Manque de souffle, insuffisance rénale… Le coronavirus peut générer des séquelles insoupçonnées

Irène sur la table de Kiné (Photo I. POPLEMONT)
Irène sur la table de Kiné (Photo I. POPLEMONT) - © Tous droits réservés

Si l'énorme majorité des malades contaminés par le coronavirus finit par en guérir, cela n'empêche que le virus entraîne aussi de nombreuses séquelles chez ces patients, parfois à long terme.

Essoufflement prolongé

C’est un beau jeudi après-midi ensoleillé, des conditions météorologiques idéales pour renfourcher sa bicyclette. Claire se sent des fourmis dans les jambes après plusieurs semaines de confinement dans son appartement. Son médecin lui a diagnostiqué une forme légère de Covid-19. Ses symptômes : essoufflement et difficultés respiratoires.

Mais, elle est guérie aujourd’hui. Après un tour de son quartier, elle doit déchanter : "Après 10 minutes, je me suis rendu compte que ce n’était pas une bonne idée. J’ai à nouveau très mal. C’est comme s’il me manquait un poumon".

Dès qu’elle le pourra, Claire compte bien faire un scanner des poumons pour comprendre ce qui se passe et pourquoi elle manque de souffle.

Irène, un mois en coma artificiel, se sentait comme un bois au réveil

Un deuxième souffle, c’est ce qu’Irène est venue chercher dans le service de neuro-revalidation du CHU Brugmann. Irène a dû passer un mois aux soins intensifs.

D’abord mise sous coma artificiel et intubée, au bout de trois semaines, elle est réveillée dans un état de légume. "Je ne bougeais pas. J’étais comme un bois. Rien ne bougeait. Je ne sentais rien", se souvient-elle.

Tous les organes vitaux parfois atteints

Mais depuis quelques jours, grâce aux soins prodigués par les kinés et les ergothérapeutes, Irène ressuscite littéralement. Elle retrouve son souffle, elle récupère du muscle, de l’équilibre. Un vrai retour d’entre les morts.

Le Dr Marie-Dominique Gazagnes, qui dirige le service de neuro-revalidation au CHU Brugmann, se réjouit de l’évolution positive de sa patiente. En quelques semaines, elle a vu défiler un nombre important de patients qui présentaient parfois des pathologies très différentes de ce que nous savons du Covid-19.

"On commence à voir des séquelles cognitives et intellectuelles pour des gens ventilés pendant longtemps, explique-t-elle. On a vu des séquelles cardiaques. On commence à voir qu’une série d’organes – cœur, cerveau, poumons et même reins – sont parfois atteints."


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Au CHU de Liège, les néphrologues Jean-Marie Krezinski François Jouret et Pierre Delanaye ont collecté les données épidémiologiques de 600 patients atteints du Covid-19 pour établir leur profil. Trois quarts d’entre eux avaient du sang et des protéines dans leurs urines et 19,5% ont développé une insuffisance rénale aiguë qui nécessitait une dialyse.

Des séquelles à moyen et long terme

François Jouret estime que ces observations nécessitent un suivi : "Nous pouvons craindre que ces patients gardent probablement pour un tiers d’entre eux des séquelles à moyen et long terme".

Le coronavirus ne se résume donc pas à une inflammation des voies respiratoires. Il peut s’attaquer à tous nos organes vitaux : cœur, cerveau, rein, intestin.


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Dans son service de soins intensif, Jacques Creteur a pu sauver la moitié de ses patients après, parfois, un coma artificiel et une intubation de plusieurs semaines. Mais il est conscient des séquelles psychologiques que peuvent générer ces longs séjours aux soins intensifs.

"Plusieurs études démontrent que des patients qui restent longtemps dans le coma sous respirateur ont une intensité de stress post-traumatique comparable à des victimes d’attentats, de catastrophes naturelles, ou des soldats de retour de guerre", observe-t-il.


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Soigner le corps et le moral

Retour au centre de neuro-revalidation du CHU Brugmann. Ici, les patients mangent, jouent et font leurs exercices de kiné tous ensemble. Une façon de se resocialiser après des semaines d’isolement. Une option délibérée de Marie-Dominique Gazagnes : "Ici, on soigne à la fois le corps et le moral. C’est une prise en charge globale pour permettre aux gens de retourner à la vie et à l’extérieur".

Irène, elle, tient un moral d’acier. C’est une gagnante qui sait qu’elle a échappé au pire : "Je ne crains plus rien dans la vie. Je n’ai plus peur de la mort. Mais quand on vit, on garde l’espoir".

Du chemin, Irène en a encore à faire pour tourner la page, mais le pire est passé.

Reportage de notre 13h sur le drame dans les homes

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