Mai 68: "On mettait en question de manière assez radicale la vie de couple traditionnelle"

L'un des premiers centres de planning familial de Belgique, "Aimer à l'ULB", fête ses 50 ans. A cette occasion, le centre va d’ailleurs inaugurer ce jeudi sur le site de l’université bruxelloise ses nouveaux locaux rénovés. Le centre accueille les femmes, les couples et les jeunes au cours de consultations médicales ou psychologiques autour de la vie amoureuse, sexuelle et affective. Il sert également à conseiller les jeunes et les adultes sur les choix de contraception, et éduquer à la sexualité dans les écoles.

L'histoire de la création du centre est directement liée à Mai 68, rappelle Violaine De Clerck, qui travaille à "Aimer à l'ULB" depuis 43 ans. "En fait sur le campus de l’ULB, le premier centre de planning francophone [le tout premier centre de planning familial en Belgique était néerlandophone] était " La Famille Heureuse " et ce centre de planning avait une antenne sur le campus de l’ULB, expliquait la psychologue ce jeudi dans Jour Première. En 1968, un des ténors de ce moment historique, Marco Abramovitch, a été engagé en octobre 1968 à tenir cette antenne sur le campus.

L'IVG, premier combat du centre en 1975

En 1968, la sexualité était encore un tabou. "C’était la grande bataille pour favoriser les attitudes positives de la société envers la sexualité et la libération des mœurs", note Violaine De Clerck. Notamment concernant la contraception, qui allait à l'encontre des valeurs de la société bourgeoise. "On mettait en question de manière assez radicale dans certains milieux la vie de couple traditionnelle – l’obligation de se marier pour pouvoir avoir une vie sexuelle, etc. – dans les milieux bien pensants", rappelle la psychologue.

Pour Violaine De Clerck, le premier combat du centre a été celui de l'interruption volontaire de grossesse (IVG). "La loi pour la dépénalisation de l’avortement n’a pas été signée par le roi Baudouin à l’époque", rappelle la psychologue, qui y voit un "détail piquant" de l'Histoire, en ce 15 novembre, jour du Roi... "Le centre a été très actif sur ce terrain-là puisqu’il a, en 1975, décidé de faire acte de désobéissance civile et de ne pas suivre la loi, et donc de commencer une pratique d'IVG, qui a été suivie par d’autres très rapidement", explique Violaine De Clerck.

La pornographie vient aux enfants sans qu’ils la recherchent

D'autres combats ont suivi : le sida dans les années 80, puis l'affaire Dutroux dans les années 90. "Cette affaire a ramené la confusion qui existe dans cette vision négative de la sexualité qu’on appelle le puritanisme, qui est toujours présent dans certaines couches de la société, précise Violaine De Clerck. On a d’abord développé une suspicion sur les hommes de façon exagérée et on a revu comme perverses des choses et des situations qui ne l’étaient pas nécessairement, entre autres les jeux sexuels entre enfants, la sexualité des enfants, qui continue à être sous un tabou assez important."

Aujourd'hui, "Aimer à l'ULB" est particulièrement vigilant sur le volet de la pornographie. "À mes débuts, il fallait se mobiliser pour trouver la pornographie, c’était une démarche active que quasi tout le monde a faite au moins une fois dans sa vie adolescente, et aujourd’hui dans le monde de l’adolescence certainement, et même de l’enfance, la pornographie vient aux enfants sans qu’ils la recherchent", explique Violaine De Clerck. Pour certains jeunes plus fragiles qui sont dans la confusion, ça devient un peu comme une norme."

La pornographie est un sujet difficile à appréhender lorsqu'elle touche les jeunes, remarque la psychologue. "Je pense qu’il faudra faire avec le fait que les jeunes et les enfants ont accès à ça et qu’il y a une forme de culture pornographique qui se développe, avec l’utilisation de terminologie, affirme-t-elle. Peut-être que ça va devenir les termes du futur, je n’en sais rien." Les prochaines générations nous le diront.

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