Margaret Thatcher: une antiféministe au service du féminisme

Margaret Thatcher a-t-elle servi la cause des femmes? Dans les discussions passionnées sur l'héritage du Thatchérisme consécutives à la mort lundi de la Dame de Fer, celle sur le féminisme n'est pas la moins controversée.

Barack Obama voit en elle "une preuve pour nos filles qu'il n'y a aucun plafond de verre qui ne puisse être brisé" pour accéder aux mêmes fonctions que les hommes. Mais elle-même ne s'est entourée pendant son mandat que d'hommes, à l'exception de Janet Young, présidente de la Chambre des Lords.

"Vous pouvez lui reprocher de ne pas avoir fait venir de femmes avec elle" au pouvoir, déplore la députée travailliste Gisela Stuart. Mais "elle a fait tomber les barrières, c'est à la génération suivante de femmes qu'il est revenu de les franchir".

Elle ne leur "a pas tendu la main pour les aider" à le faire mais elle "a montré qu'il n'y avait aucun domaine dans lequel une femme ne pouvait pas réussir".

La Chambre des Communes ne comptait qu'une quarantaine de femmes en 1990 quand Margaret Thatcher a quitté le pouvoir, contre 143 actuellement.

"Elle a aussi attaqué le bastion masculin des syndicats. La gauche oublie souvent qu'il est difficile de trouver plus machiste que les confréries des syndicats", rappelle la députée.

Mais pour l'écrivain féministe Beatrix Campbell, Margaret Thatcher n'a pas encouragé les femmes à la suivre: "Elle a exercé le pouvoir non pas en disant aux femmes vous pouvez être comme moi, mais en disant 'je suis l'exception'", a jugé l'auteur lors d'un débat sur la BBC.

"Elle n'a jamais été égalitaire, c'était une élitiste"

"Thatcher détestait le féminisme. Elle était élitiste, elle n'a jamais été égalitaire", souligne encore Beatrix Campbell, estimant que la Dame de Fer a "donné un visage féminin à un projet politique profondément patriarcal".

Margaret Thatcher n'a effectivement jamais caché son mépris pour les militantes féministes: "La bataille pour les droits des femmes a largement été gagnée. J'ai horreur des sons stridents qu'émettent certaines féministes", disait-elle ainsi en 1982.

"Je déteste le féminisme. C'est un poison", confiait-elle encore à son ancien conseiller, l'historien Paul Johnson.

Mais cette femme mariée et mère de deux enfants était aussi capable de se faire le chantre de vertus féminines supposées: "En politique, si vous voulez que quelque chose soit dit, demandez à un homme. Si vous voulez que quelque chose soit fait, demandez à une femme", affirmait-elle ainsi.

La députée conservatrice Margot James, qui avait une vingtaine d'années au moment de l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979, juge sur la BBC qu'elle "a été le meilleur des modèles".

Si son entourage était quasi exclusivement masculin, c'est qu'"il n'y avait que peu de femmes engagées en politique, elle avait peu de marge de manoeuvre à cet égard", estime cette parlementaire. "Elle a démocratisé la Grande-Bretagne à énormément d'égards, elle a débloqué l'économie et donné sa chance à chacun, quelque soit son sexe".

"Il est bien connu que la Dame de Fer ne se considérait pas comme une féministe mais cela ne veut pas dire qu'elle ne peut pas être une icône pour toutes les femmes qui se considèrent comme telles", estime ainsi Emma Barnett dans le Daily Telegraph.

"Son féminisme était basé sur: 'Je l'ai fait, vous le pouvez aussi' (...) Après tout, c'est peut-être le meilleur héritage qu'elle ait pu nous laisser", estime quant à elle Alison Phillips dans le Daily Mirror.

Belga

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