Marius Gilbert: "Il vaut mieux des règles souples suivies par 80 % de la population que des règles strictes suivies par 30 %"

Plus de contacts, fini l'obligation de porter le masque partout, la quarantaine qui passe de 14 jours à 7 jours: pour certains experts, ce n'était "pas le moment" pour le CNS d'infléchir les règles alors que les chiffres de contaminations et d'hospitalisations connaissent une forte hausse.

Interrogé dans Matin première, l’épidémiologiste Marius Gilbert (qui a pris la décision de quitter la Cellule d’évaluation fédérale (Celeval)) refuse pourtant de parler d'un "assouplissement" des règles: "Ce qu'il faut retenir, c'est qu'on a cherché à rendre plus de cohérence et à harmoniser un petit peu les choses".


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Et pour que les Belges adhèrent à nouveau aux règles, il fallait sacrifier celles qui étaient le plus difficiles à faire passer, comme le port du masque partout même en extérieur: pour Marius Gilbert, dans ce domaine, "l'inconvénient en termes de perte de l'adhésion" devenait "supérieur au bénéfice". "Le sens commun vous montre que porter un masque quand vous êtes tout seul à l'extérieur est quelque chose qui n'a pas beaucoup de sens du point de vue épidémiologique. Peut-être que ça a été mal communiqué parce qu'en fait, la règle visait à rendre ça facile pour tout le monde", afin qu'on ne doive pas constamment se poser la question: "Ici, est-ce que je dois porter mon masque ou pas?"

Un sentiment d'incompréhension contre-productif

Mais voilà, cette facilité à assimiler la règle et a contrôler si elle est respecté avait un revers: "ça alimente un sentiment d'incompréhension", ce qui avait un impact sur le respect de l'ensemble des mesures.  Et donc, pour retrouver cette adhésion, "ça passait par diminuer un peu la pression au niveau des contacts parce qu'en fait la mesure était peut-être trop forte par rapport à ce que les gens étaient prêts à faire à ce niveau-là de l'épidémie".

Le risque était donc qu'en maintenant des règles que les gens trouvent absurdes, "ils ne vont peut-être plus suivre d'autres recommandations qui sont importantes et qui sont à ce moment-là très utiles et importantes de maintenir".


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Alors que l'on durcit les mesures en France et en Espagne, les politiques belges ne prennent-ils dès lors pas un risque? "Je pense vraiment qu'il vaut mieux des règles plus souples et suivies par 80 % de la population qui y croit que des règles trop strictes qui ne sont suivies que par 30 % de la population qui n'y croit plus. Et je pense que c'est vraiment ça le pari des autorités belges maintenant". Mais attention, assouplir ne veut pas dire supprimer: selon une enquête de l'université de Gand, une grosse partie de la population "est plutôt demandeuse de règles parce que ça les aide à se positionner sur des points de repère mentaux dont ils peuvent se servir pour organiser leur vie quotidienne et il faut parfois être attentif de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain quand on cherche à relâcher un certain nombre de choses".

Il faut "qu'il y ait de nouveau des personnes dans les hôpitaux" pour "qu'on reprenne conscience que l'épidémie est toujours là"

Mais l'épidémiologiste le constate ces dernières semaines et les derniers mois: il y a "une opinion qui oublie qu'en fait les bons résultats de l'épidémie, le fait qu'on soit à un niveau bas, sont dus à un ensemble de mesures qui sont encore en place. D'un coup, on a l'impression qu'il y a plus de problèmes parce qu'il y a moins de gens dans les hôpitaux, mais on oublie de voir que la société ne fonctionne pas du tout comme avant et que si on relâche tout, l'épidémie va repartir".

Et corollaire à cela, "on a l'impression que toutes ces mesures sont devenues inutiles parce qu'en fait justement l'épidémie est à un niveau très très bas."

D'où ce constat cynique: il faudrait "qu'il y ait de nouveau des personnes dans les hôpitaux", pour "qu'on reprenne conscience que l'épidémie est toujours là et qu'elle affecte aussi des gens...": "Si vous avez une personne ou deux dans vos connaissances proches ou lointaines qui sont hospitalisées, tout d'un coup vous avez la sensation "OK maintenant c'est sérieux. Le virus se rapproche". S'il n'y a personne dans cette situation-là, vous avez l'impression que le problème a disparu..."

 

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