Marie Cau, première maire transgenre élue de France : "La transidentité n'est pas un choix, on choisit de vivre ou de se cacher"

C’est un fait, la mairie de Tilloy-Lez-Marchienne n’a jamais autant été sollicitée. Depuis plusieurs semaines, les mails, les appels, les cartes de félicitations ou encore les visites de journalistes font partie du quotidien de ce village de 530 habitants. Celle qui fait l’objet de toutes les attentions c’est Marie Cau, 55 ans, élue nouvelle maire du village le 23 mai 2020.

Je m’attendais à un petit buzz local ou régional, mais pas international

"J’ai été très surprise. Nous sommes un petit village et c’est une petite élection, mais au final on intéresse tous les médias du monde entier. On parle de Tilloy-Lez-Marchienne sur toute la planète, c’est incroyable. Je m’attendais à un petit buzz local ou régional, mais pas international. C’est plaisant, car c’est toujours bienveillant, il y a une forme de curiosité et c’est perçu pour beaucoup de personne comme une lueur d’espoir. On peut être maire et LGBT", explique-t-elle assise à son nouveau bureau.

De Nicolas à Marie

Si les médias du monde entier s’intéressent à son histoire, c’est que Marie s’appelait Nicolas auparavant. Née en 1965 à Roubaix, Marie Cau s’habille en fille dès l’âge de 2 ans, mais c’est seulement vers l’âge de 40 ans qu’elle a décidé de franchir le pas et de s’assumer totalement. "La transidentité ce n’est pas un choix. Je n’ai pas choisi un jour d’être comme ça. On l’est depuis sa naissance et après on assume ou on n’assume pas. On se protège, on fait attention, on a une vie discrète, mais en aucun cas c’est un choix. On choisit de vivre ou de se cacher c’est tout. Le choix est là".

Avec cette élection, Marie Cau a fait le choix de ne pas se cacher. Cette mère de trois enfants combine son poste de maire avec une fonction de consultante en organisation et management informatique qu’elle exerce en Belgique. Elle souhaiterait que son cas aide à banaliser la transidentité dans la fonction publique. Et Même si elle n’a pas encore changé d’état civil, elle entend le faire prochainement pour éviter les ennuis administratifs.

Cela devrait être normal

"En regardant les forums et la presse internationale, j’ai remarqué deux analyses. La première, c’est un non-événement. Les gens se demandent pourquoi on s’intéresse à cela, ça devrait être normal. La deuxième analyse met en avant le caractère exceptionnel de mon élection. Le fait d’être LGBT, d’avoir une vie normale et être élue sur un programme et pas sur la personne. Les deux interprétations se valent, mais de notre point de vue de tillotins, cela aurait dû être un non-événement".

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Portrait : Marie Cau, première maire transgenre élue de France "La transidentité ce n'est pas un choix. On choisit de vivre ou de se cacher, le choix est là". © Tous droits réservés
Portrait : Marie Cau, première maire transgenre élue de France "La transidentité ce n'est pas un choix. On choisit de vivre ou de se cacher, le choix est là". © Tous droits réservés
Portrait : Marie Cau, première maire transgenre élue de France "La transidentité ce n'est pas un choix. On choisit de vivre ou de se cacher, le choix est là". © Tous droits réservés

70% des suffrages

À côté de la mairie se trouve l’école primaire "Bernard Hinault" (du nom du célèbre cycliste français, ndlr) de Tilloy. Son directeur, Jacques Coget, n’est pas surpris du résultat des urnes. "Elle est très courageuse de s’affirmer comme elle est. Cela fait 20 ans que je suis directeur ici et j’inculque à mes élèves des valeurs morales et humaines qui vont dans le sens de la tolérance, de l’acceptation des autres et de la différence. Je pense qu’on a eu le résultat dans les urnes, car pas mal de mes élèves ont l’âge de voter aujourd’hui !", s’exclame-t-il.

"Pendant longtemps, on a eu un maire très conservateur. Pour nous, c’est surtout un changement d’avoir quelqu’un de nouveau à la tête du village. On s’intéresse plus à cet aspect-là, que sur l’image. C’est très superficiel pour nous", Clémentine, la vingtaine, ne s’attendait pas à un tel buzz pour son village. "C’est un peu dans l’air du temps. Les gens veulent qu’on parle d’environnement, d’économie du partage et de solidarité. Il faut concilier cela avec un environnement rural et agricole auquel les gens sont attachés", détaille Marie Cau.

Parfois, j’ai passé deux heures à parler avec des habitants

Lors des élections municipales du 15 mai 2020, la liste "Décider ensemble" de Marie Cau a obtenu plus de 63,5% des votes lors du premier tour. Ensuite, le conseil municipal du 23 mai à élu la nouvelle maire à l’unanimité moins une (14 votes en faveur et 1 nul). Son élection a mis fin au règne de Jean-Luc Bot, maire pendant vingt ans avec un programme moderne et écologique. "Notre discours est de préserver notre spécificité rurale avec plus de respect pour l’environnement. Au niveau économique, on veut aussi développer les circuits courts et faire de l’économie mitoyenne. Ce programme a rassemblé les Tillotins autour d’un projet".

Première personne transgenre élue à ce poste en France, Marie Cau n’avait pas de doutes concernant les chances de son équipe de l’emporter. "Je n’ai pas été étonnée, car on fait un travail de porte-à-porte avec mon équipe. Parfois, j’ai passé deux heures à parler avec des habitants. J’avais de bonnes certitudes, de bons retours. J’avais surtout une petite inquiétude vis-à-vis de ma personne, car la spécificité des petits villages, c’est qu’on peut barrer les noms. Finalement, je n’ai pas été barré plus que les autres", dit-elle en rigolant.

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Deux exemples en Belgique. © Tous droits réservés
Portrait : Marie Cau, première maire transgenre élue de France "La transidentité ce n'est pas un choix. On choisit de vivre ou de se cacher, le choix est là". © Tous droits réservés

Deux exemples belges

En Belgique, cette élection n’est pas passée inaperçue non plus. Au niveau politique, côté nord, notre pays compte déjà l’eurodéputée Petra De Sutter (Groen) comme représentante transgenre. Côté sud, Philippine Dhanis avait tenté, sans succès, de devenir la première la première députée transgenre de la Belgique francophone sous la bannière du MR.

"En tant que personne trans, son élection est très positive. C’est un exemple de par son parcours, mais aussi parce qu’elle a été élue. Cela m’étonnerait qu’on ait voté pour elle parce qu’elle est trans, mais plutôt pour ses compétences. Plus on sera accepté et considéré comme des personnes normales et moins comme des curiosités, je crois qu’on aura fait un grand pas. Son élection est vraiment un signal très positif".

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