Lutte contre l’homophobie à l’école (et ailleurs) : il faut commencer dès le plus jeune âge

Comment traite-t-on de la diversité, comment lutte-t-on contre l’homophobie dans les écoles ? Qu’est-ce qui est prévu dans les programmes, et comment ceux-ci sont-ils articulés ?

Des questions qui se posent après l’assassinat présumé, samedi dernier, d’un homme, ouvertement homosexuel et militant, à Beveren. Si l’enquête est toujours en cours, et que le parquet de Flandre orientale n’a, pour l’instant, pas confirmé le mobile homophobe, 3 adolescents de 16 et 17 ans de la région se sont rendus dimanche à la police et sont actuellement placés en centre fermé. Ils ne reconnaissent que la volonté de voler la victime.

Unia, le centre interfédéral pour l’égalité des chances a cependant décidé d’ouvrir un dossier concernant "ces faits atroces, dont le mobile pourrait bien être homophobe" et précise qu’en 2020, 12 déclarations ont été recensées pour homophobie, ainsi qu’un homicide. "Ces chiffres ne montrent qu’un pan restreint de la réalité puisque tous les cas ne nous parviennent pas ou ne sont pas rapportés à la police".

Peu de signalements, mais un vécu de discrimination dans le milieu de l’éducation

Dans son Baromètre de l’Enseignement, qui date de 2018, Unia note également recevoir "peu de signalements relatifs à des faits de discrimination liés à l’orientation sexuelle. Néanmoins, les différentes enquêtes révèlent de façon récurrente un vécu de discrimination dans le milieu de l’éducation par les personnes LGBT". Les cas que reçoit Unia ont trait à des situations dans lesquelles l’élève est harcelé en raison de sa (prétendue) orientation sexuelle.

Remarques négatives et harcèlement sont monnaie courante. Les élèves LGBT en sont personnellement victimes et tous les élèves sont témoins de commentaires et de comportements négatifs envers des condisciples et des enseignants LGBT. Aussi, une démarche anti-harcèlement revêt une importance cruciale, comme le soulignent diverses institutions internationales.


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Dans son rapport consacré à la Belgique, l’ECRI (European Commission against Racism and Intolerance, qui dépend du Conseil de l’Europe) recommande à notre pays de prendre dans l’enseignement des mesures pour "accroître le respect et la tolérance réciproques, indépendamment de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre", note encore Unia dans son Baromètre, qui relève le besoin des enseignants d’être mieux formés et informés : "Les enseignants ont des attitudes très tolérantes, mais en même temps ils ne savent pas comment aborder en classe des thèmes tels que le genre, l’orientation sexuelle et l’identité de genre". Et pourtant des outils existent.

Programme obligatoire

Le programme EVRAS, pour Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle par exemple, existe depuis des années, mais depuis 2012, il est théoriquement obligatoire dans tous les établissements scolaires, tant dans l’enseignement fondamental que secondaire, ordinaire et spécialisé de la Fédération Wallonie Bruxelles. Parmi les points qui y sont abordés : "Promouvoir des lieux de vie tolérants, ouverts et respectueux des sexualités et des différents styles de vie, des différentes attitudes et valeurs que l’on peut rencontrer dans la société" ainsi que "réduire les discriminations liées au genre (ex : insultes et violences envers les femmes) ainsi qu’à l’orientation sexuelle (ex : homophobie)". Et cela se fait en collaboration avec des plannings familiaux, ou des associations.

Interventions de bénévoles en milieu scolaire

La RainbowHouse, à Bruxelles, une des trois coupoles qui regroupent des associations LGBTQI (avec Arc-en-Ciel en Wallonie et Savaria en Flandre) chapeaute ces interventions de bénévoles en milieu scolaire. "Avec le GrIs (Groupe d’intervention scolaire), explique son porte-parole, Jean-François Cannoot, "nous allons dans les classes, répondre à des questions, aider à clarifier, à démystifier, à faire sauter les préjugés".

Ou des groupes classes viennent par exemple à la RainbowHouse, de manière ponctuelle pour aborder certaines questions, et même visiter le quartier LGBT du centre de Bruxelles. "On travaille à la fois avec les formateurs qui vont dans les écoles, mis aussi dans l’implémentation des politiques en matière de diversité". Un travail de longue haleine, freiné par la pandémie de Covid, malheureusement. "C’est clair qu’il y a une évolution, mais il y a un cheminement à faire. Une animation ne suffit pas". "Et", remarque encore Jean-François Cannoot, "plus tôt on commence à parler diversité, mieux c’est !" Et de citer l’expérience de lecture d’histoires et de contes faite à Liège, par des drag-queens, en partenariat avec le Théâtre de Liège, à la fin 2020.

Est-ce suffisant et adéquat ?

Reste que, et c’est un paradoxe, convient Jean-François Cannoot, au moment où, que ce soit du côté des institutions, du politique, de l’école, on va vers plus d’ouverture et la volonté de s’emparer de cette question de la diversité et de lui faire prendre plus de place dans le débat public, les agressions homophobes tendent à se multiplier. "Et encore, nous ne connaissons que la partie immergée de l’iceberg : trop peu de gens osent porter plainte, par peur d’être mal reçu, incompris. C’est compliqué, et voilà pourquoi on a notamment mis en place avec Bruxelles prévention et Sécurité la possibilité de remplir des fiches de signalement anonymes".

Alors ? Alors continuer. A aller sur tous les fronts et, oui, passer par les jeunes. Dès le plus jeune âge. En famille, à l’école, dans les mouvements de jeunesse, via la culture…

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