Manifestation "Youth for climate": faut-il permettre aux jeunes de voter dès l'âge de 16 ans?

Plus de 12 500 élèves ont marché jeudi dans les rues de Bruxelles, parfois avec l'accord de leurs professeurs, pour demander au gouvernement la mise en œuvre d'un plan climat ambitieux et efficace. Interrogé sur La Première, Pierre-Étienne Vandamme, chercheur en philosophie politique à l'UCLouvain, se dit surpris par l'ampleur de ce mouvement : "On n'a pas l'habitude de voir autant de jeunes se mobiliser comme ça, sortir dans les rues. 3000 la semaine précédente, ce n'était déjà pas mal, et ici les rangs ont vraiment gonflé, 12 500, c'est vraiment quelque chose d'inédit".

"Je pense que dans les premières semaines il peut y avoir vraiment un effet de motivation. On en a parlé dans les médias, donc il y a des gens qui n'y étaient pas et qui doivent se dire qu'ils auraient dû y aller et qu'ils iront la prochaine fois. Puis on verra par la suite. Souvent, ça s'essouffle, mais pour le moment en tout cas, ça fait chaud au cœur" poursuit-il.

"Leur avenir est en jeu"

Si les jeunes se mobilisent sur le thème de l'environnement, et pas sur un autre, c'est parce que c'est "leur avenir qui est en jeu et ils ont l'impression, à mon avis, qu'on joue avec leur avenir, qu'on ne prend pas du tout assez au sérieux les risques qui pèsent sur eux. Ils ont donc l'impression qu'il y a un immobilisme. Depuis qu'ils sont petits, pour certains, on leur parle des dangers que court la planète et finalement, quand ils s'intéressent un peu à l'actualité, ils ont l'impression qu'il ne se passe rien" selon lui.

"Dans les écoles, il y en a toujours quelques-uns qui ont déjà un peu de contacts avec le monde politique, dans le sens où ils ont des connaissances en politique, ils sont parfois proches d'un parti, mais de ce dont je me rappelle, c'est vraiment une minorité, c'est assez rare à ce niveau-là, à cet âge-là. Je pense donc que c'est un mouvement largement apolitique" analyse-t-il.

Pour Pierre-Étienne Vandamme c'est un mouvement qui dépasse la logique politique à l'œuvre en Belgique aujourd'hui. "Et qui dépasse finalement ceux qu'on considère comme les citoyens au sens plein du terme, ceux qui à 18 ans ont accès au droit de vote. Et là, finalement, il y a toute une population qui n'a pas le droit de vote, qui dit qu'elle a au moins le droit à la parole et qui a un message à faire passer".

"Il faudrait davantage parler d'écologie et de respect de l'environnement à l'école" 

Parmi les manifestants, "je ne serais pas surpris qu'on retrouve des classes plutôt éduquées, avec des parents qui parlent de politique et qui parlent de ces enjeux-là à la maison. Pourquoi ? Parce qu'à l'école, on n'en fait sans doute pas encore assez au niveau de l'éducation citoyenne et politique. Dans certaines écoles, on va déjà assez loin, mais de manière générale, pour le moment, une heure par semaine d'éducation à la philosophie et citoyenneté dans certaines écoles, ce n'est pas suffisant. Il faut donc compter sur les familles pour sensibiliser, mais aussi sur Internet. Pour la plupart, ce n'est même pas leur famille qui les a sensibilisés, ils sont en ligne et ils voient ce qui se passe. Ils s'informent aussi par eux-mêmes" poursuit-il.

Selon lui, il faudrait davantage parler d'écologie et de respect de l'environnement à l'école aujourd'hui: "C'est un enjeu absolument central. On en parle bien sûr beaucoup plus que dans le passé, mais je pense qu'on peut certainement faire encore beaucoup plus au niveau de l'éducation au développement durable".

Voter à partir de 16 ans

Y a-t-il une analogie à faire entre ce mouvement et celui des gilets jaunes (un mouvement spontané, né sur Internet et sur les réseaux sociaux) ? "Il y a sans doute un lien qu'on peut faire, mais il y a surtout vraiment quelque chose d'inédit et de tout à fait nouveau avec l'âge moyen. L'âge de cette population qui est sortie dans les rues, c'est tout à fait inédit et c'est ça qui interpelle. Et à mon avis, c'est aussi ça qui peut donner un certain effet à cette mobilisation. Pour moi, franchement, ça pose la question de l'âge de vote. Pourquoi se limiter à 18 ans ? Pourquoi ne laisser que les personnes âgées de plus de 18 ans voter ? On sait que dans certains pays, l'âge limite pour pouvoir voter est 16 ans. On pourrait rouvrir ce débat aujourd'hui en Belgique. On voit clairement qu'il y a des jeunes qui sont prêts à donner de leur voix, à faire entendre leur voix dans le débat politique et qui doivent être frustrés de ne pas pouvoir encore peser sur les décisions politiques".

Entre 18 et 34 ans, beaucoup de jeunes votent, votent nul ou alors ils votent pour des partis qui sont peut-être un peu plus antisystèmes, selon une étude. "C'est leur droit de voter pour des partis antisystèmes s'ils trouvent que le système est insatisfaisant, mais je pense aussi qu'il faut surtout leur offrir l'option de pouvoir voter s'ils se sentent prêts. Dans certains pays d'Amérique latine par exemple, entre 16 et 18 ans, on peut voter mais on n'est pas obligé, tandis qu'après, les personnes majeures de plus de 18 ans sont obligées de voter. Donc, on pourrait abaisser l'âge de vote, mais dire que c'est optionnel pour les plus jeunes, de manière à laisser ceux qui se sentent vraiment prêts l'opportunité de participer, et ceux qui ne se sentent pas prêts ou qui ne sont pas intéressés par les élections, parce que beaucoup de jeunes sont assez désillusionnés par rapport aux élections, ceux-là ne seraient pas obligés".

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