Maltraitance des personnes âgées: "Il n'y a pas de bonne victime ou de mauvais auteur"

A l'occasion de la Journée de lutte contre la maltraitance des personnes âgées, Week-end Première recevait  Dominique Lagendries, directeur de Respect Senior, agence wallonne de lutte contre la maltraitance faite aux personnes âgées.

Cette maltraitance est un sujet qui reste tabou, et pourtant, l'on est face à une triste réalité : "Nous recevons annuellement 3000 - 3500 appels, dont à peu près 2300 sont liés à des situations de maltraitance. Nous ouvrons 856 dossiers liés à ces situations. C'est quelque chose de conséquent, mais ce n'est que la face visible de l'icerberg, car l'OMS estime que  5 à 6% d'une population de plus de 65 ans pourrait être atteinte de situation de maltraitance. Ramené à la Région wallonne, ça fait quand même 32.000 personnes."

Honte et culpabilité

Entre les cas effectivement recensés, et ceux estimés, l'écart est donc très important, montrant par là une difficulté de parler de la maltraitance des seniors. "Il y a plusieurs raisons au silence. La majorité des situations auxquelles on fait face se déroulent dans le domicile, c'est donc pas évident pour la victime de porter plainte, de dévoiler une situation qui se passe dans le milieu familial. Il y a les peurs de représailles, du chantage affectif, la peur de la solitude qui se met en place. En institution c'est la même chose, c'est la crainte de représailles au niveau des soins, de l'hébergement. Il y aussi un phénomène de honte ou de culpabilité."

"On estime, que dans les situations que l'on rencontre, 30% sont de la maltraitance psychologique, ensuite de la maltraitance civile, comme la privation de liberté; la maltraitance financière avec la captation d'argent ou encore la cohabitation; puis viennent les négligences comme la privation de soin ou le manque d'attention; et enfin, la maltraitance physique, la moins courante, qui représente 10% à 12%."

Pas de bonne victime ou de mauvais auteur

La maltraitance aux seniors est un phénomène complexe, car bien souvent, elle n'est pas volontaire. "La majorité des auteurs désignés ne le font pas sciemment. On peut prendre l'exemple de l'aidant proche qui est épuisé, et en voulant faire le bien pour l'aîné il peut devenir négligent ou faire du chantage et devenir, malgré lui, maltraitant."

"Dans notre philosophie, il n'y a pas de bonne victime ou de mauvais auteur. L'on se rend compte qu'il y a un système qui gravite autour de l'ainé, la famille, l'entourage, les professionnels. Et c'est important d'analyser ce système et de comprendre qui souffre, c'est un élément crucial. Finalement, très peu d'accompagnement psycho-sociaux aboutissent à des plaintes. On doit tenir compte de la volonté de l'ainé, mais aussi de son intérêt."


►►► Pour toute demande d'information, le numéro gratuit 0800 30 330 ou le site internet respectsenior.be pour la Wallonie. Pour Bruxelles, l'asbl Ecoute Seniors est au 02 223 13 43 ou via leur site internet.


 

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