Manuela Cadelli (Association syndicale des Magistrats): " Nous avons une justice qui n'est plus indépendante, parce que l'austérité la cadenasse "

Juge au tribunal de Première instance de Namur et Présidente de l’Association syndicale des Magistrats, Manuela Cadelli est l’invitée du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 6 avril sur La Première et ce dimanche 7 avril sur La Trois.

Elle s’exprime, notamment, sur l’état de la justice belge aujourd’hui et de l’austérité qui n’épargne pas le système judiciaire.

La justice est devenue un luxe : c’est une phrase que l’on entend souvent du côté des avocats, juges et magistrats en général, ces dernières années. Le domaine est mal financé, les infrastructures tombent en ruines et tout est cher pour les citoyens qui ont besoin de se défendre.

L’austérité freine la justice, et donc la démocratie

« L’austérité, en soi, empêche l’efficacité. » Une manière, de la part de Manuela Cadelli, de mettre en lumière tout ce qui freine, aujourd’hui, le système judiciaire belge. Pourtant, les promesses électorales annoncent plutôt une trésorerie en renaissance. Des promesses de refinancement, notamment grâce à un nouvel impôt des grosses entreprises, mais Manuela Cadelli n’est pas dupe. Et elle continue d’ailleurs d’associer directement les problèmes de financement de la justice à des problèmes de démocratie. « Nous avons une justice qui n’est plus indépendante parce que nous avons une austérité qui la cadenasse, elle cadenasse l’action, et elle n’est plus accessible à tous. Pour faire appel, il faut sortir 400 euros. La TVA sur les frais de justice est à 21%. Tout est trop cher. Et des dossiers sont classés sans suite par manque de moyens. Il faut un plan Marshall pour la justice. »

Elle a dit

Au sujet de sa visibilité : « Faire le buzz, faire du bruit, c’est nécessaire pour militer et se faire entendre pour promouvoir quelque chose de plus grand que soit, au nom du justiciable. »

Sur la question du traitement des politiques en justice : « Les hommes politiques ne sont pas tenus par cette culture, ils peuvent estimer qu’ils sont présumés innocents et continuer à travailler. Je ne vois pas où est le problème. »

« La pression politique au sens où on l’entend dans les pires cauchemars démocratiques, à savoir un ministre qui téléphone, c’est assez rare. Mais on peut essayer d’éviter tel juge dans telle affaire délicate. C’est possible, puisque désormais les juges sont mobiles. C’est pour ça que nous nous sommes opposé à cette procédure. »

À propos du retour des combattants de l’état islamique : « On doit récupérer nos nationaux, la question ne se pose pas. La loi est la même pour tous, donc on doit les juger en Belgique et ne pas les exposer à des juridictions dont nous ne sommes pas certains qu’elles appliquent nos principes démocratiques. La démocratie et les libertés ne sont pas applicables à géométrie variable. Il y a cette tentation démagogique de dire ‘laissons les là-bas et peu importe ce qui leur arrivera. C’est inimaginable. C’est un défi majeur pour nos démocraties. C’est aussi un principe de philosophie politique : le pire d’entre nous témoigne du pire en nous. La démocratie donne toujours l’occasion de défendre l’évidence de l’indéfendable dans le cadre d’un débat contradictoire. »

Au sujet de la justice : « C’est important dans une démocratie d’avoir une justice efficace et accessible à tous. Des critères qui ne sont plus rencontrés aujourd’hui. »

« Il faut changer la manière de budgétiser la justice. Ça ne doit plus être la parente pauvre. L’avantage de ces cinq dernières années, c’est qu’on a fait tellement de bruit, qu’à la fin tout le monde a bien conscience de la situation, y compris dans le monde politique, que c’est terminé de rigoler avec la justice ! »

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