Maisons de repos: de plus en plus chères, de plus en plus privées?

Maisons de repos: de plus en plus chères, de plus en plus privées?
Maisons de repos: de plus en plus chères, de plus en plus privées? - © Tous droits réservés

Le secteur des maisons de repos est en pleine mutation et surtout en plein boom pour le privé, comme le rappelait ce mercredi encore la publication des excellents résultats globaux 2015 de l'exploitant de maisons de retraites et de cliniques privées Orpea (bénéfice net de 153,3 millions d'euros, en hausse de 12,5% par rapport à 2014, chiffre d'affaires de 2,4 milliards d'euros, +22,8%).

Ce groupe français avait pourtant connu une année 2015 chahutée au plan social en Belgique, un malaise ressenti aussi par les résidents. Cela ne l'a donc pas empêché de bien se porter au plan financier en Belgique comme ailleurs dans le monde.

Papy-boom

Si le secteur est en pleine évolution chez nous, c'est bien sûr d'abord à cause du vieillissement de la population en Belgique. D’ici 2023, les projections indiquent que la population âgée de plus de 65 ans sera de 400 000 personnes de plus que maintenant. En 2033, ces seniors seront 2,8 millions, soit 25% de la population belge, et les plus de 75 ans seront 1,8 million, 14% de la population.

Une autre raison tient aux difficultés du secteur public à faire face à des normes de plus en plus exigeantes: le parc est vieillissant et il faut le renouveler, donc investir. 

Une situation bien différente en Wallonie et en Flandre

Le marché belge des maisons de repos et des maisons de repos et de soins représente 140 430 lits agréés : 76 416 en Flandre, 48 387 en Wallonie, 14 876 à Bruxelles et 751 en communauté germanophone (chiffres 2015). A côté de ces maisons, existent encore des "séniories" qui sont elles, non médicalisées et non agrées.

Environ 31% des lits sont gérés par le privé, 30% par le public et près de 39% par le secteur associatif.

Pour des raisons historiques, chaque région a ses propres spécificités. En outre, depuis la sixième réforme de l'Etat, la politique des personnes âgées en institutions est communautarisée.

En Flandre, le secteur reste dominé par le non-marchand, l'associatif chrétien (53% contre 33% au public et 14% au privé), et est marqué par le recours de façon plus important aux soins et à l'aide à domicile.

Le privé est par contre majoritaire à Bruxelles (61% contre 25% au public et 14% à l'associatif), Bruxelles où le nombre de lits et d'établissement continue à croître. Vu qu'il s'agit d'une matière désormais communautaire, trois catégories d'institutions cohabitent à Bruxelles : celles dépendant de la communauté française (Cocof), de la communauté flamande (VGC) et celles "asexuées linguistiquement... 

En Wallonie, le nombre de lits est plafonné (à 48 452) depuis 1998. Ceci découle d'un protocole visant à limiter l'explosion des coûts car, via l'INAMI, le fédéral participe toujours au financement des soins et devrait encore le faire jusque fin 2017 vu l'impréparation des entités fédérées). La clé de répartition actuelle partage l'ouverture de lits en maisons de repos entre le secteur public (minimum 29% des lits), l'associatif (minimum 21%, il est à 23% pour l'instant) et le commercial (maximum 50%, il est à 48% pour le moment).

Vu le manque de capacité en Wallonie, le cdH, le ministre de la Santé Maxime Prévot en tête, voudrait faire sauter ce plafond, ce que ne souhaite pas son partenaire PS au gouvernement régional. 

Les CPAS wallons s'y opposent aussi pour éviter une "marchandisation accrue" des maisons de repos (le privé travaillerait avec 15% de personnel en moins) et estiment que suffisamment de lits sont créés pour faire face aux besoins.

Privatisation

Le ministre wallon de la Santé souhaitait aussi palier au manque de moyens des CPAS en ouvrant le secteur aux partenariats public-privé.

Le secteur privé vient de connaître une décennie de consolidation. Les grands groupes comme Orpea, Armonea, Korian Medica et Senior Assist, ont racheté à tour de bras les plus petites structures.

Les investisseurs immobiliers aussi s'intéressent de plus en plus aux maisons de retraite; 300 millions ont été investis en 2015, dans un secteur considéré comme fort porteur.

Jusqu'à présent ces rachats de petites maisons de repos privées par de grands groupes ont surtout eu lieu en Wallonie et à Bruxelles, où existaient beaucoup de petites structure susceptibles d'être vendues, mais le privé lorgne à présent au nord du pays.

La tendance générale est à la diminution du nombre d'établissements et à l'augmentation du nombre de lits par établissements, observe Vincent Frédéricq de Femarbel, secrétaire-général de la Fédération du secteur.

Une raison à cela, vu les normes de plus en plus exigeantes, il faut au moins une structure de 120 lits pour être viable, explique Vincent Frédéricq, un ordre de grandeur nettement plus à la portée du secteur privé que du public.

Pour mettre ceci en lumière, il cite une récente étude de la KUL en Flandre qui établit à 13 euros par jour et par lit les pertes dans le secteur public, là où l'associatif ne perd que 4 euros et le privé 0,9 euros.

Flambée des prix

Le prix des maisons de retraite explose : il a augmenté en moyenne 21,9% entre 2010 et 2016, soit 44,91 euros par jour en 2014 (ou 1350 euros par mois). Et beaucoup de résidents éprouvent des difficultés à s'acquitter du loyer en maison de repos qui dépassent souvent leurs revenus mensuels.

Les prix sont moins élevés en Wallonie, 39,80 euros, qu'à Bruxelles, 46,70 euros, ou en Flandre, 49,71 euros, avec des pointes jusqu'à 230 ou 235 euros par jour à Knokke et Anvers.

Par contre, ils ne sont pas nécessairement toujours plus cher dans le privé, mais bien dans l'associatif (qui pratique plus des tarifs tout compris, avec les soins, donc plus élevés), le public à savoir les CPAS offrant les tarifs les plus avantageux.