Bruxelles: de 45.000 à 70.000 personnes ont défilé contre le gouvernement Michel

Des dizaines de milliers de manifestants ont manifesté à Bruxelles
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Des dizaines de milliers de manifestants ont manifesté à Bruxelles - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Entre 45 000 (selon la police) et 70 000 (selon les syndicats) militants se sont rendus ce jeudi à Bruxelles pour manifester en front commun syndical contre les mesures prises et envisagées par le gouvernement de Charles Michel. Vers 11h45, le cortège a emprunté le boulevard Botanique, aux sons des pétards, sifflets et klaxons.

La police de Bruxelles avait fait fermer de nombreuses rues et les transports en commun ont fonctionné au ralenti.

Les bureaux du Parti socialiste, situés boulevard de l'Empereur, ont été recouverts de graffitis. Boulevard Anspach, la fenêtre d'un bureau de bpost a été brisée en marge de la manifestation, a confirmé Ilse Van de Keere, porte-parole de la police de Bruxelles Capitale Ixelles. Aucune confrontation n'a cependant opposé des fauteurs de troubles et la police, contrairement à ce qu'ont affirmé plusieurs médias, a ajouté la porte-parole.

"Il n'y a eu aucune confrontation avec les services d'ordre", souligne Ilse Van de Keere. "Les auteurs des dégradations n'ont par ailleurs rien à voir avec la manifestation. Il s'agit d'un groupe d'une centaine de personnes qui s'étaient mélangées à la foule."

"Il nous faudra des actions plus dures"

Il s'agissait de la quatrième manifestation nationale depuis l'arrivée du gouvernement Michel. Les deux premières avaient drainé 100 000 manifestants à Bruxelles alors que la dernière en date, en mai dernier, avait attiré 60 000 personnes. Les manifestants dénonçaient la politique "asociale" du gouvernement Michel, qui dirige le pays avec des mesures d'austérité comme le saut d'index ou la fin des 38 heures hebdomadaires.

"Ce gouvernement est le plus antisocial de ces 30 dernières années", a lancé le président de la FGTB Rudy De Leeuw devant les manifestants rassemblés boulevard du Jardin Botanique à Bruxelles. "La possibilité de mener une grève générale est ouverte", a ajouté le secrétaire général Marc Goblet. "Il nous faudra des actions plus dures pour faire en sorte que le gouvernement arrête de manquer de respect à l'égard des travailleurs."

"Si on ne fait rien, c'est perdu d'avance"

"Si on ne fait rien, c'est perdu d'avance", souligne Martine Ugolini, présidente fédérale de la CGSP Admi ALR-LRB.  "Se résigner ou se taire, jamais", peut-on lire parmi les pancartes brandies par les manifestants. "Nous ne nous attendons pas à ce que le gouvernement plie mais nous défendons une autre vision de la société", explique Martine Ugolini.

"Les mesures gouvernementales s'attaquent à l'ensemble des citoyens mais en particulier aux femmes et aux services publics", dénonce-t-elle. En effet, selon la syndicaliste, réduire les coûts dans les services publics pénalise plus fortement les femmes, qui ont besoin de services tels que les garderies ou les crèches.

Une jeune militante CSC ne perd pas espoir non plus. "Le gouvernement ne prend absolument pas en compte notre avis mais nous sommes toujours motivés. Ce sont les petites rivières qui font les grands fleuves", souligne-t-elle, philosophe. Pour elle, il est important de continuer à se mobiliser et d'exprimer au gouvernement son désaccord avec sa politique. "Surtout en tant que jeune. On va déjà travailler assez longtemps, maintenant ça suffit!"

Pour tous les manifestants, quels que soient leur métier et leur syndicat, les mesures du gouvernement sont inacceptables. "Je suis venue pour protester, surtout contre la Loi Peeters (la réforme du marché du travail portée par le ministre Kris Peeters, ndlr). Ce sont nos acquis sociaux qui disparaissent. J'ai de jeunes enfants et je suis inquiète pour leur avenir", raconte une militante Setca.

