effectuer ces tests. "Clairement, on n'a pas les moyens diagnostiques et logistiques aujourd'hui en Belgique pour mettre en place une stratégie à la coréenne, c'est-à-dire basée sur le dépistage systématique des cas, l'isolement des personnes positives et la mise en quarantaine de leurs proches ou ceux avec qui ils ont été en contact", observe Marius Gilbert.

"On n'avait pas anticipé des tests massifs au moment où la maladie a été introduite sur notre territoire. C'est ce qui explique qu'on est contraint de devoir donner la priorité aux patients dans des situations sévères", poursuit l'épidémiologiste. "C'est problématique en milieu hospitalier, car dès le moment où on ne teste pas des personnes faiblement atteintes, elles sont susceptibles d'en contaminer d'autres et le personnel hospitalier est en première ligne", explique-t-il.

Les masques manquants, c'est l'arbre qui cache la forêt

L'immunité collective, une stratégie risquée

Beaucoup de personnes s'interrogent sur l'effectivité des mesures de confinement prises chez nous, alors qu'un de nos voisins directs, les Pays-Bas, a opté pour le stratégie dite de l'immunité collective, ou immunité de groupe, dans l'attente d'un vaccin. 

Concrètement, il s'agit de laisser les personnes les moins vulnérables attraper le virus, tout en protégeant les personnes âgées et les malades. On parie sur l'immunisation d'une grande partie de la population, qui "auto-vaccinée", ne contractera ni ne propagera plus la maladie. Le risque de cette stratégie controversée, c'est de faire face à un très grand nombre de décès. Elle suppose aussi qu'une fois le virus contracté, on ne retombe pas malade. Ce qui a été infirmé avec le Covid 19. L'Organisation Mondiale de la Santé d'ailleurs, qualifie cette pratique d'"expérimentale" et "dangereuse".

Marius Gilbert ajoute que cette stratégie repose sur l'idée qu'on peut protéger les populations à risques: "Or, c'est très compliqué avec une maladie asymptomatique chez certaines personnes!". "La prise de risque du gouvernement néerlandais est énorme", détaille le responsable du Laboratoire d’épidémiologie spatiale de l'ULB, "ils s'exposent à un taux de mortalité plus important, au dépassement de leurs capacités hospitalières, et ils exposent en plus les pays voisins avec lesquels il y a des échanges, à une circulation virale plus importante".

 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat à revoir ci-dessous.

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