Lutter contre des nuisibles avec des insectes: une alternative aux pesticides classiques

La guerre des insectes est en marche. Pour lutter contre des ravageurs dans les cultures agricoles et horticoles, on peut lâcher d’autres insectes, acariens ou larves de micro-guêpes qui vont s’en nourrir ou les détruire. A l’heure où les pesticides chimiques classiques sont mis sur le banc des accusés, ces bio-pesticides comme on les appelle aussi, deviennent une alternative. Leur utilisation est encore limitée mais pourrait être rapidement multipliée par 2 ou 3 dans les prochaines années.

Des micro-guêpes contre les pucerons des fraises

Nous rencontrons David Stiernet. Cet horticulteur utilise depuis 7 ans une méthode naturelle pour éliminer les pucerons de ses fraises en serre. Il lutte contre ces ravageurs grâce à un insecticide naturel, une micro-guêpe de 2-3 mm très friande de pucerons. "Ce sont de petits insectes qui travaillent pour vous, on ne doit pas pulvériser un insecticide bio ou chimique, les insectes travaillent pour vous 24h sur 24", nous lâche-t-il avec le sourire. Il pose de petites boîtes en carton entre les fraisiers et ouvre leur couvercle. A l’intérieur se trouve un cocktail de six espèces de micro-guêpes parasitoïdes prêtes à l’emploi et adaptées à toutes les espèces de pucerons. Dès qu’un puceron pointe son nez, la micro-guêpe, va le détecter et aller pondre à l’intérieur de son corps.

Pour comprendre, nous nous rendons dans une petite start-up qui en produit près d’un milliard par an. Son directeur, Vincent Cambier nous explique comment ça marche. "La micro-guêpe femelle pond à l’intérieur même du puceron, cet œuf va se développer en larve, cette larve va consommer le puceron, puis tisser un cocon, qu’on appelle, une momie de laquelle va émerger un nouvel adulte qui va aller parasiter de nouveaux pucerons. Ces insectes sont formidables, ils fonctionnent comme des radars et vont détecter dans la culture tous les pucerons qui s’y trouvent".

Et poursuit Vincent Cambier : "C’est pour le moment top secret mais dans ces labos, on arrive même à se passer des pucerons pour les faire pousser, on leur préfère des capsules innovantes à base d’extrait de crustacés et d’algues. Ce qui nous permet de nous passer de grandes cultures et de pouvoir produire ces insectes dans des espaces confinés avec une qualité toujours identique".

Les bio-pesticides sont une alternative aux pesticides chimiques

Le secteur a le vent en poupe. Aux facultés Agro-BioTech de Gembloux, les scientifiques étudient déjà comment les ravageurs et leurs prédateurs bien utiles se comporteront en 2094. Quand les températures et les taux de CO2 dans l’atmosphère seront beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui. La lutte biologique, comme on l’appelle, est aussi une technologie d’avenir.

Le professeur François Verheggen, spécialiste de la lutte biologique, le confirme : "L’utilisation de ces ennemis naturels d’insectes est une technique connue depuis des dizaines d’années mais qui n’a jamais réellement reçu le support par des recherches de manière importante parce que les insecticides classiques ont une efficacité assurée et à des coups réduits".

Mais les temps changent, et à l’heure où c’est de plus en plus difficile d’obtenir de nouvelles autorisations pour des pesticides chimiques et où certains d’entre eux comme le "Round-up" sont même sur le banc des accusés. Les bio-pesticides constituent désormais une réelle alternative.

L’usine de Westerloo ou le HLM à insectes

A Westerloo, dans le Limbourg, la production est déjà industrielle. L’usine comprend d’immenses couloirs avec des dizaines de salles d’élevage à l’abri des regards indiscrets. Nous avons la permission d’entrer dans l’une des salles, celle où on emballe dans petits sachets des milliers d’acariens qui seront utilisés dans des cultures de tomates pour lutter contre la mouche blanche.

Au fond de ce couloir, nous découvrons une sorte de pouponnière à bourdons. Ils serviront à polliniser des cultures de haute valeur comme les poivrons, les concombres, ou encore des fraises. Les bourdons, rangés dans de petites boîtes transparentes sur des étagères, alignées de part et d’autre d’un corridor, la maternité fait penser à un véritable HLM pour insectes. L’image est impressionnante. Félix Wackers, le directeur recherche et développement de Biobest, explique : "Ici, on fait pousser des insectes dans d’immenses salles climatisées. Il faut garder la même température et le même taux d’humidité, pour des conditions optimales pour la production à large échelle de ces insectes."

Les insectes sont indigènes pour éviter toute invasion de notre environnement par une espèce exotique comme ce fut le cas avec les coccinelles asiatiques.

Le business est florissant. Cette entreprise génère 60 millions de chiffre d’affaires par an. 220 personnes y travaillent. Jean-Marc Vandoorne, le directeur général de Biobest n’est pas étonné du succès : "les gens veulent de la nourriture plus saine, ils ne veulent plus de produits chimiques, il y a de plus en plus de résistance contre ces produits, ce qui nous aide évidemment. On a connu une croissance de plus de 15% par an, ces 10 dernières années".

C’est vrai que le nombre de pesticides naturels enregistrés en Belgique a plus que doublé ces dix dernières années. Ils représentent aujourd’hui quelque 17% des produits vendus.

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