Ma vie demain : sommes-nous prêts pour l’enseignement à distance ?

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Mayssa, 8,5 ans, a suivi ses cours à distance pendant tout le confinement © RTBF

La crise sanitaire a bouleversé nos habitudes, on l’a dit et répété. Mais dans l’enseignement, c’était particulièrement vrai. Pour bon nombre d’écoles, il a fallu découvrir des outils pour assurer la continuité pédagogique à distance, et même les écoles déjà très équipées en nouvelles technologies ont dû s’adapter. En cas de reconfinement, ou de rentrée partiellement à distance, les écoles sont-elles prêtes ? Quels enseignements peuvent-elles tirer de cette période particulière ? Une chose est sûre, il va falloir y travailler cet été.

Comme sur des roulettes

Dans sa chambre à Neder-over-Hembeek, nous rencontrons Mayssa, 8 ans et demi. Élève en 3e primaire à l’école primaire Maria Assumpta de Laeken, elle s’est retrouvée devant un ordinateur tous les matins pendant plus de trois mois. Une situation particulière, mais très bien gérée par son école qui a gardé avec elle un contact quotidien.

À sa disposition, d’abord, la plateforme Padlet. Un site réservé aux élèves de sa classe où sa professeure partageait calendrier, messages, documents et exercices.

"On a l’horaire de la semaine avec le détail de la matière à relire et des exercices à faire, nous explique Mayssa. Puis il y a des onglets en fonction des matières. Par exemple on a la conjugaison, les nombres… On a un peu de tout".

Les parents de Mayssa ont eu de la chance : pendant le confinement, elle s’est vite sentie très à l’aise pour travailler toute seule.

"J’arrivais à me débrouiller, confirme l’intéressée, il fallait juste mes parents pour m’allumer l’ordinateur et après ça glissait comme sur des roulettes".

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Mayssa a gardé contact avec son école grâce à plusieurs plateformes © RTBF

Apprendre en jouant

Il faut dire que Mayssa avait aussi à sa disposition une plateforme d’exercices en ligne plutôt ludique : Scoodle Play. Une plateforme développée dans les bureaux des éditions Plantyn à Braine l’Alleud. Comme la plupart des éditeurs de manuels scolaires, ils ont mis au point cette extension numérique pour la réalisation d’exercices sur la base de leurs manuels papiers.

"Chaque élève crée son avatar qu’il va pouvoir personnaliser en fonction de son travail, nous explique François Gabriel, responsable commercial. Quand j’ouvre son casier, je vois par exemple sa petite garde-robe. Grâce aux points qu’il va emmagasiner en réalisant des exercices, il va pouvoir accéder à une boutique pour acheter différentes petites choses".

L’avatar doit aussi être nourri régulièrement. Et s’il mange une pomme, il aura bien sûr plus de points de vie que s’il mange un hamburger, plus coûteux. Les élèves peuvent coller des badges sur les casiers de leurs camarades, etc. Une plateforme bien pensée pour apprendre en s’amusant.

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Sur Scoodle Play, chaque élève peut personnaliser son avatar en accumulant des points grâce aux exercices. © RTBF

Près d’un élève sur trois actif sur Scoodle Play

Pendant le confinement, la fréquentation du site a tout simplement explosé.

"Quotidiennement, on a eu environ 600.000 exercices faits par jour, rien qu’au niveau francophone, précise François Gabriel. On a aussi plus de 100.000 élèves actifs toujours au niveau francophone, donc ça fait presque un élève sur trois qui a un compte actif sur Scoodle Play. Et au niveau des enseignants aussi, on a doublé le nombre d’enseignants actifs sur la plateforme".

Scoodle Play permet à l’enseignant de communiquer avec ses élèves et chez l’éditeur de manuel scolaire, on tente d’améliorer cet aspect pour la rentrée… Au cas où certaines classes ne reprendraient pas à temps plein à l’école.

L’expérience d’une première fermeture après les attentats

Guy Cuvelier, lui, est fin prêt pour enseigner partiellement ou entièrement à distance s’il le faut. Ce professeur d’histoire et de géographie est un passionné de technologies. Avant la crise sanitaire, il a déjà été confronté à la fermeture de son école. Suite aux attentats du 22 mars 2016, l’école secondaire des Beaux-Arts de Bruxelles a en effet dû fermer ses portes. À l’époque, il a fallu improviser avec des mails et les réseaux sociaux. Du bricolage.

Après cette première aventure, l’école a décidé d’avancer et est devenue pilote en matière de nouvelles technologies à la Ville de Bruxelles. Chaque élève qui entre à l’école se voit assigner une adresse e-mail et une licence pour la suite Microsoft Office Education. Une suite de programmes qui s’est révélée encore plus utile au moment du confinement.

"On s’est tous mis à utiliser les outils, raconte Guy Cuvelier, même les professeurs qui n’étaient pas encore très habitués, on a fait des formations entre nous. Ils ont répercuté auprès des étudiants et ça été assez exaltant de voir que ça répondait bien du côté étudiant, du côté professeur. On a vraiment créé une dynamique et on a vraiment gardé un contact avec nos étudiants qui étaient restés à la maison".

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Une webcam et un tableau interactif permettent à Guy Cuvelier de donner cours à distance © RTBF

Un suivi plus individualisé

Avec un autre professeur, ils ont formé à distance de nombreux collègues en interne, si bien que même des cours d’éducation physique et de danse ont pu se faire par vidéo, mais aussi d’autres enseignants de la ville de Bruxelles via des vidéoconférences. Pour Samir El Harchi, professeur de Sciences économiques et sociales, il n’était pas si compliqué de les convaincre de sauter le pas.

"Les nouvelles technologies permettent de toucher un plus grand nombre d’élèves. Certains sont parfois en difficulté et on peut les suivre plus individuellement, remédier à certains non-acquis grâce aux technologies", précise le professeur.

Se préparer pour l’avenir

La directrice est donc sereine en cas de reprise partielle à la rentrée, voire dans le cas de l’hospitalisation d’un élève par exemple.

"Ce confinement nous aura permis d’anticiper ce genre de choses, confie Isabelle Delcourt. Si un élève est absent un certain temps, on pourra s’occuper de lui du mieux possible".

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Dans "L’école du renouveau", Jean Hindriks dénonçait déjà le manque de coordination en Belgique francophone. © RTBF

Manque de coordination en Belgique francophone

Au-delà de ces quelques belles initiatives en primaire ou en secondaire, la Belgique francophone manque d’une approche globale en matière d’e-learning. Pour Jean Hindriks, professeur d’économie à l’UCLouvain et coauteur du livre L’école du renouveau, le monde politique doit rapidement lancer une étude de marché afin de proposer une plateforme facile et souple à toutes les écoles.

"Cette crise a révélé une forme de ségrégation digitale, une ségrégation numérique entre les écoles. On a vraiment des écoles qui sont très en avance, et d’autres écoles qui sont très en retard et c’est plus important encore que la fracture numérique. Il faut combler ce retard très vite si on veut donner les mêmes chances à tous les enfants", affirme Jean Hindriks.

Un sacré défi à relever, selon lui, avant la rentrée scolaire 2020. Un défi sans doute sur la table de la task force "équipement numérique" mise en place début juin par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

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