Lutte contre la violence faite aux femmes: il faut aider les victimes, mais aussi suivre les auteurs

Depuis le début de l'année, 33 féminicides ont été constatés par l'asbl Stop Féminicide. Eleanore, Rita, Nancy, Sanja, Inge ou encore Lucie ont été tuées du fait de leur condition féminine. En 2017, elles étaient 39. A l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes ce 25 novembre, deux intervenants étaient présents sur le plateau de Matin première, afin de parler des deux volets de lutte de ces violences : l'accompagnement et l'aide aux victimes, mais aussi le suivi des auteurs.

"Une plainte ne garantit pas la sécurité de la victime"

Jean-Louis Simoens est directeur de la ligne Ecoute Violences conjugales, au 0800/30.0.30, nous rappelle que les statistiques des plaintes (40 par jour), cachent en fait une problématique bien plus large. "Porter plainte, pour une victime de violence conjugale, c’est un acte extrêmement fort, et qui engendre énormément de complications de sa situation. Notamment, cette plainte ne garantit pas sa sécurité. Il faut s’intéresser à ce qu’il y a derrière ce chiffre." Et s'il est "difficile d'établir un chiffre" sur la proportion des hommes violents envers leur femme, on estime que "la violence conjugale touche un couple sur huit."

Heureusement, les récents mouvements #meToo, #balanceTonPorc, découlant de l'affaire Weinstein, ont libéré la parole, et pas seulement sur les réseaux sociaux. "On observe une augmentation des appels, et on peut certainement en partie l’attribuer à ces mouvements. La ligne d’écoute répond à une bonne vingtaine d’appels par jour, la majorité de ces appels viennent des victimes, et 95% de ces victimes sont des femmes. Nous avons aussi quelques auteurs de violences conjugales qui font le pas de téléphoner pour parler de leur situation."

Un homme violent est-il malade ?

A côté des aides aux victimes, un suivi des auteurs est aussi fondamental. L'asbl Praxis s'occupe depuis 25 ans de ce suivi, et Anne Jacobs, sa directrice, distingue deux "types" d'hommes violents envers leur femme. "Est-ce que les hommes violents sont malades, ou est-ce qu’ils inscrivent leur manière d’agir dans un contexte social et un rapport inégalitaire homme-femme ? Certains d’entre eux sont clairement malade, d’autres exercent simplement leur droit d’homme envers leur femme pour régler leur problème et pour substituer le passage à l’acte violent au dialogue."

Parmi ces hommes, une majorité ont été contraint de suivre ce processus par décision judiciaire. Mais, signe que la conscientisation s'améliore, la proportion de ceux présents de manière volontaire augmente. "On a entre 25 et 30% d’hommes présents par choix. Certains poursuivent au-delà de l’obligation judiciaire, et c’est toujours un bon signe, d’autres nous appellent pour espérer récupérer le lien avec leur compagne, et enfin certains viennent par conseil de la police, ou d’avocats." "Nous voyons évoluer ces hommes, qui prennent conscience de l’impact de leur comportement sur leur femme et leur famille."

Les femmes toujours mal reçues par la police

Nos deux intervenants parviennent à la même conclusion : la lutte contre la violence faite aux femmes n'est plus une priorité des autorités ou du gouvernement. "La plupart du temps, quand une victime se présente à la police pour déposer plainte, le processus est le suivant : on l’invite longuement à réfléchir à l’impact qu’aura sa plainte, et quelque fois même, on lui dit qu’il ne sert à rien de déposer plainte. Et si la plainte est effectivement déposée, un autre problème est celui du suivi." Et selon les dernières nouvelles, cet aspect-là est encore négligé, "Les nouvelles ne sont pas rassurantes."

"Pour qu’il y ait une suite, il faut que le PV soit bien réalisé, et aujourd’hui dans les commissariats, la priorité n’est plus aux violences conjugales, mais plutôt dans la lutte contre le terrorisme et la radicalisation."

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