Mariage: "Ils demandent à quel montant ils auraient droit en cas de séparation"

L’amour n’est pas toujours le seul critère pour rester en couple
L’amour n’est pas toujours le seul critère pour rester en couple - © Archive KENZO TRIBOUILLARD - AFP

L’amour n’est pas toujours le seul critère pour rester en couple, c’est ce que démontrent les données d’une enquête internationale de l’entreprise de gestion de créances et recouvrement Intrum Justicia. 1036 Belges ont été interrogés sur leurs habitudes financières. Selon l’étude, 21% des couples belges affirment rester ensemble en raison des difficultés financières qu’occasionnerait leur séparation.

Laura Merla, professeur de sociologie à l’UCL, dirige un centre de recherche sur les familles et la sexualité. Elle n’a pas été surprise par ces résultats : "La peur de se retrouver dans une situation matérielle et financière précaire après le divorce est un motif qui se retrouve dans le chef des familles qui connaissent des difficultés". Et de souligner le contexte de crise économique et de précarisation de l’emploi. "On est dans une conjoncture où l’avenir professionnel est incertain. Au moment où on sait que le divorce est un facteur important d’appauvrissement des ménages, il n’est pas étonnant que, dans le contexte actuel, on hésite à se séparer par peur de ne plus pouvoir bénéficier du même confort matériel et financier".

Avocat et médiateur, Bruno Gysels est spécialiste en droit familial depuis 20 ans. Il a constaté un changement net depuis la réforme du divorce, en 2007. Celle-ci a effacé la notion de "faute" dans les divorces, il est donc plus difficile aujourd’hui d’obtenir une pension alimentaire. Un argument financier qui peut faire hésiter. Beaucoup de gens viennent ainsi voir Bruno Gysels, en tant que médiateur, afin de connaitre les enjeux financiers d’un divorce. "Il y a beaucoup de gens qui viennent nous demander le coût d’une procédure, si c’est à eux de la payer ou si c’est éventuellement à l’époux. Mais aussi, si les frais peuvent être partagés. Ils se demandent surtout à quel montant ils auraient droit en cas de séparation, que ce soit pour eux-mêmes ou pour les enfants".

D’un mariage de raison à un mariage d’amour

"Avant on se mariait par raison (NRDL : préservation du patrimoine, de la terre…), aujourd’hui on se marie par amour. Qui dit mariage par amour, dit mariage inintéressé, explique Laura Merla. Il y a un conflit entre cet idéal de relation pure et amoureuse, où on aime l’autre pour qui il est et non pas pour l’argent qu’il a sur son compte en banque. Les deux choses sont assez contradictoires".

A l’heure où l’argent peut toujours être un tabou, d’autant plus dans les relations familiales ou amoureuses, l’enquête en question doit, tout de même, être étudiée avec prudence. Elle repose, en effet, sur les habitudes financières de la population et non pas sur le divorce. L’argent y est donc simplement mentionné comme une des raisons pour lesquelles on reste en couple. D’autres motifs, comme les enfants, sont d’autant plus importants, précise la sociologue: "La peur de nuire aux enfants peut être un des motifs principaux de divorce. Il est logique que tout parent s’inquiète pour le bien-être de son enfant".

Mais derrière ce bien-être se cachent également des motifs d’ordre matériel et financier, soutient Laura Merla: "On sait aussi que le divorce conduit aussi à un appauvrissement des personnes qui se séparent. Chez les familles monoparentales le risque d’appauvrissement est très présent. Il est de 46% en Belgique. Donc les personnes ont toutes les raisons de s’inquiéter de ce qu’il va leur advenir en cas de divorce".

Réalisée auprès de 22 400 personnes en Europe, l’étude place la Belgique à la quatrième place de ce classement, derrière la France (37%), la Suisse (30%) et le Portugal (24%). La moyenne européenne est de 15%. Des données qui laissent à penser que si l’amour a pris le pas sur la raison quand il est question de mariage, la raison commence quant à elle tout doucement à reprendre ses droits à l’heure d’un probable divorce.

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