Manifestation féministe à Bruxelles: sous les pavés, l'humiliation policière?

Violences physiques, insultes, violences psychiques. Les participants à une manifestation féministe organisée samedi 31 mars à Bruxelles dénoncent une répression abusive de la part des forces de police. Une intervention justifiée par une manifestation non autorisée mais cette interdiction excuse-t-elle les abus dénoncés? 

Ils s'appellent Jean-Michel, Fred, Vincent et Rose (noms d'emprunts). Tous étaient présents samedi soir, tous s'attendaient à une présence policière mais pas nécessairement à une intervention aussi musclée: "On avait fait 150 mètres à peine lorsque la police a bouclé la rue de part et d'autre, ils nous ont pris en nasse, ont posé des barrières de chantier, on étouffait".

 

Une manif' non autorisée, un déploiement de force impressionnant

Samedi 31 mars, une manifestation féministe se tenait place Sainte Catherine, dans le centre de Bruxelles. Un cortège d'une petite centaine de participants s'élance aux environs de 20h30 malgré l'absence d'autorisation des autorités. Il s'agit de la 5e Reclaim The Night, une marche qui s'organise dans plusieurs grandes villes européennes et américaines depuis 1977 avec comme objectif la réappropriation de l'espace public: "ça veut dire que pour les identifiées femmes et minorités de genre, c'est pas safe de circuler dans la rue à tout moment de la journée. On risque d'être harcelé, on risque des agressions physiques ou sexuelles, des insultes", précise Fred. 

Cette année, aucune demande d'autorisation de manifester n'a été introduite. De son côté, la police de Bruxelles-Ixelles a fait savoir qu'elle n'aurait pas délivré de permission. En 2017, la même marche avait été émaillée d'incidents avec la police. Alors pourquoi ne pas demander d'autorisation afin de lever toute ambiguïté ? "De toute façon, ces dernières années, autorisation ou pas, ça se termine toujours avec une répression policière violente", résume Jean-Michel. Dans un texte publié sur internet le 2 avril, les manifestant(e)s expliquent:  "Nous estimons que nous devrions avoir le droit de nous approprier la rue sans avoir à négocier. Nous estimons avoir le droit d'être présent(es) en nombre dans la rue. Notre liberté ne se négocie pas, elle s'impose". 

Coups, insultes et humiliation

La manifestation fait long feu. Rapidement les forces de police interviennent, prenant les manifestants en étau et posant des barrières de chantier de part et d'autre de la rue. Une septantaine de personnes est embarquée en fourgonnette vers les casernes d'Etterbeek: "Nous ne sommes pas informés de nos droits, les seuls mots que l'on reçoit ce sont des insultes". Rose explique avoir été étranglée au commissariat, Vincent avoir été giflé "sans raison", d'autres témoins déclarent s'être fait peloter la poitrine ou avoir reçu des coups de pied au visage. 

A la brutalité physique s'ajoute également la violence psychique: "Quand on porte atteinte à ton identité, c'est quelque chose qui peut être grave pour une personne, c'est une chose contre laquelle on se mobilisait et cela se reproduit dans l'espace de mobilisation, ça a des conséquences dramatiques", détaille Rose.   

Nous aurions aimé entendre la version de la police de la zone Bruxelles-Ixelles. Celle-ci a d'abord accepté de répondre à nos questions avant finalement de décliner l'invitation. Via communiqué ce lundi 2 avril, le porte-parole de la police invitait les manifestants à porter plainte. 

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