Mais d'où vient donc la tradition des soldes en Belgique?

Mais comment donc sont nées les soldes en Belgique?
Mais comment donc sont nées les soldes en Belgique? - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Les soldes ont commencé ce samedi. Et plutôt bien d'après les premiers chiffres communiqués par les commerçants.

Mais d'où nous vient donc cette pratique commerciale qui est devenue une tradition? Pour répondre à cette question, il faut remonter assez loin dans l'histoire commerciale.

Serge Jaumain est historien à l'ULB, spécialisé dans l'évolution du commerce. Il voit les racines du phénomène dans la première partie du 19e siècle.

"Certains, en France, disent que c’est autour de 1830 qu’il y avait un magasin qui s’appelait 'Le petit Saint-Thomas', considéré comme l’ancêtre du Bon Marché, qui était un premier magasin de nouveautés. Celui-ci aurait commencé à faire cela. C’est possible, car il faut se rendre compte que, dès le début du 19e siècle, il y a eu un certain nombre de commerçants qui ont réfléchi à la façon de se débarrasser de leurs marchandises invendues. Et la pression a été de plus en plus forte avec le développement des grands magasins et surtout avec les nouveaux modes de consommation dans ce domaine", explique l'historien.

Ce serait donc avec l'apparition de la consommation de masse que le besoin de liquider les stocks s'est fait sentir. "Ce sont les grands magasins qui ont donné le "La". Les petits commerces traditionnels n'en avaient pas vraiment besoin, et ils étaient plutôt réticents à suivre le mouvement", précise Serge Jaumain.

Les classes moyennes ont très vite fait pression pour mettre des garde-fous et réglementer les soldes. Elles ont obtenu par exemple l'interdiction de vendre à perte. C'est là un enjeu important, comme nous l'explique dit Julien Lesceux de l'UCM (Union des Classes Moyennes).

"L’interdiction des ventes à perte vise à protéger les conditions de concurrence loyale entre les commerçants puisqu’il n’est pas possible de vendre durablement sans un minimum de marge. Et donc, l’objectif c’est d’interdire ce comportement ou des pratiques commerciales où l'on casse les prix pendant un certain temps pour éliminer tous ses concurrents et après profiter d’une position dominante pour pouvoir appliquer des prix encore plus élevés que ceux qui se pratiquaient avant", dissèque notre interlocuteur.

Cela protège-t-il donc plutôt le petit commerce?

"Il est clair que vendre à perte pendant un certain temps, c’est plus facilement possible pour une grande chaîne ou des grands acteurs que pour un commerçant indépendant", confirme Julien Lesceux.

La loi ne prévoyait que le textile, la maroquinerie et les chaussures

Le législateur belge a donc balisé l'organisation des soldes, mais cette législation a évidemment évolué. La loi de 1971 n'autorisait par exemple les soldes que dans le textile, la maroquinerie et les chaussures.

La nouvelle loi de 2010 étend la pratique à tous les secteurs et autorise les ventes conjointes, donc les rabais pour deux articles achetés conjointement. Mais les mois de janvier et de juillet restent officiellement mois des soldes.

Pour Dominique Michel, le patron de Coméos, organisation de défense du commerce et des services en Belgique, c'est plutôt une bonne chose.

"On est un pays qui fait vraiment exception. Chez nous, et c’est l’aspect positif aussi des soldes en Belgique, ces deux moments de l’année sont maintenant bien déterminés, et ils ne bougent plus. Tout le monde l'a intégré, y compris et surtout les clients. Au point que certains clients prennent des congés pour faire spécialement leurs courses pendant cette période de soldes. Donc, finalement, chez nous, contrairement à ce qu’il se passe dans d’autres pays, les soldes sont vraiment des moments particuliers, des moments forts d’une part de la vie commerciale, mais même dans certains villes de la vie de cette ville. Donc, ça permet d’allier une animation dans le centre-ville qui en a souvent bien besoin", estime Dominique Michel.

Reste à voir si le développement du commerce électronique ne changera pas la donne. Et cela, seul l'avenir nous le dira.

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