Ma vie demain : le boom des produits locaux s’inscrira-t-il dans la durée ?

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Camille Peeters, maraîchère à Serinchamps ("Les légumes d’Emile et Camille") © Sarah Heinderyckx

Les produits locaux ont connu un véritable boom pendant le confinement. Certaines coopératives de producteurs ont vu leurs ventes tripler. C’est clair : les consommateurs se sont rabattus sur les produits belges pendant la crise. Mais cette tendance va-t-elle durer, et comment promouvoir cette consommation locale ? Pour les acteurs de terrain, cela passe aussi par des décisions politiques.

Le commerce de proximité, porte d’accès aux produits locaux

À Ochamps, un charmant village de la commune ardennaise de Libin, on dénombre 1200 habitants et depuis fin mai, enfin, un seul commerce de proximité. Un soulagement à l’heure du déconfinement, comme nous le confient plusieurs clients.

"Ça manquait un peu, nous dit l’un d’eux. Il n’y avait plus rien depuis plusieurs années…".

"C’est très intéressant pour nous les gens des petits villages, ajoute une autre, ça nous évite de devoir remonter vers Libramont ou Bertrix les jours où on reste à la maison et où on ne travaille pas".

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À Ochamps, il n’y avait plus de commerce depuis 5 ans avant l’arrivée du magasin Cornu. © Sarah Heinderyckx

Dans les rayons, on trouve quelques marchandises de dépannage, mais aussi beaucoup de produits belges, voire locaux, comme de beaux morceaux de viande de la marque Cornu, développée par trois agriculteurs du coin. Ce sont eux qui sont, en fait, derrière ce nouveau magasin de proximité.

Nicolas Guillaume, cofondateur de Cornu, constate : "Je pense qu’avec ce qui s’est passé, les gens sont un peu revenus au local et à ce qu’on fait ici en Belgique, parce que je pense qu’on fait des bonnes choses quand même. Ils en ont pris conscience et ils reviennent à ça grâce à la crise".

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Les bêtes de l’exploitation de François et Nicolas Guillaume à Ochamps © Sarah Heinderyckx

Relation de confiance avec le consommateur

À quelques centaines de mètres du magasin, nous retrouvons Nicolas et son frère sur leur exploitation. Ces éleveurs tiennent à maîtriser toute la chaîne de production jusqu’au consommateur en toute transparence, pour le convaincre de continuer à manger local.

"Je ne pense pas que ce soit raisonnable de se dire qu’on va faire venir tous les produits de partout dans le monde, précise Nicolas Guillaume. L’agriculture comme variable d’ajustement, je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Après, c’est au consommateur à faire cette démarche-là aussi".

Le problème de l’accès aux terres

Avec la crise sanitaire, de nombreux consommateurs se sont justement rués sur les produits locaux. À Serinchamps, Camille n’a jamais écoulé ses légumes bios aussi facilement que depuis le début du confinement. Pourtant, cette jeune maraîchère a eu beaucoup de mal à trouver des terres à cultiver. En Belgique, il faut parfois payer jusqu’à 80.000 euros l’hectare.

"À ce prix-là, pour un jeune, c’est impossible de se lancer, déplore Camille. Sauf si on est issu du milieu agricole et qu’on reçoit les terres de sa famille".

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Camille Peeters dans ses plantations à Serinchamps © Sarah Heinderyckx

Il est grand temps que le gouvernement prenne des décisions

Depuis plusieurs années, heureusement, Camille et son compagnon ont pu compter sur l’aide de Terre-en-vue pour acquérir des terres. Cette coopérative belge achète des parcelles grâce à des parts de citoyens puis les loue à long terme à de jeunes agriculteurs en phase avec l’agroécologie. Mais pour assurer l’avenir, Camille souhaite des décisions politiques fortes.

"Je trouve qu’il est grand temps que le gouvernement prenne des décisions qui aillent dans ce sens-là et qu’il fasse aussi un effort, confie la jeune femme. Il faut assumer qu’on ne peut pas continuer avec le mode de consommation actuel, si tout le monde l’adoptait, la planète serait foutue ! Il faut prendre ses responsabilités par rapport à notre consommation… Mais ça, j’attends le gouvernement qui aura le courage de le faire…"

S’unir pour avancer

En attendant, les petits producteurs s’organisent entre eux. À Namur, nous retrouvons Benoît Dave, cofondateur et coordinateur de Paysans-Artisans dans l’un des trois magasins de la coopérative. Fièrement, il nous montre les étiquettes des produits munies de photos et de descriptifs précis.

"Ici, tous les produits, on sait d’où ils viennent, précise Benoît, on sait qui est le producteur, sa tête, où ça a été produit. Pour nous, c’est essentiel".

Chez Paysans-Artisans, on retrouve les produits d’une bonne centaine de producteurs du grand namurois. Avec le confinement, le chiffre d’affaires a triplé. Trois nouveaux magasins ouvriront d’ici la fin de l’année et à Rhisnes, une fabrique d’un nouveau genre est en train de sortir de terre.

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Le chantier de la "fabrique circuit court", à Rhisnes, avance bien. Il devrait s’achever fin 2020. © Sarah Heinderyckx

Mutualiser les outils de transformation

La "fabrique circuit court", c’est un pôle logistique et de transformation qui rassemblera un petit abattoir de volaille, un atelier de découpe de viande, un autre de légumes, une conserverie et une bocalerie. L’objectif : mutualiser des outils pour une série de petits producteurs qui en ont bien besoin pour le futur.

"On est devant l’émergence de nouveaux producteurs ces 10 dernières années, explique Benoît Dave, qui sont encore pour certains en apprentissage de métier, en recherche de marché, mais qui doivent compléter leurs filières. C’est à ça qu’on est occupés à travailler".

Nos interlocuteurs en sont convaincus : la crise sanitaire a permis une prise de conscience des consommateurs. Reste à encourager ce bel élan et à soutenir nos producteurs locaux.

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