Marc et Patricia : quand tout est payé, il reste 223 euros par mois pour vivre

A 53 ans, son visage est marqué par les années. C’est que la vie ne lui a pas fait de cadeaux. Enfant placé, il a connu la rue, l’alcool et tout le reste. Mais il n’est pas là pour nous parler de son passé. C’est sa vie actuelle qu’il veut nous expliquer.

Marc nous attend dans son village, à deux pas de la frontière française. La limite entre la Belgique et la France, il la voit de sa fenêtre, au fond du terrain de jeux. Avec Patricia, sa femme, il vit dans un appartement social, tout neuf. Ils ont eu de la chance de pouvoir le louer. Au moins, ils ont un logement tout confort. Il y a même un lave-vaisselle dans la cuisine.

C’est leur seul luxe, tout relatif. Ce matin-là, Patricia est à l’école. Elle s’est levée à 6 heures pour assurer la garderie des enfants puis la surveillance de la cantine. Entre les deux, elle a fait du ménage. Cet après-midi, elle ira nettoyer l’église du village voisin. Elle travaille pour une Agence locale pour l’emploi (ALE). C’est un petit complément à son chômage, bienvenu. Comme Marc est à sa charge, elle touche 1342 euros du Forem.

L’aide alimentaire pour survivre

Une fois par mois, Marc va chez Solidarités plurielles, à Mariembourg. Ils ont droit à un colis alimentaire. Du lait, des conserves, de l’huile, de la confiture, du pain surgelé, des pâtes. De quoi soulager leur budget.

"Heureusement qu’on a ça, nous dit Marc, sans ça, je ne sais pas comment on ferait".

Il en profite pour demander si l’association n’a besoin de personne. Il est à la recherche d’un emploi. "Nous aurons peut-être besoin de bénévoles, lui répond l’homme qui distribue les colis, mais rien n’est encore décidé. Il faudra regarder aux valves, ce qui est affiché ".

A l’heure du déjeuner, Patricia le rejoint à l’appartement. Du pain et du salami avec un petit café. Jamais d’extras, parce qu’ils sont toujours sur le fil. " Je n’aime pas le mot précarité, explique Marc, ce n’est pas qu’on est pauvres, c’est qu’on essaye de vivre avec les moyens qu’on a, c’est-à-dire, le chômage de 1300 euros ".

223 euros par mois pour manger

Marc et Patricia nous montrent leur budget mensuel : loyer : 350 euros, gaz : 50 euros, internet et téléphone : 100 euros… Ils égrainent leurs dépenses. Il y a la voiture, dont ils ne peuvent pas se passer à la campagne, et les dettes, des factures impayées qu’il faut rembourser selon le plan de recouvrement. " En tout, les frais fixes s’élèvent à 1069 euros. Restent 273 euros pour vivre, moins l’essence, 50 euros. Cela fait 223 euros par mois, pour manger ".

Le médecin ? " Heureusement on n’est jamais malades ", nous dit Marc. Les loisirs ? On n’en a pas. Ni cinéma, ni restaurant, ni vacances. Enfin, si deux jours de camping. On a acheté une tente d’occasion et pour ça on a dû faire un trou. Ce n’étaient que deux jours, mais ça nous a fait du bien ".

Réparer la voiture ou payer le loyer

La voiture doit passer au contrôle technique, il a fallu faire des frais. " On n’a pas payé notre loyer ce mois-ci pour payer le garage. Si on n’a pas de voiture, Patricia ne peut pas aller travailler et si elle ne travaille pas, elle n’a pas de salaire ".

Son salaire des ALE ? Quatre euros 10 bruts de l’heure. " Quand j’ai 70 heures par mois, je touche 280 euros, ça fait un petit plus ".

Patricia doit prouver qu’elle cherche un emploi, sinon, elle risque une sanction et verra son chômage diminué. Elle essaye de le faire, en plus de ses journées bien chargées. Elle n’a jamais de réponse positive de la part des employeurs. Jamais un entretien. Elle cherche depuis sept ans.

La honte d’être dans le besoin

Tous les deux – ils sont mariés – ont hésité à témoigner pour la RTBF : " On a honte, dit Patricia, on ne raconte pas ça à tout le monde. On essaye d’être des gens normaux. On ne dit rien. A l’école, les collègues ne savent rien. On se débrouille tous seuls… On essaye d’être bien habillés, coiffés pour qu’on n’ait pas de remarque, on est propres… ".

Des rêves ? Ils n’en ont plus. Enfin si nous dit Patricia : " J’aimerais pouvoir payer mes factures ".Moi, j’aimerais pouvoir donner plus aux petits-enfants, ajoute Marc. Chaque année, dès le mois de juillet, on part à la recherche des cadeaux de Saint-Nicolas. On va dans les magasins de seconde main, dans les brocantes. On essaye de trouver des objets bien propres, comme cette voiture pour notre petit-fils, qui a quatre ans ".

Marc et Patricia sont loin d’être des cas uniques. En Belgique, avant le Covid, 1,8 million de personnes, soit 16,4% de la population, vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire, soit avec moins de 1200 euros par mois. Un quart de la population ne peut pas absorber une dépense imprévue. Ce n’est pas prévu dans leur budget.

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