CSC : "Waar is de feestje? Pas ici"

"Waar is de feestje?", s'est demandé Marc Leemans, président national de la CSC, paraphrasant la chanson des supporters des Diables rouges. "Là bas", a-t-il répondu, pointant son doigt en direction de la rue de la Loi. "Waar is de feestje? Pas ici", a-t-il conclu.

"Tout va bien. Les gouvernements Michel et Bourgeois fêtent leur deuxième anniversaire avec toujours plus de cadeaux pour les employeurs. Hip Hip Hip Hourra. La fête, c'est chez eux, pas chez Caterpillar, Douwe Egberts, Axa où l'on connaît des drames sociaux et familiaux", a ajouté Marc Leemans. "Mais pendant ce temps et malgré toutes ses mesures, le gouvernement perd encore 4,2 milliards d'euros. Où est passé notre argent?", s'est-il interrogé.

"L'austérité n'a pas relancé la croissance, ni le pouvoir d'achat et n'a pas créé de jobs", a pointé Anne Léonard, secrétaire nationale de la CSC, qui remplaçait Marie-Hélène Ska, malade. "La relance de l'économie passe par des investissements et des services publics forts", a-t-elle fait valoir, exprimant ses craintes de "coups dans la sécurité sociale pour laquelle tout le monde a cotisé".

"Le gouvernement n'a jusqu'à présent entendu que les marchés. Il doit maintenant entendre la voix de la rue."

CGSLB : "Le gouvernement ne nous aura pas"

Le syndicat libéral CGSLB organisait une animation pour affirmer que "le gouvernement ne nous aura pas". Un militant, déguisé en Charles Michel, lançait d'énormes balles Pokémon depuis les marches de l'Albertine, près de la gare Centrale, en direction de deux travailleurs déguisés en Pikachu.

"Les travailleurs et allocataires sociaux ne sont pas des créatures virtuelles que l'on peut chasser, pendant que les employeurs et les détenteurs de grandes fortunes ne sont quasiment pas embêtés", tel est le message que souhaitait faire passer le syndicat avec son animation.

"Nous voulons montrer au gouvernement qu'il ne nous aura pas. Nous évitons les Pokéballs (balles utilisées dans le jeu Pokémon, ndlr), nous résistons", expliquait Tomas Vanbiervliet de la CGSLB.

"Nous ne nous laisserons plus berner par des promesses trompeuses et des belles paroles", affirme le syndicat qui dresse un bilan négatif de la Suédoise. Le salaire net a "peut-être augmenté mais le montant des factures s'alourdit". Il accuse également le gouvernement Michel d'ignorer les propositions des syndicats tout en prétendant respecter la concertation sociale.

Plusieurs partis d'opposition étaient présents

Des élus des partis d'opposition PS, sp.a, PTB ou encore Ecolo étaient présents dans les rues de Bruxelles à l'occasion de la manifestation nationale.

"Nous nous montrons solidaires des travailleurs et des allocataires sociaux", a déclaré le député socialiste Ahmed Laaouej qui appelle le gouvernement à "arrêter la machine". "Le déficit budgétaire constaté est une combinaison entre une mauvaise gestion et un aveuglement idéologique du gouvernement", a-t-il relevé. "Les mesures décidées depuis deux ans ont asphyxié la demande intérieure. Et le gouvernement parle à présent de toucher à la sécurité sociale ou encore de procéder à un second saut d'index. Et pendant ce temps, aucune mesure n'est prise pour lutter contre la fraude fiscale."

"Il y a de l'argent en Belgique", a de son côté affirmé le député PTB Raoul Hedebouw. "Mais il est temps d'aller le chercher là où il se trouve, c'est-à-dire chez les riches et les patrons."

Pour Ecolo, "ce gouvernement met gravement notre avenir en danger : diminution de revenus, jobs au rabais, budget en carton, ambition zéro pour le climat et l'environnement".

Le sp.a a pour sa part dénoncé "les mesures injustes du gouvernement".

Un ambulance bloquée par le cortège

Une ambulance, qui faisait fonctionner sa sirène, a été empêchée de circuler par le cortège des manifestants. Elle a été obligée de reculer afin de faire un détour, comme on peut le voir sur la vidéo ci-dessus, qui a été diffusée sur Twitter.

La manifestation s'est terminée peu avant 15 heures et les rues ont été rouvertes à la circulation.

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