Mais au fait, devrait-on plutôt choisir l'heure d'été ou l'heure d'hiver?

Nous sommes donc passés à l’heure d’été, dans la nuit de samedi à dimanche. On l’ignore souvent, mais ce changement est une obligation européenne à laquelle s’astreint la Belgique depuis 1980. Notre pays avait déjà utilisé ce système à partir de 1916, pour économiser le charbon qui était utilisé à l’époque pour l’éclairage public. C’est l’occupant allemand qui instaure le système, alors que la Belgique avait suivi la Grande-Bretagne en adoptant l’heure de Greenwich (GMT)… A la libération, en 1918, la Belgique rétablira « la bonne heure ». L’envahisseur allemand, en 1940, réinstaure « son » heure au Benelux et en France. Franco suit l’Allemagne. Tous ces pays ont conservé ce qu’on appelle « l’heure normale d’Europe centrale ».

Après les chocs pétroliers et les crises économiques des années 70, le changement d’heure deux fois par an se généralise un peu partout dans le monde, des Etats-Unis à la Nouvelle-Zélande. Mais depuis quelques années, certains pays – et non des moindres – se sont retirés du « Daylight saving time » (DST) : la Chine (1991), la Russie (2011) ou la Turquie (2016). En Europe, une contestation se fait également jour depuis quelques années. A tel point que la Commission, appuyée par le Parlement ont réalisé des analyses et même une consultation populaire qui obtenu 4,6 millions de réponses. A 84%, les répondants ont souhaité la fin du changement d’heure.

2007 : la Belgique préfère l’heure d’été permanente

La suite, on la connait, avec ce vote du Parlement européen et la suppression du changement d’heure en 2021. Encore faut-il décider quelle heure s’appliquera chez nous (et ailleurs en Europe). Charles Michel évoque, depuis plusieurs mois, une consultation populaire (qui n’est pas un referendum, de toute façon pas prévu par la Constitution, donc rien de contraignant). Ce qui est moins connu, c’est que la Belgique a déjà, en 2007, évoqué une préférence, au niveau européen : en cas de suppression du DST, nous choisirions l’heure d’été !

Douze ans plus tard, Charles Michel reste prudent et évoque donc une consultation populaire et une coordination avec nos voisins. Parmi ceux-ci, les Pays-Bas et la France ont déjà consulté leur population. Et – évidement – les avis divergent : au nord, les Bataves privilégient l’heure d’hiver, alors que les Français sont favorables à l’heure d’été. Notons, en tout cas, que la raison première de la mise en place du changement, c’est-à-dire les économies d’énergie, n’est plus aussi pertinente en 2019 : tant ce rapport français que ce rapport allemand constatent des économies « limitées » et « marginales ».

L’heure d’hiver, le choix « logique » ?

Heure d’été ou heure d’hiver ? Le choix pourrait se résumer assez simplement : préférons-nous des longues et douces soirées d’été, avec un soleil se couchant entre 21h30 et 22h d’Ostende à Arlon un 21 juillet, comme le permettrait l’heure d’été ? Ou bien, faut-il plutôt opter pour l’heure d’hiver et ainsi limiter la nuit en décembre, faire en sorte que le soleil se lève vers 8h du matin, au lieu d’attendre une heure de plus dans le noir ?

Comme l’explique ce document du Parlement européen, la Belgique a fait le choix d’être une heure en avance sur son fuseau horaire « naturel » (le GMT) en temps « normal », c’est-à-dire, l’heure d’hiver. En heure d’été, la Belgique a deux heures d’avance sur la course du soleil sur notre territoire. Cela signifie qu’il est 14h lorsque le soleil atteint son point culminant. C’est deux heures trop tard. Cela peut sembler anecdotique, mais pas tant que ça. Comme l’explique le neurobiologiste Claude Gronfier au Figaro, « comme toute vie sur Terre, nous évoluons sous l’influence du cycle lumière/obscurité sur lequel se synchronise notre horloge biologique interne. Toute notre physiologie (nos rythmes, notre sommeil, notre système cardiovasculaire, notre digestion, notre cognition, nos cellules…) est calée sur cette alternance. » Deux heures de retard, c’est significatif. En hiver, si nous choisissons l’heure d’été, le soleil se lèvera deux heures « trop tard » par rapport au rythme naturel. De quoi fortement perturber le sommeil, entre autres.


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D’un point de vue économique, Ivo Van De Cloot de l’Institut Itinera pointait des études américaines (aux Etats-Unis, la majorité des Etats appliquent le changement d'heure, avec quand même quelques subtilités) montrant que si l’heure d’été permettait une augmentation des dépenses de consommation de 0,9% grâce à la lumière présente plus longtemps pendant l’été, le maintien de l’heure d’été, et donc une luminosité moins forte l’hiver, entraînait une baisse 3,5% des dépenses lorsque les jours raccourcissent. « C’est intéressant et ça va à l’encontre de ce que l’on pouvait penser » estime l’économiste.

Un argument fort en faveur de l’heure d’été concerne la sécurité routière. En 2018, l’agence wallonne pour la sécurité routière a rendu un avis sur cette question à la demande du ministre Di Antonio. Et pour l’agence, c’est clair : « l’heure d’été (offre) la période de luminosité la plus adaptée au rythme de vie des usagers de la route et aux risques d’accidents de la circulation. »

Alors, au final, que choisir ? Aucun choix ne semble totalement indiscutable même la science semble pencher pour l’heure d’hiver. Il faudra, également, tenir compte des pays voisins. La Belgique a jusqu’au moins d’avril 2020 pour prendre une décision.

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