Macron estime à cinq ans la reconstruction de Notre-Dame... mais les experts sont sceptiques

« Cette cathédrale, nous la rebâtirons plus belle encore et je veux qu’elle soit achevée d’ici cinq ans », c’est ce que déclarait hier Emmanuel Macron, le chef de l’État français au cours d’une allocution télévisée. Il annonçait également l’ouverture d’une « souscription nationale ». Réaliste de reconstruire Notre-Dame de Paris en cinq ans ? Pour beaucoup d’experts, il faudrait bien plus.

Frédéric Letoffé est coprésident du Groupement des Entreprises de monuments historiques. Il table sur 10 à 15 ans de chantier. " Il va falloir regarder précisément à tous les endroits si l’édifice a bougé et avant même d’avoir diagnostiqué, nous devrons protéger l’édifice. Rien que ça prendra énormément de temps. "

Impossible, ensuite, selon son analyse, de faire cohabiter les maçons, les charpentiers et les couvreurs. A chacun son étape, même si l’argent promis peut faire accélérer les choses.

" Ça va permettre d’accélérer les études et la mise en place des protections provisoires. Ça permet également de démarrer immédiatement certains travaux. "

Les pierres sont depuis longtemps malades

Pour Myriam Serk-Dewaide, directrice retraitée à l’Irpa, Institut royal belge du Patrimoine artistique, le diagnostic des matériaux de la cathédrale prendra du temps. Les pierres demandent un examen particulièrement attentif. Elles sont depuis longtemps malades. Au fil du temps, des gels et dégels successifs, elles sont devenues poreuses et certaines d’entre elles partent en poussière. Le feu et l’eau qui se sont attaqués aux pierres, coup sur coup, au cours de l’incendie ont dû accélérer le processus.

Un constat confirmé par François Blary, professeur d’archéologie médiévale à l’Université Libre de Bruxelles. L’état des voûtes suscite particulièrement son inquiétude.

" Elles supportent actuellement les troncs calcinés de la toiture et le plomb fondu du recouvrement. Vont-elles tenir le coup ? "

Un projet industriel : ce n’est pas une reconstruction à l’identique

Cinq ans, cela paraît très juste aussi pour François Asselin de la CPME, la Confédération des petites et moyennes entreprises en France. Il ne veut pas d’un travail bâclé.

" Si vous voulez, en matière de reconstruction, comme c’est le cas pour la cathédrale Notre-Dame, hâter les choses, vous pouvez porter un projet industriel, c’est-à-dire mettre en place des techniques qui permettent d’aller vite, mais là on ne parle plus de reconstruction à l’identique. La cathédrale, en cinq ans, peut retrouver ses toitures, mais elle ne sera pas comme elle était à l’origine, c’est évident. Et surtout, on ne mettra pas en valeur ces formidables compétences qui existent dans tant d’entreprises, tant d’artisans, que ce soit dans le métier de la couverture, de la charpente ou de la taille de pierre, tout simplement parce que pour mettre en œuvre cette vitrine des savoir-faire, il faut du temps. "

D’après les experts, la reconstruction de la charpente mettra plus de deux ans. Au Moyen-âge, il avait fallu plus de 50 ans rien que pour préparer les poutres. Le paramètre du temps n’est donc pas à écarter d’un revers de manche et avec une bonne somme d’argent.

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