Mai 68, cinquante ans après: quelles évolutions pour l'enseignement d'aujourd'hui?

En France, universités, collèges et lycées ont été mobilisés lors de la révolte de mai 68. En Belgique quels ont été les changements apportés par ce mouvement dans l'enseignement, suivi principalement par nos universités et principalement celles de Bruxelles et de Liège ?  

Nous nous sommes d'abord rendus dans une classe de première secondaire à l'heure du cours d'études du milieu. Les élèves entrent en classe dans une relative discipline comparé à celle qui régnait dans les années ‘60.

Pour témoigner du chemin parcouru en 50 ans, nous avons demandé à Theodora Asscherickx, enseignante en mai 1968, d'assister à ce cours de 2018. Elle a fait ses débuts comme professeure de langues en 1962 et raconte : "On nous apprenait une méthodologie assez figée dans un schéma que nous étions priés de suivre. Ca installait une sorte de carcan ".

La lutte face à la vérité absolue

Lorsqu'éclate la révolte de mai 1968, la parole du maitre d'école est incontestée. Theodora Asscherickx se souvient parfaitement que la direction et ceux qui concevaient les programmes, n'imaginaient pas une autre forme d'enseignement. "C’était de véritables Mandarins, ils croyaient détenir la vérité absolue". A l'époque, cette jeune enseignante veut exercer son métier autrement, mais en Belgique, les idées de ‘68 ne vont pas toucher tout de suite l'école fondamentale. "Il y avait une crainte chez les enseignants. Ca  donnait l’impression de relents révolutionnaires alors que l’enseignement est tout le contraire. On a dû attendre les années ’70 pour qu’il y ait un désir de changement mais on s’est rendus compte que ça passerait par la lutte".

L’école d’aujourd’hui fait place à l’échange et au coaching

Au fur et à mesure, la place de l'élève va évoluer ainsi que son rapport au professeur.  Aujourd'hui, les cours ressemblent plus à des échanges. Alyssa, élève en première secondaire explique que l’avis des élèves compte. "Si on s’oppose à quelque chose, on le dit et on en parle tous ensemble".  Pour son professeur d’études du milieu, Antoine Perger, "On collabore davantage avec les parents et l’élève est au centre.  On n’a plus cette ancienne relation frontale où on est le maître du savoir. On "accompagne", c'est plus une sorte de coaching. Nous devons apprendre à apprendre".

Le changement de pédagogie a-t-il atteint son but?

Bernard Rey, professeur en sciences de l'éducation en doute. "C’est dommage, mais ce qui n’a pas changé c’est une forme de docilité chez certains élèves, pas tous, qui exécutent sans s’interroger sur le sens "

L’apport de ‘68 est plus manifeste dans le monde universitaire. En mai 1968, le professeur de journalisme, Jean-Jacques Jespers, est étudiant à l'université libre de Bruxelles. "On s’est rendus compte qu’on vivait dans une université réputée libre mais où les structures de pouvoir étaient extrêmement opaques. Par exemple, le conseil d’administration était auto co-opté. Les gens se désignaient eux-mêmes".  Il participe alors, comme des centaines d'autres étudiants, au mouvement de révolte.  Grâce à cette mobilisation, les étudiants obtiennent que le conseil d'administration soit élu et qu'il y ait davantage de démocratie dans l'organisation de l'université. Pour lui la plus grande victoire a été le droit à la parole. "Je me souviens d’un cours où on a carrément demandé au professeur de changer sa manière de donner cours qui était insupportable. On n’aurait jamais osé dire ça avant".

Peu à peu les autres universités adopteront ce nouveau modèle. Mais l'école fondamentale elle suivra plutôt d'une longue évolution que d'une véritable révolution.

 

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