Marc De Koker, directeur d'AMO : "L'école est structurée pour renforcer le déterminisme social"

Alors les mesures liées à la crise sanitaire qui traverse notre pays pèsent de plus en plus sur le quotidien de beaucoup, imaginez simplement vivre la pandémie avec très peu de moyens alors que vous avez une vie entière à construire. "Le rôle fondamental d’une société c’est de fournir des opportunités à sa jeunesse", plaide Marc De Koker, directeur du service d’Action aux jeunes en Milieu Ouvert (AMO) de Cureghem, à Bruxelles. "Or, force est de constater que ces opportunités elles sont très rares pour ne pas dire inexistantes pour les jeunes qui sont issus des familles et des quartiers les plus défavorisés."

Dans beaucoup de quartiers populaires, le climat est tendu. Avec son arrivée fracassante en mars dernier, la pandémie a, depuis un an, apporté son lot d’aggravation à la fracture sociale et culturelle. Difficile donc pour la jeunesse issue des milieux les plus défavorisés de trouver un sens.


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Une situation favorable au travail au noir le plus néfaste

"Ces jeunes vivent dans un déficit culturel et un déficit d’apprentissage qui est abyssal, ils vont fatalement choisir les choses les plus faciles d’accès, les plus simples et qui vont leur procurer la satisfaction la plus immédiate possible. Et qu’attendent ces jeunes, ce qu’on leur a appris à attendre, obtenir de l’agent." Marc De Koker estime qu’aujourd’hui et en raison de la société consumériste qui a été bâtie en Belgique, le besoin de revenus est grandissant pour les plus jeunes citoyens belges sur le marché du travail. Par l’acquisition d’un nouveau smartphone, de nouveaux vêtements, beaucoup pensent réussir leur vie.

Avec si peu d’opportunités, un accès restreint à la formation et un besoin de toujours plus d’argent, difficile pour cette jeunesse de ne pas plonger dans le travail au noir. "Depuis le début de la pandémie, le travail au noir, qui était tout à fait toléré parce qu’il fait tourner l’économie réelle, n’existe plus. Sauf un travail au noir extrêmement illégal, c’est-à-dire le deal ou la prostitution, etc. Cela, ça se développe très bien et c’est compréhensible. Ces jeunes et ces familles qui se retrouvent sans revenus n’ont pas d’autre choix et c’est le choix de la facilité", déplore celui qui travaille chaque jour au plus près de ces populations.


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D’autant que voir une éclaircie à l’horizon semble mission impossible selon Marc De Koker qui ne peut rester de marbre en voyant que dans les quartiers les plus défavorisés, seules des écoles d’enseignement professionnel sont à la disposition des jeunes. "L’école est organisée pour renforcer le déterminisme social. Comment voulez-vous que ces jeunes aient accès aux études supérieures ?", se désespère-t-il. En 2018 déjà, Unia dressait un bilan bien terne de l’école en Belgique, jugée "trop reproductrice d’inégalités sociales".

Accepter la situation et aller au fond du problème

Mais alors face à un problème qui va jusqu’aux implantations scolaires disponibles en fonction des secteurs quelles solutions adopter ? "Il faut commencer par faire quelque chose et pas nier la situation, faire comme si ces familles n’existaient pas. Cela représente 40% de la jeunesse bruxelloise qui vit sous le seuil de pauvreté", précise le directeur du service de l’AMO de Cureghem.

Selon lui, cela passe d’abord par la reconnaissance d’une légitimité à tous ces jeunes Belges et à leurs familles. Il évoque aussi un "problème structurel". "Il n’y a que les réponses à long terme qui sont de bonnes réponses", insiste-t-il. "Si on ne le prend pas à bras-le-corps, si on se contente de saupoudrer de mesures ponctuelles, ça ne servira à rien." Il partage donc le constat évoqué par Bernard de Vos, délégué général aux droits de l’enfant, concernant les inégalités scolaires. En février, il avait qualifié de "honte" qu’en 12 ans "rien n’a changé".


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S’il est convaincu que le travail des AMOs, dont celle où il travaille, est positif auprès de certaines familles, il s’inquiète de toutes les autres qu’ils ne parviennent pas à toucher. "C’est complètement désespérant et rien n’est fait pour endiguer le phénomène", conclut-il comme un appel à l’aide lancé aux autorités belges.

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