Malgré plus de 1500 décès du Covid, pas de surmortalité observée en Belgique en 2021 : comment l’expliquer ?

C’est un phénomène qui se dessinait depuis le début de l’année : après une année 2020 où on a observé une surmortalité de 16,6%, soit plus de 18.000 morts en Belgique, l’année 2021 semble commencer sous de meilleurs auspices.

Les chiffres sont en effet désormais complets pour le mois de janvier et ont été diffusés sur Statbel, le site officiel des statistiques belges.

Ils confirment ce que dit chaque semaine Sciensano chaque semaine depuis ce début d’année : on n’observe plus de surmortalité en Belgique cette année 2021. Et ce malgré une moyenne de 50 décès quotidiens liés au Covid. De quoi alimenter les défiances de ceux qui prétendent qu’on étiquette trop facilement "Covid" des décès qui ne seraient pas en lien direct avec le coronavirus. Cet apparent paradoxe s’explique pourtant en examinant les données complètes :

 

C’est quoi, la surmortalité ?

Les statisticiens qui étudient la mortalité ont élaboré la notion de "z-score", qui est basée sur le taux de mortalité (le nombre de morts par rapport à la population) moyen des années précédentes, et de l’écart par rapport à ce taux "attendu", en tenant compte de toute une série de paramètres. Or, selon les données d’Euromomo, projet européen examinant ces statistiques de (sur) mortalité, on s’aperçoit que la Belgique est un des rares pays observés à afficher un z-score en janvier, non pas nul, mais en tout cas inférieur à 2.

Ce que le site estime comme n’étant pas un excès, la différence n’étant pas significative.

Si on examine les données par année disponibles sur Statbel, on s’aperçoit en effet que le nombre de morts en janvier a été légèrement supérieur en 2021 par rapport à 2020, 2019 et 2018, mais très largement inférieur aux chiffres de 2017. Cette année-là, une importante surmortalité avait été observée, en lien notamment avec la grippe mais pas seulement : "les températures basses ou la pollution atmosphérique" auraient aussi joué un rôle, notaient les spécialistes.

 

Comment expliquer cette absence de surmortalité ?

Si on compare à janvier 2020, la moins "meurtrière" de ces dernières années, on observe une différence d’environ 350 morts seulement. Or, il y aurait eu 1550 personnes mortes du Covid. Trois facteurs, qui ne s’excluent pas les uns les autres et ont pu s’additionner, peuvent expliquer que le chiffre de 2021 n’est pas plus élevé :

  • Des infections respiratoires en chute libre : C’est bien simple, selon Sciensano, il n’y a tout simplement pas eu d’épidémie de grippe cette année, car on n’a jamais atteint le seuil dit "épidémique". Très peu de tests de laboratoire positifs pour la grippe ont été enregistrés en Belgique. C’est probablement en partie le résultat des mesures de prévention et d’hygiène en vigueur contre le COVID-19 : nous nous lavons les mains plus souvent, gardons nos distances et portons un masque buccal. Des mesures qui aident non seulement à limiter la transmission du COVID-19, mais également la transmission de la grippe. Un nombre plus élevé de personnes ont également été vaccinées contre la grippe cet automne. Le nombre de tests de laboratoire pour d’autres infections respiratoires qui sont également suivis par les laboratoires de surveillance est également resté beaucoup plus faible cet hiver qu’habituellement.
  • Des personnes mortes du Covid seraient de toute façon décédées en janvier : cette hypothèse-là est statistiquement invérifiable. Mais comme certains patients étaient très âgés et présentaient des comorbidités, on peut penser que même sans contracter le Covid, ils seraient quand même décédés. Statistiquement, ces nombres (morts Covid/morts d’autres causes) ne s’additionnent donc pas tous.
  • Les morts "attendues" en janvier sont survenues plus tôt. C’est ce que les démographes appellent "l’effet de moisson": lorsque beaucoup de personnes fragiles ou âgées sont fauchées plus tôt que prévu, on observe quelques mois après une sorte de creux au niveau de la mortalité. Et ce "creux" est venu compenser le léger "pic" lié directement au Covid.

Il serait donc inapproprié de considérer que l’épidémie de coronavirus est devenue sans gravité parce qu’on n’observe plus de surmortalité globale : elle continue tous les jours à tuer des personnes qui seraient aujourd’hui toujours en vie, voire en bonne santé, sans le Covid-19. Et cette absence de surmortalité en janvier 2021 ne compense absolument pas l’importante surmortalité de 2020…

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