Manuel Valls: "J'ai tout pris pour les autres"

Manuel Valls: "J'ai tout pris pour les autres"
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Manuel Valls: "J'ai tout pris pour les autres" - © Tous droits réservés

Ce vendredi 9 mars, Manuel Valls se rend à Bastogne, dans le cadre du colloque "Terrorisme: sommes-nous en guerre", organisé par l'Espace 23 de Bastogne, en compagnie d'Elie Barnavi, ancien ambassadeur et coordinateur des "Rendez-vous du Bastogne War Museum" et du philosophe Régis Debray. L'occasion pour lui de faire le tour des rédactions belges. L'ex-premier ministre français a accordé une interview à Thomas Gadisseux.

La social-démocratie a échoué

Le succès du FN en France, le triomphe des populistes du Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo et des extrémistes de la Ligue du Nord en Italie, l'arrivée de l'AfD au parlement allemand, le chancelier autrichien Sebastian Kurz qui forme une coalition avec le FPÖ, parti fondé par d'anciens nazis... Il faut avoir vécu dans une grotte ces derniers mois pour ne pas avoir constaté le succès grandissant des mouvements d'extrême droite, populistes et/ou eurosceptiques. Manuel Valls, ancien premier ministre français, s'avoue inquiet: "Bien sûr, il y a des circonstances propres à l'Italie mais, comme partout, il y a non seulement un rejet du projet européen, mais aussi une mise en cause des partis traditionnels et une crise profonde de notre social-démocratie". Manuel Valls se dit lucide: la social-démocratie, le socialisme réformiste, est en fin de cycle, comme le prouve le résultat du parti de Matteo Renzi en Italie. 

"Le PS français est mort"

En regardant la situation dans son propre pays, Manuel Valls pose un constat plutôt dur sur son ancien parti: "Le PS est mort", martèle l'ancien Premier ministre. "Je suis aujourd'hui député apparenté de La république en Marche, parce que j'ai considéré en effet que c'était la fin d'une histoire", poursuit-il. Pour lui, la chance que la France a eu, c'est qu'Emmanuel Macron a pu capter l'aspiration anti-système tout en restant fidèle au progressisme, contrairement aux autres pays où les partis populistes sont parfois arrivés au pouvoir. Il persiste d'ailleurs: les idées d'Emmanuel Macron, il les avait déjà eues lui-même.  

"Expliquer, est-ce excuser le terrorisme?"

Manuel Valls est à Bastogne pour discuter de terrorisme. Pour lui, c'est clair: "Oui nous sommes toujours en guerre contre le terrorisme. Le terrorisme nous fait la guerre et nous lui avons fait la guerre. Nous avons défait Al-Qaïda et Daesh, mais ils se recomposent toujours d'une manière ou d'une autre par des guérillas ou des franchises qui portent leur nom. C'est une guerre culturelle, politique, et liée à la violence du terrorisme". Quand Thomas Gadisseux lui rappelle ses propos selon lesquels "expliquer, c'est déjà un peu excuser", Manuel Valls est toujours aussi affirmatif: "Si parce qu'on est jeune d'origine maghrébine, de confession musulmane et en difficultés économique, on fait de tous ces jeunes des terroristes. Et ça, je le refuse!". Il y a des causes économiques et sociales, il l'admet, mais certaines explications visent selon lui à finalement excuser les actes.  

"J'ai pris tout pour tout le monde"

Manuel Valls revient aussi sur la diabolisation dont il a pu être l'objet à la fin de son mandat: pour lui, comme il incarnait les cinq années de pouvoir socialiste en tant que Premier ministre, au moment où la gauche était dans une impasse,  il a "pris pour tout le monde". "Mais j'ai les épaules larges, j'aime le débat. C'est la politique qui veut ça. Je ne me plains jamais, je ne vais pas le faire cette fois-ci non plus", rajoute l'ancien Premier Ministre français.

"Je ne regrette pas la déchéance de nationalité"

Lorsqu'il occupait le poste de Premier Ministre sous la présidence de François Hollande, Manuel Valls a porté le projet de déchéance de nationalité. Aujourd'hui encore, il dit n'avoir aucun problème avec cette loi: Je ne regrette pas d'avoir défendu l'idée de la déchéance de nationalité pour ceux qui prennent les armes contre leurs propres compatriotes. Il ne s'agissait pas de stigmatiser les uns ou les autres, mais simplement de se protéger. Quant à sa relation avec son ancien président François Hollande, il affirme ne pas être fâché avec lui: "Je n'oublie pas qu'il m'a nommé ministre, puis Premier Ministre, et que nous avons vécu ces moments difficiles. Aujourd'hui, on n'a pas grand chose à se dire, chacun suit son chemin. Je ne regarde pas le passé", conclut-il. 

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