Manuela Cadelli: "Il y a un certain esprit revanchard dans le chef du politique vis-à-vis des juges"

Manuela Cadelli: "Il y a un certain esprit revanchard dans le chef du politique vis-à-vis des juges"
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Manuela Cadelli: "Il y a un certain esprit revanchard dans le chef du politique vis-à-vis des juges" - © BRUNO FAHY - BELGA

La justice manque de moyens. Ce constat est posé par de nombreux acteurs de la justice depuis des années déjà. Il prend à nouveau tout son sens aujourd'hui. 

Selon un document que nous avons pu obtenir, les délais d'attente pour fixer une audience au civil à la Cour d'appel de Bruxelles atteignent plusieurs années. Dans une lettre envoyée par un greffier en décembre 2016, un avocat apprend que son affaire ne pourra être plaidée avant février 2021. Il faudra donc attendre près de cinq ans.

Cette situation alarmante n'est pas unique, selon la présidente de l'association syndicale des magistrats, Manuela Cadelli qui se dit outrée par ces délais. "Il n'y a plus de justice si vous devez attendre et subir pendant cinq ans. Un dossier, en soi, c'est une douleur, c'est une épreuve. On ajoute donc de la douleur à la douleur et c'est le contraire de la justice démocratique", explique Manuela Cadelli.

11 000 dossiers en attente

Selon la magistrate, certaines juridictions sont plus touchées que d'autres, notamment la Cour d'appel de Bruxelles où 11 000 dossiers seraient en attente d'une date de plaidoirie.

Ce constat d'une justice sous-financée, en manque de moyens et d'effectifs, est également relevé par le bâtonnier de l'Ordre francophone du Barreau de Bruxelles. "Au niveau des chambres francophones, il n'y a que 85% des magistrats qui sont nommés alors que le ministre de la justice s'était engagé à ce que, pour toutes les juridictions du royaume, au moins 90% des effectifs soient nommés", indique Pierre Sculier.

Volonté délibérée de sous-financer la justice

Le manque de moyens et les coupes budgétaires sont récurrents dans de nombreux secteurs publics, mais il y aurait, selon la juge au tribunal de première instance de Namur, une volonté claire et délibérée du monde politique de faire payer le pouvoir judiciaire. "Depuis deux, trois ans, les juges sont dans le collimateur parce qu'ils occupent, à un moment ou à un autre, un rôle qui est politique et qui contrarie le monde politique. Il y a un certain esprit revanchard dans le chef du politique vis-à-vis des juges", estime Manuela Cadelli.

Reste qu'avec des délais d'attente aussi longs, le justiciable risque d'en faire les frais. Il pourrait être poussé à faire des compromis vis-à-vis de la partie adverse pour ne pas attendre que l'affaire passe devant le juge.

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