Manque d'oxygène: maisons de repos et urgences en état d'asphyxie, un nouveau masque à la rescousse

Tout est parti du mail d’une de nos auditrices. Epouse d’un médecin généraliste, elle nous relaie  sa colère et son désarroi. Suite à la pandémie de coronavirus, deux de ses patients, résidant dans un home manquent d’oxygène. Ils ne peuvent pas non plus intégrer les soins intensifs d’un hôpital vu leur âge. Ils semblent donc condamnés à brève échéance.

Ce matin, Vincent Fredéricq, secrétaire général de la Fédération Femarbel des maisons de repos nous confirme: “Nous arrivons au bout des bouteilles d’oxygène dans nos maisons de repos”.


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Vincent Frédericq nous explique qu’il y a de l’oxygénothérapie possible dans les homes mais elle dépend du matériel disponible. Les homes, selon lui, ne peuvent pas se substituer pour autant aux hôpitaux. Quant à envoyer un patient très âgé à l’hôpital,  c’est une arme à double tranchant : " Le remède risque de tuer le patient. Entuber une personne très âgée est risqué car ça implique une anesthésie de longue durée souvent mortelle pour la personne âgée. "

Si le patient a besoin d'une quantité importante d'oxygène, nous ne pouvons pas le fournir

A la Maison de repos "Au privilège" à Haut-Ittre dans le Brabant wallon, la direction met tout en œuvre pour accompagner ses résidents, mais elle le sait, elle ne dispose pas de tout le matériel nécessaire. Stéphane Hubert, directeur de la maison de repos :" Si le résident a besoin d’une quantité importante d’oxygène nous ne pourrons pas le fournir. C’est clair, nous ne remplaçons pas un hôpital ".

Il y au niveau mondial une rupture de stock d'oxyconcentrateurs

Air Liquide Medical est l’un des principaux fournisseurs d’oxygène médical en Belgique. Didier Dehard, son pharmacien d'industrie nous confirme : " Au niveau mondial, il y a, actuellement, un problème de rupture de stock d’oxy-concentrateurs. Ce dispositif est un dispositif médical qui prend l’air ambiant et le purifie en oxygène à l'aide de filtres. C’est le plus couramment utilisé dans les homes. "

Cependant, la société Air liquide propose des alternatives : " Une solution partielle serait d’utiliser récipients d'une capacité allant de 10-40 litres d’oxygène liquide cryogénisé. L’avantage, c’est qu’un litre d’air liquide correspond à 850 litres d’oxygène gazeux. "

Une solution partielle qui viendrait à point nommé pour les homes car sans oxygène et sans hospitalisation possible pour certains de ses résidents, le risque sera d’assister à une hécatombe de mortalité dans les homes.

Face au manque d'oxygène, la clinique universitaire Saint-Luc utilise un "masque à double tronc"

Depuis le début de la crise du coronavirus, les Cliniques universitaires Saint-Luc, appliquent sur leurs centaines de patients en déficit respiratoire aigu, un outil qui diminue la consommation d'oxygène tout en assurant une même quantité d'apport par les voies aériennes.

L'outil en question s'appelle le "Double-Trunk Mask". Son concepteur, le belge Frédéric Duprez a publié son invention dans le Journal of clinical monitoring and computing, sans pour autant l’agréer car son idée est qu’il puisse être utilisé et appliqué pour tous ceux qui en ont le besoin.

Il s'agit d'un masque d'aérosol auquel sont intégrés deux tubes dans les trous latéraux. En positionnant cet appareil au-dessus du moyen d'administration classique d'oxygène du patient (canules nasales), on améliore drastiquement l'apport en oxygène.

Autrement dit, pour un même objectif d'oxygénation, l'ajout de cet outil diminue d'un tiers voire de moitié le débit d'oxygène qui doit être délivré au patient. Ce qui constitue une économie non négligeable dans des endroits où l'oxygène pourrait manquer, notamment en maison de repos. Avec cet outil, un patient en déficience respiratoire tient 1 et demi  à deux fois plus longtemps avec le même stock d'oxygène.

Les résidents de home hospitalisés restent à l'hôpital s'ils ont besoin d'oxygène

Par ailleurs, la ministre de la Santé Maggie De Block a indiqué, lors de la séance plénière à la Chambre, que les résidents de maisons de repos  hospitalisés et ayant toujours besoin d'un apport d'oxygène pour respirer resteront à l'hôpital tant que cette assistance est nécessaire.

Plusieurs députés se sont inquiétés de la situation alarmante dans les maisons de repos, souvent livrées à elles-mêmes pour gérer la pandémie et parfois devenues des foyers de contamination.

La ministre a par ailleurs démenti les informations selon lesquelles des hôpitaux seraient allés chercher dans des maisons de repos des capacités en oxygène. Le matériel utilisé dans ces deux types d'établissement n'est pas le même, a-t-elle fait remarquer.

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